Focus Éco-innovation AH 26-27 : Matériaux émergents pour la maroquinerie et la chaussure

24 septembre 2025 par Beatrice Hugues
Première Vision Paris
Cuir
Chaussures et maroquinerie
Décryptages AH 26-27

Le secteur de la maroquinerie et de la chaussure s’ouvre à une nouvelle génération de matériaux. Leur ambition dépasse la simple alternative : il s’agit d’offrir de véritables nouvelles solutions, capables d’élargir les usages, de créer de nouveaux segments de marché et de répondre aux attentes des acheteurs en quête de durabilité et de performance. L’édition de septembre du salon Première Vision a ainsi mis en lumière plusieurs acteurs et typologies de matériaux pionniers.

Les toiles enduites bio-sourcées : vers des formulations 100 % végétales

Les textiles enduits biosourcés constituent un axe majeur, particulièrement pour les sacs, chaussures et accessoires. L’objectif ici, est de remplacer les enductions plastiques issues de la pétrochimie par des formulations végétales.

Les nouvelles générations d’enduits combinent généralement biopolymères (PLA, acide polylactique) et coproduits agroalimentaires valorisés (déchets de pommes, de raisin, de cactus…).

Alterskin®, développée par la start-up française Alternative Innovation, propose une résine 100 % biosourcée et recyclable, pensée comme alternative aux enductions classiques. Ces technologies, déclinées en granules, liquides pour coating ou toiles enduits souples, multiplient les usages possibles. Elles incarnent une évolution décisive vers des formulations 100 % végétales, à l’empreinte environnementale maîtrisée et aux performances physiques et sensorielles accrues.

Les finitions atteignent en effet désormais une qualité tactile notable, à l’image d’une maille enduite souple issue de bambou et PLA, complétée par un polyuréthane biosourcé.

Ecolgreentec (KR)
Alterskin (FR)

La biofabrication : des procédés à la frontière du vivant et du design

La biofabrication s’impose comme l’un des champs les plus innovants. Ce procédé, qui repose sur l’utilisation de cellules vivantes ou de micro-organismes pour produire de nouveaux matériaux, étend progressivement son champ d’applications : fibres, pigments, matériaux souples. Ces développements se distinguent par leur rapidité d’exécution — quelques jours ou semaines suffisent — et par leur capacité à renouveler les standards industriels.

La start-up turque Gozen illustre ce potentiel avec Lunaform™, un biomatériau obtenu par fermentation de nanocellulose.
Décliné en trois collections — Origins, qui révèle les motifs organiques laissés par les micro-organismes, Transparent, une version translucide inédite et Indigo, qui explore une approche plus créative et expressive, inspirée du denim.

Gozen (TR)

Le mycélium : une filière en pleine effervescence

Autre pilier de la biofabrication : le mycélium, réseau racinaire des champignons. Cultivé sur un substrat organique, il se développe en matrice continue, qui est ensuite séchée puis stabilisée pour devenir un matériau souple et modulable. La société américaine MycoWorks a développé Reishi™, issu de son procédé Fine Mycelium™. Souplesse, résistance et qualité de finition séduisent déjà des maisons de luxe. Ce biomatériau peut être combiné à des fibres textiles (coton, soie, polyester recyclé) afin d’ajuster épaisseur et comportement.

Les collaborations engagées avec des tanneries visant à développer des aspects et des mains sophistiquées, ouvrent la voie à un travail de R&D nouvelle génération, dans un dialogue fécond entre savoir-faire traditionnel et innovation.

D’autres acteurs, utilisant également du mycélium, comme Mycel Project®, confirment l’intérêt croissant et le potentiel de ces biomatériaux, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives en développement produit.

Mycel (KR)
Made by Reishi by Mycoworks (FR)

Pour aller plus loin : Découvrez le replay du séminaire Matériaux émergents et design durable : nouvelles perspectives pour la maroquinerie et la chaussure animé par Carine Montarras, Yann Gozlan et Pauline Weinmann.

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