
Dans quelle école a été formée Marie Adam-Leenaerdt, gagnante du Grand Prix de l'ANDAM 2026 ? Un indice : la créatrice est belge. C'est à La Cambre, École nationale des arts bruxelloise, publique, créée en 1926, qu'elle a appris le métier avant de faire ses premières armes chez Balenciaga et Givenchy. Le gagnant du Grand Prix du Jury Mode du Festival de Hyères 2025 est également un ancien élève. C'est de La Cambre également que sont sortis, il y a quelques années, les Directeurs artistiques des plus prestigieuses maisons de luxe françaises : Anthony Vaccarello (Saint Laurent), Nicolas di Felice (ex-Courrèges), Julien Dossena (ex Paco Rabanne), Marine Serre, Louis Gabriel Nouchi, Julien Klausner (Dries Van Noten), Matthieu Blazy chez Chanel et tant d'autres. Sur cette édition du salon de septembre, 12 silhouettes sont présentées dans un espace dédié, l'occasion de comprendre en actes la vision de cette école unique en son genre.
La vision d'une mode prospective
Une transversalité nourricière
Au cœur de l'école, la transversalité des disciplines est de rigueur. « Le fondateur, l'architecte Henry Van de Velde, avait dès le départ la volonté de mélanger les arts majeurs et les arts (faussement) mineurs, les Beaux-arts et les pratiques concrètes », rappelle Tony Delcampe. Dans un monde de plus en plus polarisé et organisé en silos, cette pluridisciplinarité fait écho à la prise de conscience plus sociétale selon laquelle l'industrie doit être pensée à 360° et doit se nourrir de tous les arts.
Le vêtement, rien que le vêtement
©La Cambre
Un socle technique solide: le préalable à toute expression artistique
Depuis sa prise de fonction, la volonté d'aider les étudiants à construire un socle solide a guidé les orientations pédagogiques. « Nous avons poussé très loin la technique. On l'a pensée comme un tremplin de création, c'est devenu notre ADN. Depuis 27 ans, les choses évoluent mais une chose demeure essentielle : les étudiants maîtrisent les gestes sur toutes les pièces, ils apprennent le vocabulaire de toute la garde-robe. Et en plus, ils se nourrissent de l'apport pluridisciplinaire théorique qu'ils reçoivent (dessin, architecture, histoire de l'art, sculpture...) ». Une chose a néanmoins changé, par rapport à l'époque où il était lui-même étudiant. Autrefois, les élèves réalisaient une collection dès la première année. C'est le cas dans nombre d'écoles de mode. La Cambre a pris une direction différente. La technique s'apprend sur un buste.
L'IA ? Hors-sujet, pour les mêmes raisons. Elle est, pour cette tête pensante, souvent « génératrice d'une soupe d'images à partir d'ingrédients piochés à droite et à gauche », et pour cette raison elle est bannie.
Une approche design et spatiale, souvent maximaliste
©La Cambre
La création passe aussi par la langue

©La Cambre
L'école assume certains points de singularité, à contre-courant de ce que le directeur assimile à un lissage de l'offre. Alors que nombre d'écoles de mode dispensent les cours en anglais, eux recrutent des étudiants de langue française : « pour nous, l'intelligence créative passe par la langue ». Alors que la communication de nombre de grands groupes met en avant parfums, cosmétiques, sacs… l'école redonne quant à elle son exclusivité au vêtement. On retrouve, dans l'analyse du directeur de la section mode, des lignes de réflexion qui occupent aujourd'hui toute l'industrie, y compris en amont de la chaîne de fabrication : « on vend des tissus pour faire des vêtements » souligne Tony Delcampe, et d'ajouter avec un brin de provocation « pas des make-ups ».
À La Cambre, la narration accompagne les créations, mais le directeur fait un distinguo riche d'enseignements pour tout le secteur : « la narration vient ensuite, elle découle du vêtement et ne lui préexiste pas. Elle naît du vêtement, pas du créateur ». À la fin, il n'y a ni texte ni créateur pour expliquer l'intention, il est sur un cintre, en boutique, et parle de lui-même ».
La Cambre Family ou comment la Vision essaime dans l'industrie
C'est cette expertise recentrée depuis une dizaine d'années sur le design, la technique, la main – cette formation plurielle qui explique que les anciens étudiants s'épanouissent autant dans les différentes maisons : « plusieurs d'entre elles travaillent désormais à partir de maquettes, ce qu'elles ne faisaient pas forcément avant de les recruter, créent des départements, afin de remettre les savoir-faire au cœur », ajoute Pierre Daras, professeur responsable du Bachelor 1 et du Master 1.

©La Cambre
À l'occasion de l’anniversaire des 40 ans de la section mode, tous ces directeurs artistiques élevés par l'industrie au rang de stars, voire de demi-dieux, ne vivaient pas ces retrouvailles de cette manière. Ce qui les lie est de partager ce socle commun. Ils sont d'ailleurs bien plus solidaires que ne l'étaient leurs aînés. Tous ont en commun une signature qui les identifie. On parle d'eux pour les vêtements et non pas pour le décor du défilé.




