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Le recyclage du polyester est-il une solution durable ?

L’engouement massif pour le polyester recyclé laisse à penser qu’il s’agit d’une solution miracle, tant pour la mode que pour l’environnement. Bien qu’étant réelle, cette solution ne saurait être simple ni constituer un permis de produire massivement du polyester neuf au motif d’un recyclage secondaire. Le processus de recyclage est lui-même énergivore, les filières sont encore peu structurées et l’origine de la matière transformée reste complexe à tracer. Il nous semble important de rappeler ici que les performances énergétiques du polyester recyclé sont encore inférieures à celles des matières naturelles et qu’il convient de rester prudent, tant dans son usage que son discours de marque.

L’omniprésence problématique du PET

Le polyéthylène téréphtalate, nom scientifique du PET est matière plastique et donc issue de la pétrochimie. Lorsqu’il est présenté sous la forme d’une fibre textile, le PET prend le nom de polyester, utile à la fabrication de vêtements. La majorité du plastique de type PET produit est commercialisée sous forme de polyester [1].

On estime que 60 % du PET vierge fabriqué dans le monde sert à concevoir des vêtements. L’utilisation du polyester est généralisée à l’ensemble de l’industrie de la mode : plus de la moitié en contiennent, notamment dans le sportswear, la chaussure et les vêtements d’extérieur imperméables. L’impact négatif du polyester sur l’environnement est connu de la majorité. Les travaux de recherche menés conjointement par la chair de l’Institut Français de la Mode et Première Vision en 2019 montrent qu’en occident, les consommateurs classent le polyester en tête des matières perçues comme les moins éco-responsables et attendent un changement de la part des marques [1]. Plusieurs d’entre elles (H&M, Timberland, Nike, Esprit, Volcom), s’étaient engagées dès 2017 aux côtés de l’association Textile Exchange à utiliser au moins 25 % de polyester recyclé d’ici à 2020 [2].
L’utilisation de matière recyclée présente indéniablement un intérêt écologique : sa fabrication requiert 50% d’énergie en moins, elle évite la production de déchets océaniques ou en décharges et l’extraction de ressources non-renouvelables. Il paraît cependant dangereux de présenter le polyester recyclé comme une solution miracle.

Les limites du PET recyclé

Premièrement, recyclé ou non, le polyester génère des microparticules de plastique à chaque lavage, évacuées dans les eaux usées puis dans les océans.  Deuxièmement, il n’est pas possible de le recycler infiniment car il perd de sa solidité et de sa qualité lorsqu’il est recyclé. A date, il est encore complexe de concevoir un produit en polyester recyclé sans ajout de matière vierge. Le processus de recyclage est lui-même énergivore, du fait d’un démantèlement des composants d’un vêtement ou d’une chaussure rendu complexe par leur multiplicité (plusieurs textiles voire blends, éventuels finishings non dissociables) ou encore l’usage de produits chimiques pour la dépolymérisation… Certains acteurs, comme la marque TBS, tendent à outre-passer ces problématiques comme avec ReSource, la première sneaker entrièrement broyable et recyclable sans démantèlement [4].

Il est encore impossible de tracer l’origine du polyester recyclé. Nos vêtements en polyester recyclé sont majoritairement conçus à partir d’emballages usagés, dont on ignore la provenance. Citeo, l’organisme français chargé d’organiser et développer le recyclage des emballages, indique qu’il est nécessaire de recycler de 15 bouteilles en PET pour fabriquer un pull en polyester [3]. Pour assurer leurs volumes production en polyester recyclé, les marques ont donc besoin d’un vivier de matières premières important et stable. Elles doivent donc nécessairement avoir recours au PET recyclé issu du tri sélectif des particuliers. Il convient d’être méfiant dans son discours demarque lorsqu’on assure le consommateur de la nature “recyclée à partir des déchets des océans” d’une matière ou d’un produit fini.

Côté consommateur, il est possible de s’en référer à certains labels tels GRS (Global Recycle Standard), Œko Tex STeP et Bluesign qui garantissent un polyester recyclé produit de manière aussi propre que possible, en limitant la présence de solvants et d’autre produits chimiques dans sa fabrication.

Les filières ne sont pas encore à la hauteur des ambitions, car structurer ces activités de recyclage revient à créer une seconde industrie parallèle. Les gisements de matières premières sont multi-sites (pre consumer comme chez Mud Jeans, et/ou post-consumers comme chez Circle ou Shak & Kaï), les procédés de tri de matières, de défibrage, de dépolymérisation éventuelle puis de polymérisation en une fibre textile requièrent un parc industriel dédié, soutenu par des financements conséquents.

D’un point de vue environnemental strict, le polyester recyclé est plus responsable que le polyester vierge, il reste cependant moins performant que la majorité des matières naturelles. A ce jour, il semble préférable de s’en détourner et, lorsque les performances techniques du vêtement l’imposent, choisir sans hésiter du polyester recyclé au sujet duquel on communiquera en transparence sur sa provenance, le choix de cette matière et la meilleure manière de l’entretenir dans une optique de durabilité.

Article réalisé en partenariat avec The Good Goods, le premier média francophone sur la mode écoresponsable.

Pour aller + loin :

Lisez notre interview de Victoire Satto, la cofondatrice de The Good Goods

Lisez l’article sur les labels internationaux à connaître

Et regardez le replay du Digital Talk «  La mode régénérative : et si on regardait le changement climatique au-delà de la durabilité ?»  Avec Victoire Satto – Co-founder & EIC, Host of the podcast ON(WARD) FASHION, The Good Goods, Arizona Muse – Activist, Sustainability Consultant, Model, Nina Marenzi – Founder & Director, The Sustainable Angle & Future Fabrics Expo, Elisabetta Baronio – CSR & Sustainability Manager, Timberland EMEA.
En partenariat avec The Good Goods

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