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Dossier Spécial : A l’écoute des nouveaux désirs de mode…Vanessa Seward

Vanessa Seward  « Après le street style, c’est l’Insta style qui inspire les femmes. »

La créatrice franco-argentine a travaillé avec Chanel, Saint-Laurent ou Azzaro, signé des collab’ avec Apc et aujourd’hui La Redoute, et créé sa propre maison. Son vestiaire, sensible et élégant, dévoile une très fine connaissance des désirs des femmes dont elle nous livre ici l’analyse, précieuse pour penser demain.

Comment évoluent, selon vous, les comportements des consommateurs ?

La jeune génération est très concernée par la dimension écologique de la mode et, plus globalement, par l’ensemble des valeurs d’une maison et son storytelling. Désormais, une marque contient tout cela, ce qui renouvelle le regard que l’on porte sur elle. Il y a vingt ans, les mannequins étaient les stars, ce fut ensuite le tour des créateurs. Aujourd’hui, ce sont les maisons qui jouent les vedettes -pourvu qu’elles réussissent à trouver la bonne expression de leur philosophie, qu’elles déclinent via les réseaux sociaux. Ces réseaux permettent aussi un dialogue spontané avec les clients et donnent aux créateurs la possibilité de répondre précisément à leurs attentes, avec des collections toujours en évolution. Certains vont plus loin, interrogeant les consommateurs avant même de lancer la production. C’est une démarche intéressante mais j’en vois les limites, et je pense que le public va les saisir aussi.

Quelles sont ces limites ?

Selon moi, le rôle d’un créateur est d’être à l’écoute des femmes et de l’époque, mais il doit aussi s’affranchir de cela. Il doit bousculer ce qui existe ; offrir de la surprise, de l’inattendu, devancer le désir des femmes. Comme le disait Saint-Laurent, il faut donner aux femmes ce qu’elles ne savent pas encore qu’elles vont vouloir. Cela réclame de l’intuition, de l’audace, du talent. Mais il s’agit, selon moi, de la définition même de la mode. Sa raison d’être.

Vous composez vous-même un vestiaire très personnel. Comment le définissez-vous ?

J’ai une approche très spontanée, très instinctive de la mode et celle-ci est liée à ce que je ressens de l’époque. En ce moment, j’observe un grand désir de confort chez les femmes, renforcé encore par le confinement. Il suffit de se promener dans la rue pour voir que 90% portent des baskets ! Mon obsession est de proposer un vestiaire qui puisse conjuguer cela avec une allure. Je veux offrir une alternative au tout confort, avec des vêtements qui infusent une certaine élégance.

Quel est le rôle du vêtement aujourd’hui ? Une affaire de confiance, d’expression de soi ?

Je crois beaucoup à l’alliance du confort et la séduction. Cette notion de séduction se décline parfois d’une façon un peu attendue, trop cliché. Je pense qu’il y a une place pour une séduction subtile, avec un vêtement qui offre une ligne, une qualité de matière. Une pièce réussie permet de se sentir mieux, de se mettre en valeur ; elle respecte les femmes et leur permet de construire leur propre storytelling.  Pour moi, le nouveau luxe, c’est cela. Par ailleurs, les clientes sont aussi dans une réflexion autour de la surconsommation. Il n’y en a plus beaucoup qui souhaitent changer de garde-robe chaque année. En revanche, elles ont envie de vêtements capables d’illuminer leur vestiaire. Moi-même, je craque chaque saison pour une pièce extravagante que j’utilise avec mon fond de garde-robe. La nouvelle génération est, je crois, dans une même quête. Elle est moins fashion victim, plus émancipée.

Comment analysez-vous cette émancipation ?

Elle correspond à une volonté d’indépendance, d’autant plus facile à exprimer grâce à Instagram, qui offre une extraordinaire source d’inspiration. Son champ est tellement large qu’il permet une totale liberté de manœuvre. Dans les années 90/2000, la rue constituait la source d’inspiration majeure, désormais ce sont les réseaux sociaux. Après le street style, l’Insta style !

Vous avez choisi de collaborer avec La Redoute. Pourquoi ?

J’avais déjà initié une collab’ avec la maison lorsque j’étais chez Azarro et j’en avais gardé un très bon souvenir. J’apprécie beaucoup l’esprit de ce groupe. Les équipes connaissent très bien la mode, respectent le travail des créateurs et leur offrent une grande liberté. Pour cette quatrième édition disponible début mars, je propose une collection très cohérente, d’une vingtaine de pièces seulement. Des accessoires, des basiques confortables et parfaitement coupés, qui déclinent une palette de bleus : combinaison, robe, short, jupe…. J’ai également travaillé avec le plasticien Jason Glasser qui a dessiné des imprimés sur de très belles blouses -des pièces uniques qui signent un vestiaire et sont faites pour durer. Mes amies me le disent souvent, lorsqu’elles décident de faire le tri dans leur dressing, elles gardent toujours des choses de ma marque. Je suis très fière de cela !

Et quels sont vos projets ?

J’ai choisi de mettre ma maison entre parenthèses pour le moment et je me concentre sur l’écriture d’un livre, à paraitre aux éditions Lattes à la rentrée prochaine. Il ne s’agit pas d’une histoire de mode mais plutôt du désir des femmes. De cette notion d’élégance, compatible avec la vie.

Dossier spécial « A l’écoute des nouveaux désirs… « – la suite :

Retrouvez l’interview de Pamela Golbin, historienne, ex-conservatrice générale de la mode et du textile au musée des Arts Décoratifs puis directrice artistique de la résidence Jacquard de Google Arts & Culture.

 

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