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Smart Keys : Comment allier tissus performants et éco-responsabilité dans le sport ?


Perçons les secrets des matières éco-responsables avec les Smart Keys.

Au cœur des questionnements autour de l’éco-conception, les Smart Keys s’intéressent à l’analyse des solutions disponibles pour vous accompagner dans un sourcing matière toujours plus éclairé.

Aujourd’hui, découvrons les coulisses des tissus techniques du sport.


 

Si le sport est l’allié d’un corps en pleine santé, les matières employées dans les équipements sont-elles aussi synonymes de respect du vivant ? Les activités outdoor sont par essence le reflet de l’amour de la nature, le matériel utilisé est-il également respectueux des écosystèmes ? Analysons les impacts de ces tissus performants…

 

Une industrie dopée à la pétrochimie

Confort et technicité sont les piliers des tissus techniques, précieux alliés des athlètes pour battre des records. Les synthétiques ont offert la possibilité de modeler des matières capables de défier toutes conditions grâce à l’ingénierie.

Fibres creuses de polyester pour isoler à la fois de la chaleur et du froid, légèreté du polyamide, résistance à l’abrasion et au feu de l’aramide, propriété déperlante du polyuréthane… alors que le monde tend à utiliser moins de ressources fossiles, le sport lui en est intimement dépendant pour répondre à des fonctionnalités spécifiques.

L’élasthanne est la clé d’excellence de nombreux tissus techniques pour gagner en qualité de mouvement et de performance. Cette fibre élastomère a vite conquis athlètes et designers tous domaines confondus. Son apparition à la fin des années 50 signe la libération du corps, en le galbant et améliorant son aérodynamisme, en assurant un effet de compression de certains muscles pour améliorer leur rendement, ou en accompagnant les mouvements de grand étirement.

Revers de la médaille cette fibre star, son caractère élastique est justement problématique lors d’un recyclage mécanique, lorsqu’il est présent à plus de 5% en composition. Capable de s’étirer jusqu’à 700%, l’élasthane empêche les procédés d’effilochage et de défibrage, et peut ainsi freiner la mise en place de systèmes circulaires dans l’industrie.

Microparticules à surveiller

En pointant l’emploi massif de matières synthétiques il va sans dire que les microparticules sont à considérer.

Si les étapes d’entretien sont souvent analysées comme émettrices de fragments textiles, ces micro-éléments sont présents en réalité à toute étape de la vie du produit dès la production, et concernent toutes de type de fibres, et polluent à la fois l’eau et l’air.

Le Microfiber Consortium s’est saisi du sujet afin d’identifier et comprendre l’impact des différentes fibres, typologies de fils, structures de tissus et étapes du processus, pour renforcer les connaissances de la filière et développer des méthodologies de tests robustes.

Substances chimiques endurantes

Anti-transpirants, antibactériens, ignifugeants, imperméables… les ennoblissements appliqués sur les textiles afin de leur conférer des qualités particulières sont à examiner de près.

2021 a marqué les 10ans de la campagne Detox Fashion visant à éliminer des chaines de valeur une liste noire de 11 familles de substances particulièrement à risque, dans lesquelles figurent notamment des molécules utilisées pour traiter les vêtements de sport.

Si les progrès sont là, la vigilance reste accrue, de nouvelles substances sont développées continuellement et, dans certaines régions du globe, sont considérées comme inoffensives jusqu’à preuve du contraire. L’arsenal réglementaire tel que REACH en Europe peut accompagner le contrôle, cependant le processus de réglementation est complexe et lent face à une industrie développant ses produits à une cadence effrénée.

Particulièrement en ligne de mire les composés perfluorés, PFC et PTFE. Ils permettent à l’eau de déperler sur le vêtement et de protéger ainsi de la pluie ou neige. Surnommés « Forever chemicals » ils s’accompagnent aussi d’une ténacité accrue dans l’environnement et l’organisme.

Leur structure moléculaire ne leur permet pas de se dégrader après utilisation ou rejet dans l’environnement. Transportable facilement parmi les écosystèmes, fortement répandus, certains PFC font partie de la catégorie des composés persistants et sont connus pour s’accumuler dans le corps des êtres vivants et provoquer des effets toxiques.

Des constructions élaborées à l’extrême

Certains tissus contiennent plusieurs couches, notamment des membranes. Les technicités combinées permettent d’associer propriétés hydrophobes, pour être imperméable, et hydrofuges, pour une bonne respirabilité et laisser l’humidité s’évacuer.

Des constructions virtuoses qui en font des matériaux à part. Par conséquent un vêtement peut être conçu avec différentes matières techniques, dont des tissus multicouches, pour additionner des qualités spécifiques. Ces assemblages complexifient leur traitement en fin de vie, particulièrement pour le recyclage au vu de la multiplicité d’éléments entrant en compte.


Comment plonger alors dans l’univers de l’éco-responsabilité avec des tissus techniques sport combinant prouesses technologiques et impacts minimums ?


Smart Key #1 : Un implacable contrôle de la chimie

Dans un 1er temps il faut veiller à développer des produits respectant des cahiers des charges stricts concernant les produits chimiques, avec des MRSL, Manufactured Restricted Substance List. Elles accompagnent l’identification et le contrôle des substances ; les lignes directrices énoncées par ZDHC, Zero Discharge of Hazardous Chemicals, BlueSign ou veillant à une liste d’intrants certifiés comme garanti par Oeko-tex passport sont des supports sûrs.

Le traitement des eaux usées est également un paramètre clé pour ne pas générer d’incidences négatives. Afin de s’assurer ensuite que les vêtements épousant la peau et les mouvements ne sont pas à risque, l’innocuité pourra être testée au travers d’Oeko-tex standard 100.

Smart key #2 : Tirer avantage de leur résistance

Souvent pointés du doigt car pouvant mettre des centaines d’années à disparaitre dans l’environnement, en disséminant au passage substances chimiques et microparticules, les synthétiques sont donc persistants.

L’adage de la consommation vertueuse étant « moins et mieux », il faut miser sur la durabilité, utiliser moins de produits et plus longtemps. Il est question ici de proposer de nouveaux services afin d’accompagner l’évolution des usages. Consolider des réseaux de deuxième vie en magasin, des services de location, de réparation, et un accompagnement des consommateurs dans le meilleur entretien possible des produits, afin d’allier synthétiques et longévité des vêtements créés.

Smart key #3 : Établir de nouveaux piliers avec la chimie verte et les ressources renouvelables

Secteur mis à mal pour sa dépendance aux ressources fossile, la recherche textile a notamment fait des bonds en avant grâce aux investissements dans le développement de tissus alternatifs à haute technicité. C’est ainsi qu’ont vu le jour des mailles et chaînes et trames aux composantes biosourcées, issues d’amidon de maïs, de glucose, ou autres résidus de cultures agro-alimentaires.

Grâce à des procédés d’extraction et de polymérisation, ces ressources naturelles renouvelables sont venues partiellement remplacer la pétrochimie.

L’utilisation de ces matières premières est l’un des 12 piliers de la chimie verte, dont les objectifs sont de développer des produits minimisant les déchets, à la biodégradabilité optimisée, et évitant les substances toxiques ou à risques tout au long de la chaîne de valeur, afin de garantir des produits issus de synthèses responsables.

Smart key #4 : Consolider la filière de recyclage

Soumis à rude épreuve, certains tissus sport ne pourront être utilisés indéfiniment.

Les enjeux sont ici de développer des produits tendant vers le monomatière afin de faciliter leur recyclage, et de renforcer les réseaux de collecte et d’unités permettant le développement du système en boucle fermée.

Si la progression est nette dans l’emploi de synthétiques recyclés, elle reste dépendante de ressources externes comme les bouteilles en PET et les filets de pêche. Entre 2000 et 2020, la production de polyester a notamment doublé, les gisements sont conséquents, et le défi reste à désormais instaurer la revalorisation au sein même de la filière, pour faire grossir les 1% de matières recyclées de textile à textile.

Dans ce secteur le recyclage chimique peut amener de réelles avancées, avec le bénéfice de recréer des textiles avec une qualité native, en revenant à la structure mère, avec des procédés de dépolymérisation.

S’ils étaient développés jusqu’il y a peu uniquement grâce à des ressources d’origine fossile, ces tissus performants autrefois non renouvelables et non recyclables ont devant eux un champ des possibles vertigineux pour allier technicité et éco-responsabilité.

 


Sources :

  • Imprégnation de la population française par les composés perfluorés, Programme national de biosurveillance, Santé publique France, Septembre 2019
  • PFA – European Chemical Agency
  • Synthetics Anonymous, Changing market Foundation, Juin 2021
  • Etude des perturbateurs et facilitateurs au recyclage des textiles et linges de maison – EcoTLC- Juillet 2014

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