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Smart Keys : Durabilité – La qualité est-elle la clé ultime de la circularité ?


Perçons les secrets des matières éco-responsables avec les Smart Keys.

Au cœur des questionnements autour de l’écoconception, les Smart Keys s’intéressent à l’analyse des solutions disponibles pour vous accompagner dans un sourcing matière toujours plus éclairé.

Aujourd’hui, cap sur la durabilité.


Du consommateur à l’état, les discours convergent pour soutenir la circularité. Le recyclage, principal levier mis en œuvre aujourd’hui, permet de revaloriser les matières et doit être combiné avec ses deux précieux alliés pour assoir une économie circulaire, l’utilisation et la durabilité.

Aussi simple que cela puisse paraître, l’usage des vêtements est un paramètre clé pour réduire les impacts : les faire vivre plus longtemps, c’est amortir leur coût environnemental. Quant à la durabilité, facteur trop longtemps mis de côté, c’est une approche fondamentale qui permet de prolonger la durée de vie d’un vêtement grâce à sa qualité.

En 2020 une étude de Kearney se penchait sur les raisons poussant les consommateurs à se débarrasser de leurs vêtements. Les 3 principaux résultats ? 36 % s’en séparaient car les vêtements étaient endommagés ou trop usés, 28 % car ils ne leur allaient plus, et 20 % car ils ne les aimaient plus.


Avec l’évolution de la consommation et l’avènement d’une mode créée pour être renouvelée sans cesse, a-t-on signé le glas de la qualité ?


Durabilité physique … les matières ont-elles une date limite de consommation ?

Là où les vêtements ont un faible coût à la caisse, ils portent souvent des coûts cachés : environnementaux, sociaux, et de qualité. En se penchant sur ce dernier paramètre, on se rend vite compte que la balance coût d’achat et coût d’usage est rapidement déséquilibrée par un rapport qualité/prix rarement au rendez-vous.

 

Dégorgement et affadissement rapides des couleurs, boulochage, déformation de la matière, deux à trois lavages suffisent souvent à révéler la vraie nature des produits. Contrôles qualités questionnables, rapidité extrême de conception et développement pour arriver au plus tôt en rayon, la durabilité physique des produits est mise à mal et passe au second plan face à une course au temps et au prix.

Sur la question de la circularité, l’Agence Européenne de l’Environnement insiste sur la nécessité de ralentir ces boucles de production et pointe la longévité et la qualité supérieure des produits comme un axe majeur à privilégier.

S’il est important de mettre en œuvre le recyclage et la valorisation des matériaux, la priorité doit être la durabilité, la réutilisation et la réparation des vêtements. Le vêtement le plus durable est celui qui existe déjà.

Durabilité et désirabilité… vers une obsolescence programmée ?

Pré-collections, capsules, drops… nos goûts sont sollicités et sur-stimulés au quotidien à grands renforts de nouveautés. Alors comment ne pas craquer devant cette déferlante ?

Le consommateur est considéré comme polymorphe, adaptant son look à son humeur, aimant le changement. L’acte d’achat mode, la plupart du temps, est davantage lié à une envie qu’à un besoin. La durabilité émotionnelle est au sujet de multiples réflexions, mais difficilement quantifiable, comment mesurer un critère aussi subjectif ?

 

L’intérêt pour un article peut être lié à des normes sociales ou être un signe extérieur d’appartenance brandit comme étendard. La conception de petites séries pourrait alors rendre un produit plus précieux car plus rare, mais ne rentrerait-il pas ainsi dans une mécanique de pression à l’achat pour avoir le sentiment de ne pas manquer un produit incontournable et peu disponible ?

L’acte d’achat d’un produit plus cher pourrait attester de l’attrait porté, cependant le coût payé garantit-il que le produit soit aimé, porté, conservé plus longtemps ? S’il est possible de tester les qualités physiques des produits, au travers de méthodologies normées, la qualité immatérielle d’attachement à un produit reste difficile à jauger.


Alors face à une multiplicité de questionnements, quels leviers mettre en œuvre pour accompagner la durabilité d’un produit ?


Smart Key #1- Création : L’assurance de la qualité

C’est l’adage de la slow fashion : créer pour durer. Au-delà des purs acteurs de slow fashion, cette démarche s’étend car la qualité est un atout indéniable pour pouvoir recycler les produits dans de nouvelles matières, capables à leur tour de défier le temps.

Pour estimer l’endurance d’un produit, de nombreux tests existent pour appuyer les qualités d’une matière. Selon les attentes et usages liés à l’article, on analysera les résultats des évaluations de résistance des couleurs aux lavages et à la transpiration, de la solidité des coutures, de l’absence de boulochage etc… Des critères multiples pour s’assurer que le vêtement sera un compagnon fidèle durant bien plus qu’une saison.

Un intérêt d’autant plus important que les réseaux de seconde main connaissent une envolée. Une manne financière adoubée responsable, qui pousse les marques à se structurer sur leurs propres réseaux de seconde main. Cette opportunité continuera de grandir si le pilier essentiel à la deuxième vie d’un produit, et donc à sa valeur sur le marché, est au rendez-vous : sa qualité. Reste à la filière de concevoir les futurs produits vintage de 2050 !

Smart Key #2 – Consommation :  le soin des produits

Une fois dans les mains des consommateurs, il leur incombera de veiller à prolonger la vie des produits. Le lavage, un entretien attentif, sont des phases essentielles permettant de conserver un vêtement dans le temps.

Une fois présentant un défaut d’usure, les réseaux de réparation peuvent apporter un service essentiel. En amont, le produit peut être conçu pour être réparable et s’accompagner d’un service proposé par la marque.

Cette approche peut justement venir renforcer la durabilité émotionnelle, avec l’incitation à la réparation, pour conserver dans le temps un produit qui a été chéri, plutôt que de recourir au renouvellement avec un article à petit prix et faible qualité.

Smart Key #3 – Réglementation : La Responsabilité Élargie du Producteur et l’affichage environnemental

Le dispositif de Responsabilité Élargie du Producteur fixe une redevance, afin que les marques s’acquittent de la contribution aux coûts de gestion de fin de vie des produits. C’est ainsi que les projets de valorisation des déchets en ressources peuvent être financés.

Afin d’encourager les marques à l’éco-conception, l’éco-modulation favorise les bonnes pratiques, puisque les articles répondant aux critères de durabilité ou contenant des matières recyclées obtiennent une réduction de cette taxe affectée. Le barème de durabilité repose sur des tests à réaliser sur les produits pour pouvoir garantir la qualité des articles.

Ce système de modulation de l’éco-contribution est déjà en œuvre en France, en développement en Suède, Danemark, et aux Pays-Bas, avec des objectifs d’harmonisation pour l’Union Européenne.

En parallèle, avec les perspectives d’affichage environnemental, les travaux actuels du BNITH en France et du PEF en Union Européenne visent à établir des méthodologies normalisées de mesures de la durabilité, et vont permettre d’analyser les principales causes de fin de vie des produits. Ces critères viendront compléter et potentiellement moduler le score environnemental d’un produit avec un bonus/malus, pour aller au-delà des analyses de cycle de vie.

Mistra Future Fashion partageait en 2019 que doubler la durée de vie des produits pouvait réduire de 49 % leur empreinte de carbone, et jusqu’à -67 % si ces articles à durée de vie longue avaient été produits avec de l’énergie solaire. Un produit ayant une courte durée de vie devra être remplacé, et entraînera donc des impacts environnementaux par la production d’un deuxième article, tandis qu’un produit à longue durée de vie pourra amortir dans le temps les impacts environnementaux liés à sa production.

Alors, comment arborer un look pointu qui resterait durable ? La réponse se trouve certainement là où naît le style, en se construisant une identité propre, mixant produits neufs de qualité et seconde main, sans dépendre des éphémères pièces du moment, pour construire justement sa garde-robe du futur : celle qui dure.


Lire la suite de notre série Smart Keys :


Sources :

  • Textiles and the environment: the role of design in Europe’s circular economy – European Environment Agency – Février 2022
  • Three-Dimensional Product Circularity: a working paper from RISE Sustainable Business – RISE Research Institutes of Sweden – March 2020
  • Can circularity save the fashion industry – Kearney – 2020
  • Critères des éco-modulations – Refashion
  • Groupe de travail durabilité et projet Durhabi – Bureau de Normalisation des Industries Textiles et de l’Habillement – 2022
  • Driving circular economy through EPR – Eunomia for Changing Markets Foundation and the European Environmental Bureau – Février 2022
  • The outlook report 2011-2019 mistra future fashion final program report – RISE Research Institutes of Sweden – 2019
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