Le cuir n’est pas un matériau vegan

Disons-le une fois encore, le cuir n’est pas un matériau vegan !

Mais pourquoi cette information a-t-elle du mal à se diffuser largement dans les milieux professionnels de la mode et du luxe, et auprès des consommateurs ?

Nous allons esquisser ici quelques pistes de réflexion pour expliquer ce phénomène et tenter de rétablir à cette occasion certaines vérités.

Commençons peut-être par rappeler les définitions claires et restrictives des deux types de matériaux afin de comprendre leur évidente différence :

« Est considéré comme du cuir le produit obtenu de la peau animale au moyen d’un tannage ou d’une imprégnation conservant la structure naturelle des fibres de la peau et ayant conservé tout ou partie de sa fleur. » (1)

« Produit vegan : produit exempt de toute substance d’origine animale, n’ayant fait appel à des agents techniques d’origine animale et n’ayant été testé d’aucune façon sur eux. » (2)

Malgré ces informations explicites il est encore trop fréquent de constater que les deux notions sont assimilées à tort, cuir et vegan ! Cet amalgame résulte selon nous de plusieurs facteurs.

 

 

Tout d’abord, il existe une confusion très fréquente entre la notion de vegan et la notion de « cuir végétal ».

Le cuir végétal existe bien, il s’agit en fait de la forme contractée de l’appellation « cuir à tannage végétal », c’est un cuir, d’origine animale bien sûr, pour lequel le procédé de tannage utilise des tanins végétaux tels que le mimosa, le châtaignier ou encore le quebracho. Ce procédé, bien que  peu utilisé, est suffisamment connu par les acheteurs et les médias pour que la notion de cuir végétal marque les esprits et entretienne la confusion entre végétal et vegan !

Crédit : Agneau végétal crispé de Raynaud Jeune

Une autre explication provient du fait que de très nombreux matériaux, qui ne sont pas d’origine animale, se présentent comme des alternatives au cuir.

Il peut s’agir de matériaux innovants à base de végétaux, comme « Pinatex tm»  qui est une matière fabriquée à base de fibres cellulaires extraites de feuilles d’ananas, ou encore de « Mylo tm » matériau fabriqué à base de cellules de champignons, développé par la société Bolt Threads.

D’autres nouveaux matériaux innovants sont issus de technologies plus sophistiquées, il en est ainsi de « Zoa tm », fabriqué à base de collagène par la société Modern Meadow.

Mais il peut aussi s’agir de ce que l’on appelle couramment et à tort en Asie de « Synthetic leather », c’est-à-dire de textile enduit de PVC, matériau bien connu et très largement utilisé pour reproduire en partie l’aspect du cuir.

Toutes ces matières peuvent être vegan puisqu’elles ne sont pas d’origine animale, et elles peuvent donc constituer une alternative au cuir, mais il ne s’agit en aucun cas de cuir. On notera d’ailleurs que leurs performances, notamment d’usage, de confort ou de durabilité sont souvent différentes de celles du cuir.

La difficulté vient aussi du fait qu’il y a une incompréhension de l’appellation cuir pour certaines de ces matières innovantes ou non, ou même qui associent directement le nom de ces matières avec le mot cuir.

Précisons que sur le plan légal, la juxtaposition des deux termes cuir et vegan, ou encore cuir et synthétique, est non seulement totalement inexacte, mais elle est également strictement interdite par la loi française et donc répréhensible, toujours en fonction du décret de 2010 (1).

Crédit : Décor façon reptile en polyuréthane par Gripmore

D’autre part une notion se développe rapidement en occident, celle du bien-être animal.

Ce concept n’est pas une exclusivité liée au mouvement vegan, tout un chacun pouvant souhaiter prendre soin des animaux tout au long de leur vie. Dans ce cadre, certains consommateurs soucieux du bien-être animal peuvent revendiquer un cuir qui aurait cette caractéristique, et ils pensent trouver une réponse avec un cuir possédant des propriétés vegan.

Rassurons ces consommateurs, on peut acheter du cuir et répondre à cette exigence de bien-être animal car cette notion est déjà largement intégrée dans la chaine de valeur, de l’élevage jusqu’à la fabrication du cuir. En effet depuis de nombreuses années, des dispositions règlementaires ont été prises au niveau de l’Europe dès 1998 (3), ou encore plus récemment en France en 2018 (4), afin d’améliorer la protection des animaux d’élevage.

Enfin une autre explication expliquant ces assimilations vient de produits d’origine animale versus les produits végan

On le voit bien autour de ces termes de cuir et de vegan plusieurs idées et concepts s’entremêlent et conduisent à des incompréhensions ou à des attitudes de consommation ou d’achat ambigües.

Les matières d’origine animale, telles que la laine, le cachemire, le cuir ou encore la fourrure sont des matières naturelles.

Les matières vegan sont à base de végétaux ou à base de polymères.

In fine le consommateur, qui peut être déstabilisé par ces malentendus, aspire à plus de transparence de la part des entreprises et plus de traçabilité dans la chaine de valeur. La profession au niveau international l’a bien compris et elle s’emploie activement ces dernières années à réaliser des progrès allant dans ce sens

Yves MORIN

Consultant pour Première Vision Leather

(1)          Décret n° 2010-29 du 8 janvier 2010
(2)          Association Vegan France
(3)          Directive n° 98/58/CE du 20 juillet 1998
(4)          Loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018

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