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Dossier Spécial : Quand l’éco-responsabilité devient la norme – Sylvie Bénard

Sylvie Bénard « Ces transformations sont l’occasion de faire des économies ! »

Ex-directrice de l’environnement du Groupe Lvmh et Présidente de Paris Good Fashion, Sylvie Bénard a récemment créé le cabinet de conseil La Dame à la Licorne pour accompagner les entreprises dans une transformation vertueuse. Cette spécialiste nous livre son analyse de l’évolution de la filière, et des bonnes pratiques à mettre en place.

Comment, selon vous, le secteur mode a-t-il évolué en termes de RSE ?

On sentait le sujet frémir depuis une dizaine d’années, il est désormais omniprésent. Les marques, les dirigeants, les acheteurs, les consommateurs ; tous ont conscience que le changement est en marche. Reste à prendre les bonnes décisions et chacun a son rôle à jouer, car les questions vont bien au-delà de la mode et interrogent une façon de vivre. Ma mère possédait une garde-robe qui tenait dans un placard de moins de 2m. Elle utilisait les services d’une couturière et j’ai vu certains vêtements la suivre toute sa vie. La robe longue devenait courte ; l’année suivante, le col était orné de perles. On donnait les vêtements, on ne les jetait jamais. On revient à ce type de comportement ou plutôt, on le réinvente en imaginant, par exemple, des recycleries qui redonnent une nouvelle vie aux choses.

Toutes les maisons ou presque revendiquent un engagement éco-responsable. Quelles expériences vous semblent les plus authentiques ?

Les marques savent toutes qu’il s’agit d’un voyage sans retour et qu’elles seraient lourdement pénalisées si elles s’y refusaient, ou manquaient de transparence. L’authenticité, les valeurs, la qualité de l’information autour des produits sont devenues des critères essentiels de l’acte d’achat, comme on a pu le vérifier au cours de la récente consultation citoyenne sur le sujet.

Vous accompagnez les entreprises dans cette démarche de changement. Comment les aidez-vous à procéder ?

Je recommande tout d’abord aux maisons de confronter leur activité aux 17 objectifs de développement durable, édictés par les Nations Unis. L’exercice permet de se poser les bonnes questions et de mettre à plat l’ensemble des processus -de la recherche du fournisseur à la fin de vie du produit, en passant par les boutiques ou l’envoi sur les plateformes de distribution. Mais ce n’est pas tout. Ces constats doivent s’accompagner d’une compréhension des enjeux sociétaux, sociaux, environnementaux qui sous-tendent la démarche mais aussi d’une vraie adhésion. C’est grâce à ce regard neuf que la marque fera le bon audit d’un fournisseur et qu’elle trouvera le juste message pour convaincre ses clients de la sincérité de ses valeurs.

Doivent-elles forcément tout changer ?

Ce serait impossible ! En revanche, il est facile d’opérer une multitude de petites transformations.  Prenons l’exemple des emballages. On peut commander à son fournisseur des boites de 10X10 de couleur bleu et rouge. Il est possible aussi de formuler la demande différemment : une boite carrée bicolore qui réduirait l’impact environnemental. Le fournisseur dispose alors d’une marge de manœuvre pour proposer une boite de 9X9, ce qui lui permettra d’en découper six au lieu de quatre dans une même planche de carton. Il peut aussi suggérer de choisir une alliance de blanc et de bleu, moins coûteuse. Il est nécessaire de mettre tous les gens autour de la table pour travailler ensemble à l’éco-conception des produits.

Cela permet aussi de battre en brèche l’idée que ces mutations se révèlent très lourdes financièrement…

Au contraire, elles sont souvent l’occasion de faire des économies. Moins de matières premières, moins de transport… Être vertueux n’est pas forcément un luxe ! Certaines mutations exigent bien sûr des investissements. La recherche, l’innovation ont forcément un coût. La réduction de la consommation d’énergie des magasins également, mais il faut raisonner de façon globale. L’achat de LED est rapidement compensé par une baisse de la consommation. Un produit de nettoyage polluant est peut-être moins cher à l’achat mais il devra tôt ou tard être éliminé avec un process qui, lui, sera très coûteux. Il est essentiel de penser à long terme en déterminant une stratégie, et un rythme réaliste pour enchainer les différentes étapes. 

Tout ceci passe par l’adhésion des collaborateurs d’une entreprise. Vous travaillez également à cette sensibilisation nécessaire ?

Elle est indispensable mais les entreprises n’ont plus besoin aujourd’hui de porter la bonne parole. Ce sont les collaborateurs eux-mêmes qui sont demandeurs de changement. Pour la nouvelle génération, cet engagement constitue l’un des principaux critères de choix d’un employeur mais la demande concerne tous les âges, et tous les statuts. Quelquefois, les salariés ne l’expriment pas mais il suffit d’organiser une réunion sur le sujet, pour découvrir que beaucoup se sentent concernés et que certains s’impliquent déjà dans leur vie personnelle.  Aujourd’hui, le principal frein est l’inquiétude devant l’ampleur du travail à réaliser. Il faut, face à cela, réassurer, partager les bonnes pratiques et accepter le temps long. Mon expérience a aussi montré que la mutation est plus efficace et mieux vécue quand elle part de la conviction forte d’un président qui porte le message de l’entreprise, et détermine le modus operandi.

Comment la crise agit-elle aujourd’hui sur ce mouvement de fond ? Est-elle un accélérateur ?

Les crises sont toujours un accélérateur, de prise de conscience, de changement, et de business ! La pandémie n’échappe pas à la règle et elle a déjà transformé notre façon de travailler. Les entreprises ont organisé le télétravail de leurs équipes en trois mois alors qu’elles auraient mis trois ans ! Je pense que les mutations écologiques suivront le même rythme. Aujourd’hui, les constats sont posés, l’ambition également avec ces objectifs des Nations Unies placés dans les agendas de 150 pays qui veulent aller, ensemble, vers un monde plus vertueux à l’horizon 2030.

Dossier spécial éco-responsabilité – la suite :

 

Retrouvez l’interview de Thomas Bucaille, SVP RH et RSE chez Petit Bateau

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