Dossier spécial « Éco-responsable plus que jamais » : Amélie Pichard

Amélie Pichard, Fondatrice de la marque d’accessoires éponyme

« L’engagement en matière de création est une vaste affaire et ma philosophie est de m’y coller, d’observer les résultats et de réformer mes pratiques au fil de mes découvertes. J’ai, par exemple, beaucoup appris lorsque Pamela Anderson m’a demandé en 2015 de créer avec elle une ligne d’accessoires. J’ai alors réalisé qu’être vegan ou éco-responsable correspondait à deux choix très différents. C’est assez simple de produire des vêtements, en excluant la soie ou la laine. Mais fabriquer des chaussures sans cuir, avec un matériau
qui lui ressemble sans être du plastique, c’était très difficile il y a 5 ans. C’est aussi compliqué aujourd’hui. Nos options doivent être pondérées par le champ des possibles. J’ai, par exemple, voulu produire mes sacs et mes chaussures en France. J’ai parcouru tout le pays en long et en large et
j’ai finalement commencé avec des petits artisans parisiens… Qui ont fermé les uns après les autres. Il reste très peu de fabricants aujourd’hui, et tous privilégient les commandes importantes. Il est
impossible de travailler avec eux lorsqu’on est une petite Maison indépendante.
Après ce constat, je me suis tournée vers
l’Espagne, puis l’Italie. J’ai changé 16 fois
d’usine en 9 ans et aujourd’hui, je fais fabriquer mes sacs et mes chaussures en cuir au Portugal. Accepter le principe de réalité n’empêche pas de se battre pour changer ce qui peut l’être. Ma quête depuis 2015 est de
remettre les choses à l’endroit. J’ai beaucoup
réfléchi à cette course à la nouveauté qui nous épuise tous. J’ai compris que je ne satisfaisais jamais personne à vouloir satisfaire tout le monde, au Japon, à Miami, en Russie. Par ailleurs, je n’avais ni les moyens, ni l’envie, de produire de multiples collections. Du coup, j’ai choisi de parler à mes clientes directement.
Elles me demandent parfois le retour d’un sac imaginé il y a trois ans, ce qui montre
qu’elles ne sont pas dans l’obsession
de la dernière création. Il leur faut, au
contraire, un temps de digestion, un temps
de projection, un temps de désir. C’est
exactement cela que je voulais susciter
avec cette relation directe. La démarche
me semble beaucoup plus saine. Mes produits sortent lorsqu’ils sont parfaitement
au point. Cela ôte de la pression, sur moi
mais aussi sur mes partenaires. Je peux
travailler avec des artisans que je vais chercher partout dans le monde. Ainsi, le plus beau tressage en rotin se fait aux Philippines. La matière vient de là, le tressage aussi, les artisans n’ont pas voulu s’industrialiser et gardent leur savoir- faire historique. C’est une joie pour moi de collaborer avec eux. »

ameliepichard.com

Lisez la suite du dossier spécial : Éco-responsable plus que jamais

2/4 : Découvrez le témoignage de Gel Egger, Material Research & Development Coordinator – Salvatore Ferragamo ici

3/4 : Découvrez le témoignage d’Isabelle Lefort co-fondatrice de Paris Good Fashion ici

4/4 : Découvrez le témoignage de Marie Demaegdt ici

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