Fabriqué à Montréal : la prochaine génération

4 mars 2026
Première Vision Montreal

Au cours des derniers mois, des étudiants du réseau collégial ont relevé le défi lancé par Première Vision autour de la durabilité et du surcyclage. Leur mission : transformer les bâches de signalétique du salon Première Vision Montréal 2025 en un produit innovant — textile, accessoire ou vêtement — en y intégrant également du denim surcyclé. À travers cette initiative, des matières destinées au rebut trouvent une nouvelle vie. Les projets exposés ici témoignent d’une réflexion engagée sur la création responsable, alliant créativité, faisabilité technique et conscience environnementale. Les réalisations ont été évaluées par un jury composé de représentants de Première Vision et de mmode.

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Lou Eymenier & Zahra Boujrad

Raphaëlle Daigle et Stella Mireault-Legaré

Léa Martel

TESSÈLES s’inspire du principe de la mosaïque et de l’architecture urbaine : chaque fragment y conserve son identité tout en participant à une nouvelle composition. Le projet donne naissance à une silhouette féminine construite à partir de modules carrés et rectangulaires, évoquant à la fois le patchwork, les façades architecturales et la signalétique visuelle des bâches publicitaires. Le denim recyclé, matériau iconique du quotidien, dialogue avec la bâche signalétique de Première Vision — support de communication éphémère — pour créer un vêtement durable et expressif. L’asymétrie assumée et la répétition des carreaux traduisent l’idée d’une reconstruction non linéaire, où la contrainte devient moteur de création.

La silhouette se compose d’un ensemble structuré. Le haut, réalisé en denim recyclé, présente une coupe sobre au niveau du buste et des épaules. Son système d’ouverture, légèrement décalé vers la gauche, accentue l’asymétrie et se ferme par des œillets métalliques issus de la bâche, associés à un laçage. Les manches longues et volumineuses sont construites par superposition de carreaux multicolores, apportant rigidité, mouvement et richesse texturale.

La jupe courte reprend ce principe modulaire à travers un patchwork de denim mêlé à des tesselles de bâche signalétique aux couleurs vives (bleu, rose, rouge, violet). Assemblés de manière irrégulière, les modules créent un rythme visuel dynamique. Des éléments d’origine du denim — poches, surpiqûres — demeurent visibles et participent pleinement à l’esthétique upcyclée de la pièce. TESSÈLES interroge la notion de valeur dans la mode : comment des matières destinées à être jetées peuvent-elles devenir le cœur d’une pièce contemporaine, forte et pensée pour durer ? Grâce à une optimisation maximale des surfaces — superpositions et patchwork permettant l’utilisation complète de la bâche — aucun textile neuf n’est introduit. Les surpiqûres apparentes assurent à la fois solidité et expression plastique. Le projet propose ainsi une approche responsable où contraintes techniques, durabilité et création sont étroitement liées.

Au départ, le projet prenait la forme d’un sac réversible et multifonction. Doté d’un double fond en bâche, il devait allier modularité et robustesse afin d’en garantir la durabilité. Toutefois, certaines contraintes techniques, sous-estimées au départ, se sont rapidement imposées : la bâche s’est révélée bien plus rigide que prévu, obligeant à repenser plusieurs éléments au fil de la conception. Ces ajustements n’ont pas freiné la créativité, mais l’ont au contraire stimulée. Les bandes de taille de jeans recyclés ont été réemployées pour confectionner les bretelles, créant un effet patchwork affirmé tout en réduisant l’usage de fil et en maximisant la récupération des matériaux. Les boutons déjà présents sur ces bandes ont également été conservés afin de fixer les bretelles, remplaçant des boutons-pression et prolongeant ainsi la logique de réemploi. La rigidité de la bâche a cependant compromis la réversibilité initialement envisagée. Cette contrainte est devenue un atout en matière de solidité, grâce à la double épaisseur qui renforce la structure du sac. Le processus de fabrication a lui aussi dû être adapté : certaines parties ont été collées, la couture à la machine étant impossible, et les bretelles ont été assemblées à la main. Les choix techniques ont ainsi évolué au rythme des apprentissages, transformant les contraintes en leviers d’expérimentation.
Au-delà des matériaux et de sa dimension multifonction — grâce à ses ganses rétractables permettant un port en sac à dos, à la main ou en bandoulière —, c’est également le processus de fabrication qui incarne la démarche durable du projet. Il révèle la complexité du recyclage et assume son imperfection. Plutôt que de recommencer pour atteindre une forme idéale, le parti pris a été d’améliorer continuellement le premier prototype jusqu’à un résultat abouti. Aucun matériau n’a été écarté. Ce sac devient ainsi le symbole d’un apprentissage : chaque tentative, même imparfaite, participe à une réflexion plus large. Il incarne une vision de la mode moins tournée vers la perfection formelle que vers la durabilité, l’adaptation et la valorisation des ressources existantes.
Conçu à partir d’une construction modulaire de rectangles, ce vêtement peut être déconstruit et recomposé pour être porté sous différentes formes. Son écriture créative se révèle dans la manière dont les éléments s’assemblent : certaines pièces sont reliées par un système de laçage soutenu par des œillets, laissant apparaître la structure et soulignant la dimension transformable du vêtement.
Un patchwork de denim a été réalisé afin de créer de longues bandes utilisées pour les volants, tandis que les superpositions de toile Première Vision apportent volume et ampleur à la silhouette. L’alternance entre rigidité et mouvement structure l’ensemble.
L’approche durable s’exprime à travers la polyvalence des usages : le haut est doté de bretelles amovibles ; la partie centrale peut se porter comme une large ceinture ajustable sur le côté ; la jupe, modulable en longueur, se transforme en boutonnant ou déboutonnant les boutons-pression.
Pensé comme un vestiaire évolutif, ce vêtement offre une variété de configurations adaptées aux différents moments de la vie, prolongeant ainsi son usage et sa durée de vie.


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Harmonie Ribet

Sabrina Lemay et Ann Bellemare-Langlois

Sophie Shan-Gagnon

À l’origine du projet, un constat simple : un stock important de jeans à upcycler, dont certains trop usés pour redevenir des vêtements. Plutôt que de les écarter, l’idée a émergé de créer un objet plus compact, mais tout aussi utile, portable et confortable. Le chapeau s’est imposé comme une évidence — un accessoire transformable, pensé pour être porté toute l’année et accompagner chaque aventure.

Pour en assurer la tenue, une structure rigide était nécessaire. La bâche en PVC s’est révélée idéale, permettant d’upcycler deux matériaux principaux — trois si l’on inclut la doublure — dans une même pièce.

Le design fusionne deux inspirations : le bob du désert et le chapeau de trappeur. Son esthétique volontairement usée évoque l’exploration et le voyage. Grâce à ses panneaux détachables, il s’adapte aux situations : protection contre le vent en randonnée, contre le soleil à la plage, ou compagnon fonctionnel lors d’activités extérieures.

La structure est réalisée en bâche PVC, recouverte de bandes de denim usé appliquées avec un fil contrastant, sans finition, pour conserver un aspect brut. Les bandes sont disposées de manière irrégulière, accentuant l’effet artisanal et aventurier, en rupture avec le dessin initial. L’intérieur est doublé d’une ancienne chemise en denim plus fin, et la bordure est surpiquée en spirale, selon la tradition du bob classique.

Des touches de peinture, réalisées à partir de fonds de tubes d’acrylique, viennent ponctuer chaque pièce, rendant chaque chapeau unique.

Ce projet transforme ainsi l’usure en qualité esthétique et technique, et propose une nouvelle vie à des matières destinées à être abandonnées.

Dans ce sac, tout est mouvement. Les matières passent d’un usage à un autre, le regard circule de l’endroit à l’envers, et l’objet accompagne les différents rythmes du quotidien. Le motif de vague incarne ce cycle continu : celui d’une matière qui se transforme sans jamais se figer.

La bâche publicitaire recyclée, utilisée à l’envers, devient une surface résistante, lavable et durable. Elle dialogue avec un denim post-consommation dont le motif ondoyant évoque la transformation perpétuelle des ressources.

À l’intérieur, une doublure isolante en fibre d’asclépiade — cultivée au Québec — assure légèreté, respirabilité et isolation. Composée à 50 % de biopolymère (amidon de maïs), 25 % de kapok et 25 % de fibres biosourcées d’asclépiade, elle inscrit le projet dans une démarche à la fois locale et innovante.

Les bandes de denim effilochées, tressées à la main, forment des ganses rembourrées à l’asclépiade. Ce travail patient valorise le geste artisanal tout en améliorant le confort au porté.

Le fond extérieur, en bâche repliée, protège le sac lorsqu’il est posé au sol et facilite son entretien. Les côtés rabattables sécurisent le contenu grâce à une fermeture souple, sans quincaillerie.

Pensé pour accompagner le mouvement et durer dans le temps, Re-circule propose une vision circulaire où matière, usage et savoir-faire se répondent.


Ce projet prend la forme d’un manteau pensé pour accompagner le quotidien. Porté par-dessus un simple t-shirt comme sur un chandail de laine, il traverse les saisons — du printemps à l’automne — et s’adapte à différents contextes. Sa réversibilité offre une diversité de styles selon l’événement, prolongeant ainsi son usage et contribuant à réduire la consommation vestimentaire.

Entièrement confectionné à partir de retailles de denim et de bâche, le manteau s’inscrit dans une logique de valorisation des matières et de réduction maximale des pertes. L’esthétique repose sur le jeu des formes, des couleurs et des superpositions. Les surpiqûres apparentes participent à la fois à la solidité et à l’expression visuelle de la pièce.

De coupe asymétrique, il présente une fente d’ouverture au-devant et un col semi-montant prolongé d’un rabat en forme de cravate se nouant vers le dos. Longueur hanches, aisance à la taille, larges manches droites et poignets amples définissent sa silhouette structurée.

Le premier côté est composé d’un patchwork de denims recyclés. Le second est réalisé à partir de retailles d’un denim noir conçu antérieurement dans un parcours en design de mode. De la bâche est intégrée à l’ourlet pour améliorer la tombée grâce à son poids, tout en renforçant la durabilité. Solide et imperméable, elle résiste aux plis, aux frottements et aux intempéries. Elle est également utilisée pour la poche frontale — recouverte de denim — ainsi que dans le dos, où une pièce rectangulaire en patchwork valorise les plus petites retailles et évoque une composition textile proche de l’œuvre d’art.

Pensé dans une logique circulaire, le manteau anticipe sa propre transformation : lorsqu’il s’usera, le denim pourra être récupéré pour créer de nouveaux objets — tote bag, sac à main, étui — prolongeant encore le cycle de la matière.


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Camille Dorvilier-Schell et Simon Lamoureux 

Emma Langlois et Ezra Le Vallée-Molina 

Fuji Chen et Kalina Pageau


Orné d’accessoires texturés évoquant le cuir reptile et accompagné d’une housse amovible et lavable, ce sac insuffle une nouvelle vie aux bâches signalétiques de Première Vision Montréal, aux chutes de denim deadstock et à des garnitures revalorisées.
Entièrement surcyclé, il conjugue résistance, imperméabilité et adaptabilité à l’usage quotidien, sans compromis esthétique. Sa conception repose sur des choix créatifs et techniques assumés : découpes à la fois organiques et structurées, accessoires assortis et modulaires, application d’un fini protecteur mat sur les éléments transformés, alternance de finitions brutes (raw edge) et de biais en denim pour apprivoiser la rigidité de la bâche et lui permettre de se patiner avec le temps. L’assemblage combine couture machine et couture main selon les besoins, avec l’usage d’un fil de nylon robuste adapté aux accessoires. Une parementure intérieure protège les effets personnels tout en renforçant la doublure.
L’approche durable se reflète dans un patron pensé pour minimiser les déchets, ainsi que dans des accessoires conçus à partir des retailles issues des coupes du groupe Collège LaSalle. Les garnitures surcyclées — pieds, fermetures éclair, anneaux, verrou — sont à la fois protectrices, décoratives et modulables, contribuant à la personnalisation du sac.
Dans cette même logique évolutive, la housse stylisée et modulable facilite le transport et l’entretien. Fixée par des boutons-pression intégrés, elle peut être remplacée, offrant ainsi plusieurs vies à un même objet, toujours renouvelable et personnalisable.
« Buccaneer » est un ensemble composé d’un manteau d’inspiration pirate et d’une robe dans la même veine esthétique. La rigidité de la toile de vinyle fournie a orienté la conception du manteau : sa tenue, sa tombée et sa durabilité sont devenues des éléments centraux du projet.

Animés par un intérêt commun pour le costume, les créateurs ont revisité certains codes vestimentaires des grands flibustiers — poignets à larges revers, col imposant et pointu — pour les intégrer à une proposition contemporaine. La robe, pensée pour maximiser l’usage des retailles, s’inspire quant à elle des corsets en V de l’époque, et se prolonge par une jupe circulaire rigidifiée afin d’amplifier le volume.

Le manteau associe des pièces de toile structurées à des bandes de jeans encadrant les panneaux, créant un contraste visuel tout en optimisant la matière. Le patchwork, doublé de denim à la taille et aux manches, facilite le mouvement malgré la rigidité du vinyle. Les bandelettes — utilisées en biais et en empiècements — ont été découpées stratégiquement pour exploiter au maximum les jeans disponibles.

La robe témoigne d’un surcyclage minutieux. Son corsage, doublé sans entoilage, conserve une tenue souple permettant l’ajustement au corps. La jupe circulaire, où l’entoilage fusionne le dessus et la doublure, génère des volants amples et structurés. Le patchwork alterne petites pièces — bandes rappelant le manteau, poches originales de jeans, fragments de ceintures — et panneaux plus larges formant la base. Au dos, un laçage composé de valeurs de couture et d’ourlets récupérés s’accompagne d’une fermeture éclair facilitant l’enfilage.

« Encircled » est un jeu de mots évoquant le fait d’être entouré de déchets, à la fois littéralement et symboliquement. La robe matérialise cette idée : elle représente visuellement l’excès qui nous entoure et transforme des matières destinées au rebut en une pièce artistique, expressive et portable.

Au-delà du simple réemploi, le projet intègre une réflexion approfondie sur le patronage et les procédés de fabrication afin d’inscrire la création dans une démarche véritablement durable.

Conscientes des propriétés structurelles de la bâche, les créatrices ont choisi de l’intégrer aux éléments extérieurs de la robe. Lors de la découpe, seules de longues bandes rectangulaires ont été prélevées afin d’en maximiser l’utilisation. Ces bandes ont ensuite été peintes, leur offrant une nouvelle identité visuelle.

Pour permettre aux éléments extérieurs de se détacher du corps, une structure interne était nécessaire. Celle-ci a été réalisée à partir de fils métalliques récupérés en redressant des cintres de pressing usagés, collectés auprès de particuliers — transformant ainsi un déchet courant en armature sculpturale.

Les éléments en denim, insérés dans les interstices des bandes de bâche et composant le dégradé de la robe, proviennent d’excédents, d’échantillons et de jeans endommagés fournis par le Collège LaSalle et par l’entreprise locale N.F. Company. Eux aussi ont été découpés en bandes afin d’optimiser l’usage de la matière. En exploitant les nuances et les propriétés naturelles du denim, un motif en dégradé a émergé, développé ensuite par le drapé jusqu’à la forme finale de la robe.


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Graham Otis Proulx

Marcela Vasconcellos et Riddhima Kumar

Samuel Ouellet

Réalisé entièrement à partir de denim recyclé et de bâche signalétique revalorisée, ce look se compose d’une robe, d’un haut à la nomenclature volontairement abstraite, ainsi que d’accessoires portés aux oreilles et aux doigts.

L’inspiration prend racine dans une ville chère à la créatrice : Montréal. Les formes architecturales et la répétition des carrés évoquent les gratte-ciel et la densité urbaine qui façonnent son paysage quotidien. La palette de couleurs, obtenue par un procédé de blanchiment à l’aide de produits ménagers, rappelle les nuances des pigeons qui habitent la métropole — silhouettes familières du décor montréalais.

À travers cette composition, une abstraction singulière se dessine, suggérant à la fois l’immensité et la vitalité de la ville. Le look devient ainsi une interprétation textile de la beauté urbaine montréalaise : brute, structurée et profondément vivante.
« Woven Rebirth » naît de la rencontre de deux concepts distincts — « Weaving Through Discards » et « Trash to Treasure » — unis par une même préoccupation : les conséquences de la surpopulation, de la surconsommation et de l’accumulation croissante des déchets. De cette collaboration émerge un projet commun, où les deux visions s’entrelacent pour former une proposition unique.

L’œuvre propose une réflexion sur les cycles d’excès, de mise au rebut et de renouveau qui marquent notre société contemporaine. Dans un monde saturé de matière, ce qui est perçu comme inutile devient point de départ créatif, invitant à reconsidérer les notions de valeur et de luxe dans l’industrie de la mode.
La silhouette finale, composée d’une jupe volumineuse et d’un bustier structuré, est entièrement réalisée à partir de techniques de tissage textile. Des chutes de denim recyclé et des bâches événementielles revalorisées sont entrelacées et reconstruites. Le tissage devient ainsi à la fois méthode de fabrication et geste symbolique : il relie, transforme et fait renaître la matière.

Conçue comme une tenue de soirée, la pièce redéfinit le luxe à travers la durabilité, le savoir-faire artisanal et une utilisation consciente des ressources. « Woven Rebirth » démontre que des matériaux destinés au rebut peuvent se métamorphoser en une création raffinée et expressive, offrant une nouvelle perspective sur le déchet, la valeur et la responsabilité de la mode dans un monde en constante mutation.
L’enjeu principal du projet résidait dans l’anticipation du tombé, du geste et de la rigidité singulière propre à la bâche publicitaire — un matériau brut, contraignant et structurellement affirmé.
L’accessoire imaginé s’enroule autour du corps, en épouse les lignes tout en composant avec les limites imposées par la matière. Pensé pour optimiser la récupération de la bâche, il peut être porté de multiples façons, favorisant ainsi la modularité et la durabilité.

Des tests de moulage ont été réalisés directement sur le corps afin d’en extraire les pièces de patronage. Cette approche a permis d’obtenir des proportions justes et un tombé volontairement rigide. Le biais a été préparé en exploitant au maximum les zones détaillées du jean recyclé, puis découpé en bandes avant l’assemblage final. Les différentes pièces ont ensuite été réunies et finies par la pose du biais, structurant l’ensemble.

L’accessoire repose sur deux éléments distincts qui s’enroulent autour du corps et se fixent grâce à plusieurs points de pression. Ils peuvent être portés ensemble ou séparément, selon l’intention stylistique recherchée.


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Tristan Benjamin et Lambert Desjardins

Grégoire Cantin et Christophe Paré

Myriem Schaffner et Lauralie Légal-Bissonnette

Développée dans le cadre du concours Première Vision, cette paire de bottes puise son inspiration dans l’esthétique médiévale — notamment l’armure des chevaliers — ainsi que dans l’Antiquité, à travers les sandales de gladiateurs. L’ambition était de créer un design éditorial fort, dont la composition et la construction reposent entièrement sur une approche écoresponsable.

Montantes jusqu’au mollet, les bottes sont dotées d’un système d’ajustement composé de ganses reliées par des boutons-pression deadstock. L’extérieur est réalisé en bâche surcyclée, tandis que l’intérieur est entièrement doublé de denim afin d’assurer confort et respirabilité. Les ganses au mollet et sur le dessus du pied renforcent la fonctionnalité et le maintien.

Les semelles, également conçues en denim surcyclé, ont fait l’objet de plusieurs expérimentations afin d’éviter l’usage de caoutchouc ou de silicones polluants. La solution retenue consiste en un assemblage de multiples couches de denim fusionnées, puis enduites de cire d’abeille pour assurer résistance et imperméabilité. Ce procédé permet un usage extérieur durable, capable de résister aux intempéries sans altérer la structure.

L’extérieur des bottes a été patiné par l’application d’une fine couche de fusain, révélant la texture brute et irrégulière de la bâche et accentuant leur dimension antique. L’ensemble propose ainsi une silhouette à la fois référentielle et contemporaine.

Au-delà de l’objet, ce projet affirme le potentiel encore peu exploré du surcyclage dans le domaine de la chaussure. Première expérimentation dans cet univers, cette paire incarne une « armure de demain » : la démonstration que créativité et surcyclage peuvent avancer de concert. Chaque contrainte rencontrée est devenue un levier d’innovation, révélant la richesse expressive de matières dites non conventionnelles.

Influencé par le Canadian tuxedo, icône emblématique de notre identité nationale, ce projet propose une réinterprétation contemporaine de ses codes. L’esthétique americana vintage y est juxtaposée à une technique de tissage minutieuse, créant un dialogue entre tradition et innovation — à l’image de Première Vision Montréal, carrefour de savoir-faire et de création.
L’ADN du vêtement repose sur la rencontre entre l’héritage artisanal français et une silhouette robuste, adaptée aux réalités du territoire québécois. La démarche de réutilisation dépasse le simple emploi de la bâche publicitaire : elle s’inscrit dans une logique de patchwork et d’assemblage où des éléments initialement utilitaires deviennent parure. Cette approche s’inspire de l’esprit DIY, de l’upcycling et de la culture de personnalisation propres aux communautés artistiques locales qui façonnent le paysage urbain montréalais.

En cohérence avec les valeurs de Première Vision, l’objectif était de ne générer aucun nouveau déchet. Plutôt que de concevoir un objet inédit, le projet repose sur la revalorisation d’une veste en denim existante. La bâche y est intégrée progressivement, exploitant ses propriétés de résistance. Les deux matières sont entrelacées pour former un textile inédit, fruit de leur hybridation. La silhouette traditionnelle de la veste contraste avec les lignes dynamiques et le rythme industriel du tissage appliqué. Le motif, inspiré à la fois des ceintures fléchées du folklore québécois et de la diagonale du sergé, réaffirme l’importance des origines culturelles et de la matérialité dans la démarche créative.

Le processus de recherche — visible à travers les nombreuses pièces d’étude — témoigne d’une évolution constante du savoir-faire, chaque expérimentation adaptant les techniques aux ressources disponibles. Cette exploration aboutit à un système de matrice conçu par ordinateur, allié à un travail artisanal de tissage méticuleux.

Pour ce projet, la recherche s’est concentrée sur les formes, les volumes et les proportions, avec une question centrale : qu’est-ce qui crée une harmonie universelle ? Cette exploration a mené à une réflexion sur l’équilibre — formel autant qu’existentiel — et sur la manière dont chaque élément trouve sa place au sein d’un ensemble plus vaste.

Cette quête a conduit à la spirale du Nautilus, forme organique régie par des principes mathématiques universels tels que la suite de Fibonacci et le nombre d’or. Présente dans le vivant — coquillages, végétaux, corps humains, galaxies — elle symbolise la croissance, la continuité et la proportion. Elle agit aussi comme une protection naturelle, enveloppant sans contraindre.
À travers cette référence, le projet établit un parallèle entre la structure du vêtement et la condition humaine : comme la spirale, l’être évolue dans une tension constante entre expansion et protection, mouvement et stabilité. La forme devient une armure évolutive, capable de protéger tout en accompagnant le développement.

Le vêtement se compose d’une coquille structurée reliée à un buste intégrant un col montant et des poches conçues comme des éléments défensifs, renforçant l’idée d’armure contemporaine. Une capuche transformable — pouvant se replier et se convertir en sac bandoulière — brouille volontairement la frontière entre vêtement et accessoire. L’ensemble est entièrement réversible, offrant deux lectures esthétiques et fonctionnelles distinctes selon la face portée.

Cette réversibilité, combinée à la modularité de la pièce, constitue le cœur de la démarche durable : un seul objet capable de s’adapter à différents usages, contextes et temporalités, prolongeant ainsi sa durée de vie et limitant la multiplication des vêtements.

Le vêtement devient ainsi un objet évolutif, multifonctionnel et responsable, en dialogue avec les principes d’équilibre et de proportion qui ont guidé sa conception.


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