La marée invisible : gros plan sur la pollution issue des microfibres textiles

Parmi les problématiques auxquelles l’industrie textile est confrontée, il en est une dont les médias parlent abondamment en ce moment : le fait que nos océans regorgent de microparticules de plastique. Mais quelle est exactement la responsabilité de l’industrie textile ? John Mowbray, fondateur et rédacteur en chef d’EcoTextile News décrypte les faits.

« Le problème, loin de se limiter au plastique, concerne l’ensemble des fibres. »

Aux termes microplastiques et microfibres, John Mowbray préfère celui de micropolluants fibreux. Alors que la production de plastique est vouée à croître de 300 % d’ici 2030[1] et que l‘usage de polyester semble lui aussi parti pour augmenter, l’industrie textile doit prendre conscience que le problème, loin de se limiter au plastique, touche bel et bien l’ensemble des fibres. 

« Les fibres de microplastique polluent non seulement l’océan, mais aussi l’air que nous respirons. »

Une étude a démontré que les micropolluants fibreux étaient présents absolument partout, y compris dans l’air. Précisons toutefois qu’il s’agissait pour l’essentiel de cellulose, plutôt que de matières synthétiques.

 

L’industrie textile à l’origine de 35 % des émissions de microplastiques[2]… mythe ou réalité ?

Comme toujours, il convient de faire montre de précaution quand on brandit des statistiques. En l’espèce, l’analyse fait abstraction des emballages plastiques. Reste que, eu égard aux volumes concernés, et même si 95 % des microfibres textiles sont captées par le traitement des eaux usées, beaucoup finissent dans la nature. On parle d’un volume annuel de 878 tonnes rien qu’en Amérique du Nord, ce même après traitement[3].

 

L’industrie textile a besoin d’une méthode uniforme de mesure des pertes de fibres.

Le MicroFibre Consortium s’est associé à l’université de Leeds pour mettre au point des tests qui mettent en œuvre des équipements déjà utilisés par les acteurs du textile, et recherche actuellement des partenaires pour avancer dans cette voie. Le Hohenstein Institute explore d’autres pistes, comme l’analyse dynamique des images, la méthode AAFA et Eurofins.

 

Parmi les tissus qui relâchent le plus de fibres, les polyesters, mais aussi la laine et le coton

Les polyesters, à commencer par la laine polaire et la maille, sont ceux qui perdent le plus de fibres, là où les tissus faits de nylon s’avèrent plus solides. Cependant, les textiles naturels, à l’image de la laine ou du coton, abandonnent autant de fibres que le polyester. Les finitions synthétiques appliquées aux fibres naturelles jouent sur la façon dont elles se désagrègent. 85 % des cotons se décomposent en 35 jours, mais le polyester n’affiche aucune dégradation.[4]

 

Les solutions possibles ? Des lavages à des températures moins élevées, et la conception de tissus qui perdent moins de fibres

Zoom sur les auteurs, la nature des solutions potentielles, et les lieux où l’on y travaille :

– L’université de Leeds et Procter & Gamble sont parvenus à réduire la perte de fibres en optant pour des lavages à 20 °. Les fabricants de lessive planchent sur des solutions permettant de réduire cette déperdition de fibres.

– Renforcement de la coopération entre fabricants de lessive et marques de lave-linge

– Des ondes sonores pour scinder les microfibres : des appareils à intégrer à des lave-linges sont à l’étude ; des filtres composés de grilles d’acier sont parvenus à capter 87 % des microfibres relâchées.

– Le MicroFibre Consortium travaille à concevoir des outils industriels permettant de minimiser la perte de fibres.

– La technologie Power Air Insulation de Polartec, déjà adoptée par Adidas, Burton et Houdini, relâche cinq fois moins de microfibres que la laine polaire synthétique classique grâce à une confection multicouche en fil continu.

 

La fausse piste : quand l’OMS souligne l’innocuité présumée des microfibres polluantes

Aux niveaux actuels, les microfibres de PET passent à travers notre organisme. Telles sont les conclusions de l’OMS, mais il ne s’agit là que d’une étude isolée. « Il y a quarante ans, il était un polluant structurel dont on affirmait qu’il pouvait être ingéré par l’homme sans mettre sa santé en danger : il s’agissait de l’amiante, rappelle Mowbray. J’ai toutes les raisons de croire que l’histoire ne se répètera pas. Pour autant, le fait que nous déversions dans la nature tant de plastique qui finit sa course dans notre organisme n’a rien de rassurant. »

[1] Quantis International

[2] International Union for Conservation of Nature and Natural Resources, 2017

[3] Oceanwise

[4] Cotton INC

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