GLOBAL EVENTS FOR FASHION PROFESSIONALS​

GLOBAL EVENTS FOR FASHION PROFESSIONALS​

Retour sur la conférence « Mutualiser les outils: l’intelligence collective au service de la création »

Pour cette conférence organisée au sein du Salon Made in France et intitulée « Mutualiser les outils: l’intelligence collective au service de la création », Nathalie Ruelle, professeure à l’IFM reçoit Adeline Darget, Déléguée générale du Syndicat de Paris de la Mode féminine, Frédérique Gérardin, Déléguée générale du Comité stratégique de filière mode et luxe, Philippe Schiesser, expert en éco-conception et Directeur-Fondateur d’Ecoeff Lab, Sophie Viot-Coster, Directrice Générale d’ADC Au-delà du cuir et enfin François Monterrat, aventurier de la transformation territoriale.

Faire circuler l’information

L’intelligence collective permet aux différents acteurs de la filière d’avancer plus vite en mettant à la disposition de nouveaux outils. Le Comité stratégique de filière mode et luxe a joué un rôle essentiel ces dernières années dans la mutualisation. Il rassemble l’ensemble des acteurs avec l’Etat et les organismes paritaires autour d’axes stratégiques importants pour la compétitivité. Un contrat stratégique a été signé en 2019 engageant à aller plus loin pour l’ensemble de la filière autour de thèmes comme la formation, la mode durable, la commande publique… Deux actions collectives ont été menées récemment. Une action de communication montée depuis 3 ans et portée par 8 branches de la filière, baptisée Savoir pour faire qui a mutualisé des moyens et des outils pour renforcer l’attractivité des métiers techniques. Une autre action autour de l’association Savoir Faire Ensemble (SFE) mis en place dans l’urgence pour coordonner l’action de la filière dédiée à la production de masques pendant la crise du covid.

Des guides pour mettre les informations en open-source

La mutualisation est inscrite dans la mission de La Fédération du prêt-à-porter féminin. L’une de ses traductions concrètes est la publication de guides, travaillés à partir des besoins des entreprises. Le Guide des approvisionnements responsables, avec le soutien du Défi a été construit avec la Fédération de la lingerie, de la maille et du balnéaire. Pour le Guide sur l’éco-conception, la Fédération s’est rapprochée de l’Alliance du Commerce et de la Fédération de la Haute Couture et s’est faite aider par Philippe Schiesser, expert de ces questions d’éco-conception. Réalisé à distance avec une quinzaine de marques pendant la crise du covid, ce travail a été présenté ensuite aux autres secteurs du Comité stratégique de filière, pour mutualiser les bonnes pratiques entre secteurs distincts: le cuir, le textile, la couture, les arts de la table. Philippe Schiesser:  » Nous avons aussi regardé du côté des autres secteurs que sont la mécanique, l’agro-alimentaire pour voir comment ils avaient procédé, notamment sur des thèmes comme l’affichage environnemental. C’est un vrai travail collaboratif au sein d’un métier avec le côté normatif, les outils pratiques, les démarches. » Les guides se déclinent ensuite en ateliers de méthodologiques. La Fédération a aussi des relais en régions pour faire le lien avec les territoires.

Une notion sous-tend cette idée de mutualisation: la générosité. Elle permet de tisser des liens entre les filières et entre les territoires. Pour Sophie Viot-Coster, Directrice générale d’ADC, c’est le vrai terreau d’une bonne circulation de l’information. Financée par une taxe aux entreprises, cette association qui existe depuis 10 ans organise notamment des séminaires « Génération Entrepreneurs » qui aident les marques émergentes dans la filière du cuir mais n’hésite pas à se rapprocher des autres instances collectives que ce soit le programme Talents de la Fédération du prêt-à-porter, Le Village des créateurs à Lyon ou encore Maisons de Mode à Roubaix. « On a créé un programme réunissant nos différentes cibles » explique Sophie Viot-Coster traitant les thèmes d’un entrepreneur de mode.

François Monterrat, fonctionnaire territorial détaché de l’agglomération de Valence pour accompagner avec Territoires d’Innovation des entreprises précise que le territoire est un lieu de développement économique et de mutualisation. Il s’appuie sur le fait qu’après les grandes années de la chaussure à Romans dans la décennie 80, la filière a quasiment disparu avant de renaître récemment autour de petits ateliers mobilisés dans l’association Romans Cuir qui existe depuis 2012. Les échanges entre les entreprises (achat de matières premières, de boîtes, coopération sur la production) se sont matérialisés par la création de la Cité de la chaussure, 2000 m2 dédiés en plein centre-ville, notamment grâce au comité de filière. Il y a enfin un partage d’expérience sur la vente en ligne.

Parler d’une seule voix pour être entendus au niveau européen

Frédérique Girardin rappelle à quel point la crise a montré ce côté « ensemble », nous sommes plus forts que seul. C’est d’autant plus vrai qu’au sein d’une filière très diverse, on retrouve des points communs sur le développement durable, la traçabilité, la formation. Et donc une facilité pour parler d’une seule voix au niveau européen, il est indispensable de se regrouper sous une même bannière. Notamment sur les négociations à Bruxelles au sujet de l’affichage environnemental ou la traçabilité, il est indispensable d’arriver groupés, en collectif. Nous avons ainsi défendu 4 articles collectifs sur 10 de la loi Climat. Le plus important est de partager les objectifs et les calendriers. Cas pratique de cette circulation nécessaire de l’information: sur l’affichage environnemental, il a été nécessaire de faire comprendre à l’ADEME qu’il fallait reprendre son texte et une nouvelle méthode a été ainsi co-construite.

Cette mutualisation correspond aussi à une volonté nouvelle des entreprises de piloter autrement les politiques de changement et de transition, à un moment où les jeunes marques doivent s’appliquer à bien travailler leur ADN et leur argumentaire RSE. Le travail en collectif s’impose donc pour faire face à ces nouveaux enjeux. Il existe depuis quelques années en France un contexte favorable, avec notamment les FabLabs. Le collectif Tricolor qui met en valeur la laine française en mobilisant tous les acteurs offre une autre traduction. ADC a créé un lieu de rencontre pour les professionnels de la filière au 64 rue de Cléry à Paris en mai 2020 et a créé un fonds d’investissement pour soutenir des projets en lien avec nos métiers du cuir. Un lieu, un fonds sont autant de moyens concrets pour faire face aux problématiques de formation et de recrutement, pour attirer les talents de demain sur des tâches de plus en plus polyvalentes. Hier la petite entreprise devait se positionner tout de suite, le collectif désormais autorise l’erreur via les expérimentations. Il permet aussi de: tirer des leçons en partageant, jusques et y compris les erreurs communes.  

Retrouvez l’intégralité de la conférence en podcast >

Article précédent Retour sur la conférence « Tricoter des liens plus forts par la mise en réseau » Article suivant Retour sur la conférence « S’engager ensemble pour une chaîne de production transparente »