Orbis Wirth, urbi et orbi

Bien des décennies avant l’invention de l’impression à jet d’encre que nous connaissons bien actuellement, l’inventeur suisse Orbis Wirth avait mis au point, dans les années 1920, une technique d’impression textile révolutionnaire : sur des textiles de qualités variées, elle permettait l’application simultanée d’un nombre infini de couleurs.
Fragile et inconstant, ce procédé consistait en la superposition de plusieurs couches de cire, chacune imbibée de pigments, sur un large cylindre métallique qui serait ensuite appliqué sur le tissu mouillé à imprimer. Ce placage donnait alors naissance à un ensemble de motifs aux contours flous et imprécis, à une impression marbrée, un enchevêtrement de couleurs annonçant les imprimés psychédéliques des années 60 et 70 avec une quarantaine d’années d’avance. Créant des dessins tous différents d’un mètre de tissu à un autre, les cylindres ne pouvaient être réutilisés qu’à un nombre très limité de reprises ; cette impossibilité de reproduire les motifs à l’identique, couplée au manque de fiabilité du procédé le firent vite tomber dans l’oubli.
Dans les années 1980, la société suisse Jakob Schlaepfer tente de redonner vie à cette technique exceptionnelle, recréant de nouveaux cylindres pour relancer les motifs originaux d’Orbis Wirth et s’essaye à la création de dessins inédits. L’expérience, qui s’avère difficile et coûteuse, est vite abandonnée.
Une ultime résurrection eut lieu en 2008. Un an auparavant, un membre du studio de Dries Van Noten avait eu vent du procédé au détour des pages d’un livre des années 30. Le créateur en tombe amoureux, et décide de poursuivre ce travail à nul autre pareil. Il parvient à dénicher des archives de Jakob Schlaepfer les derniers cylindres qui avaient été stockés plus de vingt ans auparavant, après l’abandon du projet, et les utilise pour imprimer les derniers mètres de motifs d’Orbis. Une édition limitée de pièces exclusives viennent ainsi nourrir la collection Dries Van Noten Automne-Hiver 2008/2009. Le créateur va même plus loin, et décide de rendre hommage à Orbis en créant de nouveaux imprimés, inspirés des originaux des années 1930, pour lesquels il utilise l’impression moderne à jet d’encre, et qui deviennent le leitmotiv de cette collection hors du commun.
www.jakob-schlaepfer.ch
www.driesvannoten.be