Quelles perspectives pour l’innovation ? - Partie 1
En guise de matière à réflexion avant la pause estivale et petit avant-goût de ce qui vous attend au prochain salon Première Vision mi-septembre, voici deux articles sur l’actualité de l’innovation textile et de la smart tech.Ne serait-ce pas le moment idéal pour laisser ces idées infuser pendant les vacances, ou alors plutôt se les garder pour la rentrée ? (Un esprit vidé se remplit plus facilement !) - tant elles ont vocation autant à inspirer qu’à répondre à des besoins concrets.
Au regard du nombre de solutions disponibles, semblerait-il, en croissance exponentielle, il peut être difficile de distinguer celles qui sont à la fois fiables, industrialisables et, surtout, celles qui répondent aux standards de qualité requis.Si la diversification est essentielle, non pas pour l’innovation en soi, mais pour se libérer des énergies fossiles et renforcer la résilience d’une industrie fragilisée en ces temps incertains, il n’est pas évident de décider quelles sont celles à privilégier, quelles pistes adopter, quelle stratégie suivre et où investir le temps, l’argent et les compétences.
L’objectif des équipes de Première Vision est de mettre en lumière le savoir faire des fournisseurs, avec toutes leurs particularités et les nuances spécifiques à chaque métier.
Sans chercher l’exhaustivité, cet article vise à présenter, de manière structurée, les innovations les plus marquantes, alliant performance et fonctionnalité, prêtes à l’intégration sans outillage supplémentaire dans la chaîne logistique existante, et peut-être même déjà en possession de données internes de calcul d’impact.
| La compétitivité-prix reste cruciale, dans ce fameux dilemme de la poule et de l’œuf. Les investissements devraient aller vers l’amont et vers les start ups pour les aider à monter en échelle et devenir compétitives en termes de coût, pour pouvoir sécuriser ainsi des engagements d’achat sur le long terme. Or, seules quelques grandes maisons disposent de la capacité – et/ou de l’appétence – pour assumer un risque financier réel ; la plupart des start ups doivent recourir à des capitaux publics ou privés, souvent via des banques qui portent le risque. C’est pourquoi le rapport de Fashion for Good, Great Unlock : Closing the Innovation Commercialisation Gap Through Project Finance Solutions, plaide en faveur des « stratégies financières créatives », en donnant des exemples et use case parlants. |
Un des derniers exemples démontrant comment la collaboration intersectorielle reste la clé de la résilience, est celui de Spiber, pionnier des fibres bio fabriquées : la co-création de l’Alliance des matériaux bio-circulaires (« BioCircular Materials Alliance »), avec Goldwin Inc., Eileen Fisher, DyStar, le groupe Kering et Pangaia, exemplifient comment la biologie permet de réinventer les concepts de la circularité.
L’Alliance, qui rassemble à la fois des marques, des fabricants et des innovateurs, a pour idée maîtresse le circularité, càd la régénération et revalorisation des déchets, ( qu’ils proviennent du textile, de l’agriculture ou de la sylviculture), leur transformation en matériaux désirables via la fermentation microbienne et d’autres procédés avancés.
Portée par une vision partagée d’une bioéconomie durable et circulaire, l’Alliance encourage la collaboration, la recherche et l’innovation pour relever certains des défis majeurs liés à l’utilisation industrielle des biomatériaux. Parmi ceux-ci :
- le recyclage des produits en mélanges complexes de fibres ;
- l’impact des traitements chimiques qui freinent la recyclabilité ;
- l’absence de normes et de systèmes globalement harmonisés.
L’alliance regroupe 11 marques (dont Stella McCartney, Vollebak, entre autres), 7 fabricants textiles, des producteurs de colorants et produits chimiques tels Archroma et DyStar, ainsi que des organisations clés du secteur telles que Fashion For Good.
| Penser à la fin de vie et la circularité dès la conception est la vision clé de HeiQ AeoniQ™, un fil cellulosique polyvalent developpé et conçu en remplacement du polyamide et du polyester. Issu d’un mélange de Circulose®, de déchets agricoles non valorisés et de cellulose bactérienne, chaque tonne de HeiQ AeoniQ™ « peut potentiellement économiser cinq tonnes d’émissions de CO₂ ». La société autrichienne Dfine Feinjersey l’utilise déjà dans ses collections de maille haute performance, combinant des propriétés proches du synthétique avec une circularité en boucle fermée. Hugo Boss est une des marques qui intègre ce fil depuis 2023, que ce soit dans ses polos iconiques ou dans ses sneakers en édition limitée Change. |
Nous aurons le plaisir d’accueillir Dfine Feinjersey sur scène lors des talks en septembre, pour échanger sur la façon dont la chimie verte et la biotechnologie stimulent l’innovation, ainsi que de leurs défis et points de vigilance.
Le recyclage est un autre pilier fondamental de la circularité. Il est au cœur des travaux de nombreux acteurs présents sur le salon, et nous mettrons en lumière plusieurs d’entre eux qui s’attaquent à un enjeu crucial : le recyclage textile‑à‑textile (et non pas en boucle ouverte, comme la grande majorité des polyesters recyclés, issus de bouteilles de plastique recyclées. En effet, à l’heure actuelle, seulement 1% des textiles de l’habillement sont recyclés en textile.)
Le polyester Tex2Tex™ d’Earth Protex™, recyclé thermo-mécaniquement à partir de déchets post-industriels, (non pas (encore) post-consommation), est désormais intégré à la plateforme ACV de Carbonfact, rendant les données d’impact facilement accessibles et simplifiant la transition des marques vers de véritables solutions en boucle fermée.
Transformant des déchets textiles riches en coton post consommation ou post industriels et du bois issu de forêts suédoises gérées durablement en pâte à dissoudre de haute qualité, OnceMore® de Södra mène un travail en équipe et en réseau avec plusieurs partenaires, qui illustre à quel point la collaboration est un facteur clé de succès. Nouvel exposant à Première Vision Paris, Circlo™ , projet du groupe Pedrosa, acteur historique du textile portugais, valorise leurs propres chutes industrielles pour produire des fibres recyclées haut de gamme, des fils sur mesure et des mailles. Associés à d’autres fibres naturelles ou artificielles (comme Circulose®), ces matériaux s’inscrivent dans une approche circulaire à 360°, entièrement traçable et mesurables en termes d’impact. |
Parlant des déchets comme véritable valeur ajoutée, à l’espace ANDAM Innovation vous rencontrerez, parmi les dix entreprises présentes, celles qui travaillent toutes à leur manière sur des processus innovants d’« upcycling » :
- Petshka, qui recycle chimiquement des déchets complexes de PET en polyols pour textiles techniques, vêtements de sport et revêtements performants.
- ER Ocean Recherche, qui transforme la biomasse marine en textiles et toiles de haute qualité.
- Supercarb, qui convertit des déchets alimentaires en produits ignifuges, antistatiques, antibactériens et respirants.
- Smobya, qui utilise la technologie microbienne pour valoriser les sous produits de l’industrie agroalimentaire en biomatériaux traçables.
Et enfin, le lauréat de cette année : Losanje, qui œuvre à l’industrialisation et à la démocratisation de l’upcycling ! Leur méthode automatisée permet de réduire de plus de 90 % les émissions de CO₂ et de diviser par 10 000 la consommation d’eau, sans aucune contrainte matière, et dans un cadre entièrement industrialisé, unique dans le secteur.
| Ne manquez pas les espaces Innovation de l’ANDAM et Smart Creation pour découvrir encore plus de technologies de pointe. Dans la Partie 2, nous explorerons les solutions de finissages, d’ennoblissement et de teinture, fortement dépendantes des énergies fossiles, et révèlerons les pistes les plus prometteuses vers un impact positif. |
| Lire la 2e partie | Je prends mon e-pass gratuit |
