Smart Creation / Interview croisée Chantal Malingrey x Giusy Bettoni

En savoir plus sur la création respectueuse

Evolutions du Smart Square pour l’édition de septembre 2018, développement d’une offre dédiée, nouvelles ambitions de Première Vision pour le développement de la mode responsable.

Depuis 2015, Première Vision s’engage à promouvoir les nouvelles valeurs qui feront la force de la mode de demain : une création responsable et toujours plus innovante. C’est dans ce cadre qu’est née la plateforme d’information Smart Creation, matérialisée chaque année sur le Smart Square, un espace dédié où les visiteurs de Première Vision peuvent rencontrer les ambassadeurs de la création responsable. Chantal Malingrey, directrice du marketing et du développement pour Première Vision, et Giusy Bettoni, Sustainability Consultant pour Smart Creation, une multi-plateforme dédiée à l’intégration des valeurs écologiques dans l’industrie de la mode, sont à l’origine de ce projet, où s’opèrent chaque année les prémices d’une révolution créative.

chantal_giusy2

  • La plateforme Smart Creation, qu’est-ce que c’est ?

Giusy Bettoni : Smart Creation est une plateforme d’information et de communication lancée en 2015, dont le but est de mettre en lumière les changements qui s’opèrent au sein de l’industrie, pour la mener vers une mode éco-responsable. À travers elle, Première Vision devient le porte-parole mondial de cette création !

Chantal Malingrey : Comme le dit notre slogan, le but de Smart Creation est de libérer le potentiel de la mode durable, et de montrer que grâce à une création et une production responsables, on peut stimuler à la fois la créativité et l’innovation. D’une série de conférences, le projet s’est mué en un espace physique, qui permet aux visiteurs de rencontrer les acteurs de la mode engagée et de mieux comprendre leur démarche. L’objectif est de communiquer ces nouvelles générations de valeurs aux marques et, à travers elles, aux clients finaux.

En savoir plus sur le Smart Square!

  • Smart Creation se déploie-t-elle uniquement une fois par an, dans le cadre de Première Vision paris ?

Chantal Malingrey : L’espace physique se matérialise sur nos salons. A Première Vision Paris il se déploie au sein du hall 3 mais la mise en avant des produits est totalement transversale : tissus, accessoires, cuir, etc… Plus récemment, des déclinaisons ont également vu le jour sur les opérations Denim Première Vision et également Première Vision New York. Ceci, bien évidement pour répondre aux attentes des marchés. Nous organisons également des prises de parole lors d’événements partout dans le monde, et ce tout le long de l’année. Nous intervenons à des conférences au CFDA de New York ou au Copenhagen Fashion Summit.

 

  •  Et le Smart Square, qu’est-ce que c’est ?

Chantal Malingrey : Le Smart Square est l’incarnation physique du discours véhiculé par la plateforme Smart Creation : un espace éducatif et visionnaire où les visiteurs du salon viennent rencontrer les ambassadeurs d’une mode raisonnée et responsable.

Giusy Bettoni : Plus qu’un point d’échange d’informations, il est le point de départ d’une grande révolution, car il se dresse au sein de Première Vision, l’un des seuls événements qui réunit tous les acteurs mondiaux de l’industrie de la mode.

  • Qu’y trouve-t-on ?

 Chantal Malingrey : On peut y rencontrer tous les exposants engagés dans une mode responsable, des fabricants de fibres aux fournisseurs de textiles, en passant par des bureaux de certification. C’est définitivement le lieu idéal pour découvrir de nouveaux matériaux développés sur une nouvelle génération de valeurs associant créativité, innovation et durabilité.

  • Quelle est sa vocation ?

Giusy Bettoni : Le but du Smart Square est d’offrir aux exposants, aux créateurs, aux acheteurs et aux marques un lieu de rencontre. Ils peuvent ainsi échanger, et surtout expérimenter ensemble les progrès réalisés en matière de mode responsable, afin de mieux les intégrer à la création d’aujourd’hui et à celle de demain.

  • C’est la troisième édition du Smart Square. Comment a-t-il évolué ?

Giusy Bettoni : Pour commencer, l’espace a doublé de volume, il est passé de 500 m2 à la dernière édition à 1000 m2 cette saison ! C’est la preuve qu’une telle initiative a toute sa place au sein de Première Vision Paris, et que les problématiques liées à la mode responsable constituent un réel enjeu pour l’avenir de la création.

Chantal Malingrey : Les premières éditions du Smart Square étaient portées sur des conversations autour de certaines thématiques, comme la surconsommation de l’eau et la pollution. Depuis, nous avons réalisé un grand travail de recherche auprès des exposants, pour identifier les entreprises les plus engagées dans leur processus de production, de teinture, de finissage, d’assemblage, de suivi du transport des matières premières… tout ce qui participe d’une mode engagée. Nous avons étudié de près la façon dont ces entreprises travaillent, de la traçabilité de leurs produits à leurs valeurs sociales. Cette année, nous présenterons leur travail sur le Smart Square, qu’il s’agisse de tissus biodégradables, de cuir éco-conçu, de matériaux recyclables ou encore de techniques de finition, sous forme d’échantillons et même de produits finis, pour mieux ancrer l’innovation dans le cadre d’une mode contemporaine et créative.

En savoir plus sur la création respectueuse

  • Quels sont les points marquants de cette édition ?

Giusy Bettoni : Nous accueillons de nombreux nouveaux acteurs sur le Smart Square. Tous sont engagés dans une mode raisonnée, et très enthousiastes à l’idée de défendre un circuit vertueux, notamment à travers le design et la communication, deux aspects primordiaux que l’on tend à placer au second plan lorsqu’il s’agit de mode responsable. À notre époque, la communication est absolument primordiale, autant pour les marques que pour leurs clients. Des experts seront présents sur le Smart Square pour éduquer à une communication plus transparente, et apprendre aux visiteurs à reconnaitre les discours intègres du simple marketing.

Chantal Malingrey : Nous avons acquis de plus en plus d’expérience, et avons eu de très bons retours de la part des exposants et visiteurs des éditions précédentes. Notre objectif pour cette année est aussi de présenter davantage de produits, qu’il s’agisse de textiles ou de pièces de mode, ainsi qu’encore plus de nouveaux matériaux alternatifs. Ainsi, nous accueillons une trentaine d’exposants présentant des services et des matériaux innovants. Une nouvelle offre en parfaite adéquation avec les attentes du marché ! (voir la liste des exposants)

  • À qui s’adresse le Smart Square ?

Chantal Malingrey : Il s’adresse aux visiteurs de Première Vision autant qu’à ses exposants. L’industrie de la mode est en passe de comprendre l’importance de s’engager dans une production responsable, mais il est parfois difficile d’avoir une lecture claire de ce sujet, tant il est riche d’informations. Le Smart Square a pour vocation d’offrir plus de clarté et de visibilité sur les démarches engagées de création et de production, en permettant aux visiteurs et aux exposants d’échanger sur les nouvelles façons de développer et de vendre un produit. Il est capital que tous les acteurs de la mode soient réunis autour de ces conversations, car ils doivent répondre aux demandes des consommateurs, qui exigent aujourd’hui plus de transparence.

Giusy Bettoni : Première Vision est le seul endroit au monde à réunir tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement. C’est là que doivent s’ouvrir les discussions pour trouver des solutions concrètes aux problèmes de l’industrie !

En savoir plus sur le Smart Square!

  • Quels sont les critères pour dire d’un tissu, d’un accessoire, ou d’un fil, qu’il est responsable ?

Giusy Bettoni : Le premier critère est la façon dont travaille l’entreprise qui le produit. Quel est son background ? Où et comment fabrique-t-elle ? Quels sont ses engagements ? Toutes ces questions sont capitales. Ensuite, il s’agit d’étudier le matériau lui-même : sa provenance, la façon dont il a été fabriqué ou transformé, et à quel coût. Si une entreprise dit vendre un produit écologique, elle doit pouvoir le prouver, notamment à travers des certifications et appellations officielles.

Chantal Malingrey : Le produit fini est tout aussi important que sa conception. On peut considérer responsables des tissus ou matières qui reposent sur des valeurs de transparence. Le producteur doit être capable de délivrer l’ensemble de la chaîne de production dans le moindre détail : la provenance des matières premières, la traçabilité de l’élevage lorsqu’il s’agit de laine, les moyens de transport, les types de traitements imposés aux produits…

  •  On parle beaucoup de mode responsable, et les initiatives se multiplient au sein de l’industrie. Comment imaginez-vous le développement de ce périmètre ?

Chantal Malingrey : D’ici une dizaine d’années, l’éco-responsabilité ne sera plus un sujet, mais une valeur intégrée à la création. Certains grands groupes de luxe s’engagent déjà dans ce sens, leur écho sur l’ensemble de la chaîne de production ne peut être que très fort. Ces nouvelles valeurs induites vont pousser le marché, et la branche de recherche et de développement textile va logiquement évoluer dans ce sens. Reste à espérer que la grande distribution suivra le mouvement, ce qui n’est pas encore assez le cas aujourd’hui.

Giusy Bettoni : Comme lors de toutes les grandes vagues de changements, cela va prendre du temps. Je pense que le prochain grand terrain à investir est celui de la communication. Cela ne suffit pas de dire qu’un tissu est biologique ou recyclé, il s’agit de pouvoir expliquer pourquoi, de pouvoir retracer toute sa chaîne de production. Les marques, notamment de luxe, sont encore assez réticentes à communiquer sur leurs engagements. Elles doivent comprendre que leur rôle dans l’avancée de l’industrie est absolument capital, car leurs voix ont un fort pouvoir de résonance. Elles se doivent de montrer l’exemple.

En savoir plus sur la création respectueuse

  • Quels sont ses atouts business pour l’amont de la filière mode ?

Chantal Malingrey : S’engager dans une création responsable est un investissement sur l’avenir, car les consommateurs la considèrent de plus en plus comme une valeur fondamentale de l’achat. Les marques doivent également comprendre, et c’est là l’objectif de Smart Creation, qu’un produit responsable ne perd aucune valeur créative, bien au contraire. Par exemple, les nouveaux procédés de lavage du denim, qui pallient l’utilisation de produits chimiques pour se concentrer sur l’ozone et le laser, donnent un résultat absolument identique, sans passer par la case pollution.

  • En quoi les textiles et accessoires responsables peuvent-ils constituer une valeur ajoutée en matière de style ?

Chantal Malingrey : Les nombreux textiles nouvelles générations présentés sur le Smart Square sont autant de nouvelles possibilités stylistiques qui poussent la création encore plus loin. Ils offrent de nouvelles textures, de nouvelles façons de traiter la couleur ou les volumes, et élargissent également le champ des possibles. Les cuirs végétaux, par exemple, offrent aujourd’hui plus de possibilités d’exploitation que le cuir traditionnel !

  • En quoi peuvent-ils accroitre l’attractivité d’une marque ?

Giusy Bettoni : Les jeunes marques qui se lancent aujourd’hui ont déjà intégré l’éco-responsabilité comme une donne inséparable de la création, car elles sont conscientes que ces valeurs sont de plus en plus importantes pour les consommateurs. Elles en sont immédiatement plus attractives ! Quant aux marques plus traditionnelles, qui revoient leur chaine d’approvisionnement pour s’engager dans un système responsable, elles ont également le respect des clients, qui ne peuvent que saluer un tel engagement. Une marque qui ne saurait s’adapter dans les prochaines années a très peu de chances de garder intact son pouvoir d’attraction face aux nouvelles générations de créateurs. La mode responsable n’est pas une tendance, elle est l’avenir de l’industrie textile !

  • Quel est votre coup de cœur Smart Material du moment ?

Chantal Malingrey : Je dois dire que le cuir Olivenleder, tanné à l’olive, m’intéresse particulièrement. L’industrie du cuir est sujette à beaucoup d’attaques, notamment en ce qui concerne le tannage au chrome, et ce type d’innovation peut apporter beaucoup.

 Giusy Bettoni : C’est très difficile de choisir, tant cette édition présente d’innovations intéressantes. Ma plus grande fierté est surtout de constater que les clients ont aujourd’hui un choix impressionnant de matériaux responsables, et peuvent s’engager dans une mode respectueuse sans jamais sacrifier le design et l’esthétique.

 

Suivez toute l’actualité de l’édition septembre 2018 du Smart Square !