GLOBAL EVENTS FOR FASHION PROFESSIONALS​

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Retour sur la conférence « Réinventer l’entreprise citoyenne: de nouveaux modèles possibles »

Pour cette conférence des Rencontres du Made in France intitulée « Réinventer l’entreprise citoyenne: de nouveaux modèles possibles », Pascal Gautrand, Expert filières et textile et fondateur de Made in Town reçoit Thomas Bucaille, Senior vice-président RH et CSR de Petit Bateau (Groupe Rocher); Stéphanie Calvino, Fondatrice d’AntiFashion et animatrice du projet Résilience; Paul Devilder, Directeur général TDV Industries et Co-fondateur de Renaissance Textile et Mickaël Marras, Président et Directeur général de Père Pigne. En introduction, Pascal Gautrand reçoit Arnaud Montebourg, ancien ministre du Redressement Productif puis de l’Economie entre 2012 et 2014 et candidat récemment déclaré à l’élection Présidentielle de 2022 avec un programme baptisé « La Remontada ».

Une occasion pour l’animateur des débats de faire référence à une « Remontada du textile » depuis 2017 en accueillant ce chantre du Made in France qui n’avait pas hésité à poser en marinière il y a quelques années pour défendre la production locale en couverture du Parisien Magazine. Arnaud Montebourg commence son propos en rappelant les racines du mal, celles de la Mondialisation qui a brisé le lien historique et fondamental entre la nature, le végétal, l’animal et le textile. Il rappelle les catastrophes qui ont contribué à la prise de conscience : le Rana Plazza au Bangladesh, bien après les premiers mouvements altermondialistes lancés par Naomi Klein.

« La disparition de l’origine du produit derrière la marque, c’est le XXème siècle, résume l’ancien ministre. Le XXIème siècle, c’est la réapparition de l’origine du produit, derrière la marque. »

L’origine doit être mise en évidence comme outil de la marque et cette nécessité n’est pas qu’une mode mais une vraie prise de conscience du rapprochement nécessaire entre lieux de production et de consommation. C’est la question centrale du circuit court, d’abord remis en valeur dans l’alimentation avant qu’une nouvelle génération ne reprenne en main la question entrepreneuriale en affrontant la question du textile. « La primauté du prix mondial, l’un des maux de la Mondialisation, est en passe de s’effacer. La différenciation se fait désormais sur les origines, la qualification du produit, sur le travail, le filage de la laine, le cardage, le teillage qu’ il est de notre devoir de faire réapparaître, de rendre visible ». La rareté va devenir une prise de conscience. Les pouvoirs publics vont devoir selon l’orateur faciliter la lisibilité du produit quitte à modifier la constitution pour que parfois la loi nationale puisse primer sur les directives européennes ce qui est impossible aujourd’hui. La commande publique doit par ailleurs favoriser les circuits extra courts pour habiller nos policiers, nos pompiers. Car de plus en plus des médias, comme Brut et d’autres s’intéresseront au-dessous des cartes et pousseront les entreprises à plus de transparence.  

Prenant sa part active à l’évolution du secteur, Arnaud Montebourg précise son sujet: « C’est maintenant que ces sociétés existent, comment les fait-on grandir? Il ne faut pas rester seul, d’où cette idée d’entraide dans les régions, les pôles de compétitivité. Il va falloir faire des unités économiques fortes pour stabiliser l’avenir. J’espère que ce salon sera 4 fois plus grand l’an prochain. Nous devons unir le public et le privé dans une stratégie industrielle. » Sur la relocalisation, Arnaud Montebourg candidat propose que l’Etat devient entrepreneur pour travailler ensemble avec les directeurs d’entreprises. Et de citer Oscar Wilde : « Faites en sorte que vos rêves soient les plus grands possible, il en restera toujours quelque chose. »

Projet Résilience: l’insertion au service de la relocalisation

Pascal Gautrand rappelle alors que l’on peut entreprendre avec des projets allant au-delà du simple bilan économique. Le Projet Résilience en est une parfaite illustration. Né sous l’impulsion de la crise sanitaire, il a répondu à la pénurie de masques en recréant une filière de production dédiée autour de la création d’un atelier à Roubaix, en lien avec une soixantaine d’autres en France, et en mettant au cœur de tout cela une dimension sociale puisqu’une partie de la main d’œuvre recrutée sur place est en insertion. Plusieurs acteurs comme Auchan et Décathlon ou encore la marque Jules ont commencé à faire appel à ce réseau local. Mickaël Marras définit quant à lui Père Pigne comme un « ovni industriel » relié à Résilience à Roubaix et qui a monté un petit atelier à Perpignan qui est passé de 10 à 40 personnes. Aujourd’hui, cela représente un maillage qui permet de répondre avec agilité, ensemble, à de grosses commandes, tout en faisant de l’insertion« . Nous avons travaillé à Saint-Jacques le quartier le plus pauvre de Perpignan avec la fierté comme moteur, autour d’un produit et de l’appartenance précisément à un quartier. Sur un modèle qui était un peu celui de la marque American Apparel, on prépare la ressource de demain de la relocalisation. »

A Roubaix, au fur et à mesure des commandes, l’atelier a regroupé jusqu’à 250 personnes. Les 10 millions de bénéfices sont réinjectés au fur et à mesure pour faire grossir le réseau. Paul Devilder est de son côté  à la tête de l’entreprise de tissage TDV Industries, assurant aussi la teinture et les finitions. Pour eux aussi l’aventure a débuté autour de la confection de masques (5 millions en un mois), en association avec Femilux (basé à Laval). Ils ont ensuite rejoint le réseau Résilience avec lequel ils travaillent sur le tissu. Ils appartiennent aujourd’hui au Réseau Savoir Faire Ensemble, sous la houlette de Guillaume Gibault du Slip français. Sur le Recyclage, TDV s’est aussi associé à deux autres entreprises dans Renaissance Textile, association à capital ouvert, pour disposer de tous les savoir-faire: récolte des textiles en fin de vie, traitement industriel et identification des débouchés commerciaux.

Au sujet des Entreprises à Mission

C’est l’une des conséquences de la loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises): créer des entreprises dites à mission, dont le but dépasse la simple recherche de bénéfices et inclut une dimension sociale et responsable. Le groupe Petit Bateau a été parmi les premiers à devenir un groupe à mission, qui ne s’adresse plus simplement à des consommateurs mais à des citoyens. Thomas Bucaille y insiste, cela suppose une authenticité historique des marques doublée d’un vrai engagement en faveur du développement durable. L’entreprise est comme les précédentes engagée dans un réseau, Paris Good Fashion, car vu le nombre de défis, tel l’affichage environnemental, il est impossible d’avancer seuls. Arnaud Montebourg rapporte son expérience d’entrepreneur dans le miel, et souligne en guise de synthèse qu’on ne réussit que collectivement. Le politique déplore que l’institutionnel n’agisse pas comme stimulus de ces énergies, notamment au plan de la fiscalité. Au lieu de ça on constate un fatras infernal dans la gestion de la formation professionnelle. Par-delà les témoignages le fil rouge des territoires s’impose, de Perpignan, Laval ou Troyes, à Marseille, autant de lieux de culture textile.

Thomas Bucaille : « Petit Bateau est né à Troyes et a gardé une usine dans un bâtiment du 19e. Nous travaillions avec les universités, l’insertion dans la ville est importante. »  Stephanie Calvino qui a commencé à Marseille, et est implantée aujourd’hui avec Résilience dans les Hauts-de-France souligne l’implication des institutions dans le Nord et un vrai engagement de la municipalité de Roubaix qui compte 33% de chômeurs. Un défi qui est aussi une richesse selon elle. « Nous ne pouvons pas tout attendre du politique, ajoute-t-elle. Nous sommes tous un peu politiques. On essaie et si ça ne marche pas, on change de chemin et on continue. »

Retrouvez l’intégralité de la conférence en podcast >

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