GLOBAL EVENTS FOR FASHION PROFESSIONALS​

GLOBAL EVENTS FOR FASHION PROFESSIONALS​

Smart Keys : Comment colorer les vêtements sans noircir le tableau des impacts environnementaux ?

Quelle est la couleur de la prochaine saison ? C’est probablement la question posée le plus fréquemment lorsque vous annoncez travailler dans la mode.

Miroirs de l’humeur, les silhouettes voient la vie en rose ou broient du noir en France, alors qu’elles « feel a little blue » en Angleterre, ou peuvent même devenir le reflet d’une génération avec le Millenial Pink ou le Gen Z Yellow. La couleur est incontestablement une façon d’afficher son état d’esprit et son appartenance. Pourtant, aussi aimées soient-elles, les nuances de nos silhouettes en font aussi voir de toutes les couleurs à l’environnement.

Des émissions pas si roses

Lors d’une évaluation d’émissions CO2 par Quantis sur l’ensemble du cycle de vie d’un vêtement, les phases de teintures et d’ennoblissement représenteraient 36% des impacts, décrochant ainsi une triste 1ère place des étapes les plus énergivores. Les nombreux procédés aqueux, pré-traitements et cycles de teinture, nécessitent de larges volumes d’eau chauffée, entrainant par conséquent une consommation d’énergie exorbitante.

Une chimie pas très verte

A ceci s’ajoute les impacts de la chimie.

Les prétraitements, pour nettoyer et préparer les fibres à l’absorption des teintes, peuvent déjà en amont présenter une source de risques.

Les colorants ont ensuite différentes natures, ils peuvent être solubles dans l’eau comme les colorants acides, directs, à mordants ou basiques, ou insolubles, comme les colorants pigmentaires, de cuve, réactifs ou dispersés.

D’origine naturelle ou de ressources fossiles, ces composants peuvent avoir de multiples conséquences de pollution des eaux et risques sanitaires. Leur présence dans les effluents liquides en aval des procédés de teinture, ou issus du lavage des textiles, constitue un risque sérieux, en l’absence de leur épuration, pour la qualité des milieux aquatiques récepteurs.

Les régulations diffèrent selon les régions du monde ou même selon les pays. Sur des milliers de substances chimiques passées au crible par Reach, une centaine de colorants peuvent encore être trouvés sur le marché dans des régions hors Europe et atterrir dans les cuves de teinture.

Plongée en eaux troubles

Certains colorants azoïques par exemple, ont un taux de fixation sur tissu de 15 à 50% pendant le processus de teinture, et sont encore fréquemment rejetés dans les eaux usées sans traitements rigoureux.

Ces eaux sont ensuite employées pour l’irrigation de l’agriculture, entraînant un impact en cascade sur les communautés microbiennes du sol, pour la germination et la croissance des plantes.

En effet, lorsqu’ils ne sont pas biodégradables, la présence de ces colorants et pigments peut entraîner une altération importante des conditions écologiques de la faune et de la flore aquatiques. Un impact négatif sur l’équilibre du milieu aquatique qui provoque de graves dangers de sous-oxygénation, de réduction de la photosynthèse, ou d’odeur. Des dangers à long terme s’observent également, avec la persistance et bioaccumulation de composants toxiques, mutagènes et cancérigènes, pouvant traverser les chaînes alimentaires et accentuer ainsi la dispersion des risques.


Alors comment conjuguer couleurs vibrantes et impact non délétère ?


Smart Key #1 : Explorer la couleur brute ou naturelle

Sans conteste la solution la moins impactante est de ne pas teindre.

Une option chérie par les marques plus volontaires, faisant de la couleur originelle des fibres leur dresscode couleur.

Déclinaisons de beige grisé en lin, toisons laine passant du crème au chocolat, variétés de cotons naturellement rosés ou verdis, beiges rosés des basanes, même avec des nuances restreintes les fantaisies sont possibles.

Autre piste avec les colorations végétales. Elles ont été longtemps délaissées car présentant une reproductibilité et uniformité non satisfaisantes, des défauts de solidité à la lumière, aux lavages ou au frottement, et nécessitant des mordants métalliques à risque. Elles sont désormais plus évoluées, comme le prouve la large gamme de couleur et la qualité exemplaire de Greendyes.

Teintures à base d’algues chez Algaeing, de résidus de thé chez T-Hues, optimisent des ressources insoupçonnées. La technologie d’Indidye elle, permet de fixer les nuances végétales grâce à un système d’ultrasons permettant de s’affranchir de pré-traitements toxiques.

Smart Key #2 : Une chimie monitorée de près

Pour s’assurer d’une chimie plus responsable, Oeko-tex Eco Passport, ZDHC, Cradle to Cradle, GOTS ou Blue sign viendront observer les substances employées et s’assurer de leur non-toxicité.

Sur produits finis, Oeko-tex Standard 100 ou Oekotex Leather standard attesteront d’un produit fini exempt de risques.

L’évaluation de DCO (demande chimique en oxygène) ou DBO (demande biochimique en oxygène) des effluents permettent d’analyser la pollution ou la biodégradabilité potentielle des eaux. Les principaux polluants comme la haute teneur en matières en suspension, la chaleur, la couleur, ou l’acidité devront être traitées par une combinaison de traitements physico-chimiques et biologiques pour assainir les eaux.

Smart Key #3 : Colorer à sec

De nombreux procédés existent désormais à échelle industrielle pour permettre de minimiser la consommation d’eau et d’énergie.

Utilisée dans l’impression textile, les technologies jets d’encre se sont peaufinées pour désormais venir teindre les étoffes. Ces techniques hautes performances pulvérisent à grande vitesse la couleur au cœur de la fibre. Empreinte hydrique amoindrie, temps de teinture considérablement réduit, et précision des process permettent de générer un minimum d’impacts.

Les machines d’Imotech, Coloreel, ou les techniques spray d’Imogo sont compatibles avec tous types de teintures et offrent une efficience maximale.

Autre possibilité, le CO2 supercritique. Il tire sa force de la haute pression permettant au dioxyde de carbone de passer à l’état de fluide. Il vient se substituer ainsi à l’eau, dissoudre les colorants purs et teindre fils et tissus avec la même efficacité qu’un procédé conventionnel. Deven Supercriticals est utilisable pour teindre coton et polyesters, Dyecoo a déjà de nombreux adeptes dans le denim.

Toujours côté denim les technologies foam utilisent un agent moussant pour permettre de recouvrir le tissu de mousse. La matière passe entre des rouleaux pour une répartition uniforme puis est exposée à haute température pour adhérer pleinement et se fixer aux fibres. Une façon de dire enfin adieu aux multiples bains d’indigo avec ce procédé optimum.

Smart Key #4  : Se laisser surprendre par l’innovation

Les technologies de rupture, offrant une approche radicalement différente, commencent à passer le cap de projets pilotes pour tendre vers une échelle industrielle.

Souvent observé par l’angle de la fibre, le recyclage offre désormais des possibilités pour colorer les matières

Chutes de production textile ou vêtements usités peuvent devenir une source de couleur grâce au process Recychrom™ d’Officinia+39 qui transforme les tissus en poudre colorée extrafine, agissant comme colorant pigmentaire. Plus faciles à filtrer, et minimisant le traitement des eaux usées, cette teinture se déploie sur tous types de supports textiles. DyeRecycle explore une solution sans solvant toxique, permettant d’extraire la couleur des synthétiques, et d’être réemployée ensuite comme bain de teinture pour d’autres pièces. Une manière ingénieuse de créer une teinture d’un côté, et de revenir à des textiles blancs de l’autre, pour générer des gisements de matières uniformes pour le recyclage.

La technologie la plus niche se trouve auprès de la biotechnologie. Microbiologie et étude de l’ADN de la nature ont permis à Pili, Colorifix ou Huue de développer des techniques de fermentation permettant de créer des colorants grâce à l’action de micro-organismes portant dans leur code biologique des catalyseurs enzymatiques. Dignes de la science-fiction et porteuses d’espoir pour s’affranchir des ressources fossiles tout en répondant aux critères exigeants du marché, ces solutions dessinent la teinture de demain.

L’investissement dans de nouvelles technologies coute cher, très cher. Un prix à payer pour laver les impacts de la teinture plus blanc que blanc. Le soutien des marques par un engagement sur la durée auprès de leur fournisseur ou des co-investissements portés conjointement, resteront le meilleur moyen de tracer ensemble de nouveaux chemins, hauts en couleur.


SOURCES

  • Quantis – Measuring Fashion (2018)
  • Mohamed Berradi, Rachid Hsissou, Mohammed Khudhair,Mohammed Assouag, Omar Charkaoui, Abderrahim El Bachiri, Ahmd El HarfiTextile finishing dyes and their impact on aquatic environs (Novembre 2019)
  • Bruno Lellis, Cintia Zani Favaro-Polonio, Joao Alencar Pamphile, Julio Cesar Polonio – Effects of textile dyes on health and the environment and bioremediation potential of living organisms (Avril 2019)
  • Fashion For Good – Textile processing guide: pre-treatment, coloration and finishing (Janvier 2022)
Article précédent Talk – Les tests PCR et de médecine légale sont-ils l’avenir de la traçabilité automatisée dans le textile ? Article suivant Instaurer la confiance : Tracer la chaîne d’approvisionnement du textile