Raymonde Pouzieux, passementière

Depuis 1947, Raymonde Pouzieux officiait, depuis le grenier de sa ferme du Loiret, pour la maison Chanel. Le documentaire Signé Chanel, qui, en 2005, invitait les téléspectateurs à partager trente jours du quotidien pré-défilé de la célèbre maison de la rue Cambon, nous faisait alors découvrir la passementière, petit bout de femme de 75 ans au caractère bien trempé.
A mille lieux du faste et du glamour de la mode parisienne, celle qui avait côtoyé Mademoiselle Chanel réalisait des galons dont elle seule avait le secret, des galons d’exception qui ornèrent les petites vestes Chanel pendant plus de six décennies. Autodidacte, elle avait construit son premier métier à tisser avec l’aide de son frère, et élaborait ses propres techniques, tressant fils de soie et de coton avec une virtuosité et une inventivité inégalées. Passionnée de chevaux, sa priorité absolue, elle s’était aménagée un petit atelier, au-dessus de ses écuries, où il lui arrivait de passer des nuits entières courbée sur l’un de ses douze métiers à tisser.
Quelques jours avant de s’éteindre, en 2011, à l’âge de 82 ans, elle livrait à la maison Chanel quinze mètres de galons fraichement confectionnés pour le défilé haute couture à venir. Une fin digne de celle qui confiait sept ans plus tôt aux caméras de Loïc Prigent : « On n’a que les limites que l’on veut se donner »