
À ceux qui s'interrogent sur les applications présentes et futures de l'IA dans la mode, la société Heuritech, intégrée à Luxurynsight depuis 2024, apporte tous les éléments de réponse. Créée par des docteurs (PhD) en intelligence artificielle, sa technologie de reconnaissance d'image a reçu en 2017, au salon VivaTech, le premier prix LVMH Innovation Award.
Le premier terrain d'application de cette innovation a d'abord été le marché de l'accessoire et des sacs à main. En analysant les millions de données sur les réseaux, Heuritech fournit à ses clients non seulement des informations sur leurs consommateurs (sexe, âge, localisation) mais surtout sur la manière dont sont portés les produits. Qui sont les férues du format Saddle de Dior ? Comment ce modèle est-il mixé différemment par les clientes? Autant d'informations stratégiques pour des lancements ou des repositionnements de gamme.
L'avenir de l'IA est dans le traitement de la donnée par l'humain
Au sein de l'entreprise, une équipe d'experts mode recontextualise les résultats de datas. Noémie Voyer coordonne les architectures et le contenu mode en tant que directrice créative : « Nous avons les yeux rivés sur les réseaux mais aussi sur les grands événements sportifs ou culturels, sur l'actualité des grandes Maisons. Cela nous permet d'avoir de la visibilité sur des marques mais aussi des produits non brandés : un type de sacs à main, de tops, de jupes. Lorsqu’une esthétique émerge, nous la relions aux grandes tendances qui gravitent autour d’elle, ce que nous appelons son ‘Starter Pack’. Ces éléments, dont la visibilité progresse, participent à sa diffusion et à son succès. Par exemple, l’esthétique ‘mobwife’, inspirée des épouses de mafieux au style ostentatoire, s’accompagne de marqueurs forts, comme la fourrure, le rouge ou les escarpins à talons aiguilles ». Léa Gossein précise comment elle voit l'utilisation future de l'IA dans la mode : « elle va nous aider à nous concentrer sur la partie créative, à partir de données objectives. Nous serons mieux armés pour prendre de meilleures décisions. Dans le cas où nous observons par exemple qu'une tendance décline, nous ne dirons jamais à nos clients de s'en détourner. À partir de l'information que nous leur aurons donnée, ils auront le choix de produire une collection plus petite, de développer une capsule, de revoir le ciblage sur un petit nombre de consommateurs ».
Des applications d'un bout à l'autre de la chaîne de création du produit
S'immerger au sein de la culture locale, un impératif pour les marques internationales
De nouveaux marchés micro-locaux
Luxurynsight parvient aussi à détecter les nouveaux micro-marchés. « Le boom de l’IA, par exemple, a fait exploser la demande de mémoire de stockage partout dans le monde », analyse Léa Gossein grâce au récent travail des équipes research de Luxurynsight. « Or en Corée du Sud, deux groupes, Samsung et SK Hynix, exportent environ 60 % du marché mondial de semi-conducteurs. En mai 2026, les quantités ont bondi de 169 %. Les deux groupes ont reversé des bonus considérables à leurs salariés (de l'ordre de 340 000 $ et 477 000 $) ». Comme l'explique très bien Léa Gossein, « cet argent ruisselle sur le luxe, en provoquant un ‘effet richesse’ très localisé. À terme, nous pourrions voir se développer ce genre d'effets de création d'activité sur un périmètre micro-local. Là-bas, l'effet économique est tel que la zone a été surnommée la ‘Semiconductor Belt’. On peut, à partir de cet exemple, se demander si les nouveaux foyers de l’économie de demain vont générer leur propre marché de luxe, très localisé. Le grand magasin Shinsegae South City affiche +53,6 % de ventes de luxe. C'est l'illustration parfaite d'un nouveau pôle de richesse asiatique qui se crée en dehors de la Chine ».
Le rapport qualité-prix remis au centre
Les nouvelles clés de lecture de la mode : le Bore-core
Parmi les tendances inspirationnelles, les équipes d'Heuritech ont identifié le Bore-core (de l'anglais ‘bored’, qui s'ennuie). « À la différence du quiet luxury, qui reste un marqueur de statut et de qualité, le Borecore ne signale pas une quelconque richesse : il traduit une neutralité émotionnelle et une forme d'anti-performance, une esthétique sobre, presque ‘ennuyeuse’ assumée, qui devient une manière de résister à l'accélération permanente. Ce qui est intéressant c'est que chaque tendance entraîne sa contre-tendance. En réponse au contexte actuel, à l’incertitude, à la situation géopolitique actuelle. Les Chinois notamment parlent de ‘low-key dressing’ une réponse à la tendance maximaliste qui se développe par ailleurs dans les secteurs de la mode et de la beauté ».
L'anti-performance
Le logo, pas m'as-tu vu mais patrimonial
Loin de sa version des années 1990-2000, le logo revient mais dans une version moins tape-à-l'oeil. On le porte comme chez Louis Vuitton, en version ton-sur-ton, et il retrouve son statut de blason avec une coloration patrimoniale. Dans le secteur de la mode, qui est comme on le sait sujet aux flux et reflux, Noémie Voyer veut croire que les évolutions faites dans le sens d'une approche plus empathique et moins compétitive, que les progrès en termes d'inclusivité et d'ouverture d'esprit à d'autres marchés, d'autres manières de consommer, d'autres corps sont autant de signes amenés à se pérenniser. Aux équipes de Luxurynsight d'aider via l'IA à « quantifier les envies des consommateurs, à préciser les prix en donnant le plus d'informations aux marques pour prendre des décisions éclairées ». À la fin, et heureusement, ce sont elles qui trancheront.





