«Créer quelque chose de beau ne suffit pas…»

En charge de la mode masculine aux côtés de Dries Van Noten depuis plus de 20 ans, Jürgen Sailer nous dévoile les coulisses de la création d’une collection ; et révèle l’importance de l’ornement dans l’Adn de la marque.

 

Dries Van Noten est connu pour son travail sur le motif et les matières. Comment définiriez-vous l’esprit de la maison ?

Eclectique ! Elle mêle des références iconiques sur une même silhouette ; elle cherche un équilibre entre opulence et minimalisme. Elle est intemporelle, élégante mais joue avec l’imperfection, le beau et le laid. Elle est authentique et intègre.

Quelles sont vos principales inspirations ?

Nous travaillons avec une grande variété de sources : art, musique, design, danse, voyage, histoire… Cela peut être une atmosphère, une attitude que nous voulons exprimer ou juste la nature d’une couleur, vibrante ou sourde. Pour être pertinent, nous observons aussi ce qui se passe dans la rue et dans l’univers de la mode ; le tout sans se laisser déborder par trop d’informations qui bloquent la créativité. Tout le monde fait avec les mêmes ingrédients mais utilise des recettes différentes pour construire son identité. Le défi ? Une collection qui explore les limites, qui challenge le client en étant respectueux de notre Adn.

Filep Motwary ©Dries Van Noten

Pouvez-vous nous décrire le processus de création d’un imprimé ?

Nous étions plus limités avant le digital. Chaque couleur avait un coût et nos tissus multicolores valaient une fortune ! Aujourd’hui, nous avons davantage de liberté et pouvons utiliser toutes les couleurs que l’on souhaite pour un prix raisonnable. C’est un grand avantage mais le digital ne donne pas le même résultat. On perd l’imperfection, la réalité de l’impression. Pour cette raison, nous travaillons avec des motifs que l’on dessine à la main avant de les peaufiner à l’ordinateur, pour créer un fini plus artisanal.

Le motif est-il la première étape d’une collection ?

Avant tout, il faut imaginer la femme ou l’homme que l’on a envie d’habiller, ses passions, son allure… Le motif souligne ensuite l’esprit, l’atmosphère d’une saison. Le plus souvent, nous travaillons, sur écran, des silhouettes sur lesquelles nous plaçons des broderies, des motifs, de la joaillerie… Jusqu’à arriver à l’image que nous avons en tête. Nous savons très tôt quel sera l’esprit du show. Le défi est ensuite de traduire ces inspirations dans la réalité d’un vêtement. Mais ce premier travail est essentiel pour communiquer aux équipes le mood de notre nouveau voyage.

Avec quels artisans travaillez-vous ?

Nous collaborons avec des italiens, français, anglais, japonais. Chaque pays a son identité et des talents particuliers. Certains utilisent encore d’anciens métiers qui donnent beaucoup de caractère à la matière. Les écossais, surtout, produisent avec un côté brut très intéressant. Nous travaillons aussi avec des indiens très talentueux. La plupart de nos ornements sont faits à la main et réclament une grande technique, mais aussi une sensibilité à la matière. L’ornement a toujours été important chez Dries.

Va-t-il se développer pour l’homme aussi ?

Absolument. Les dernières saisons, les collections ont été de plus en plus flamboyantes et il nous semble que tout est possible. Les éléments féminins dans le vestiaire masculin sont, par exemple, davantage acceptés. L’ornement donne de la valeur à une collection, elle la rend plus visible. Mais créer quelque chose de beau ne suffit pas, cela doit être au service d’une idée. Les hommes attendent des références, un vrai propos de mode.

 

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