Lin : une fibre ancienne au futur radieux

Naturel, fraîche, durable, mais aussi versatile, performant et éco-friendly : qu’est-ce qu’on sait et qu’est-ce qu’on ignore sur le lin ?
Modéré par Victoire Satto, co-fondatrice du premier media mode & lifestyle écoresponsables en France The Good goods, le talk « Le lin, matière ancestrale du futur » (mercredi 12 février, 16h-17h, Innovation, Hall 3) a convié à s’exprimer sur ce sujet Stefano Albini, Geoffrey Bruyère, Marie Demaegdt et Dorothée Gouze.
Une heure pour casser les préjugés sur le lin et construire le futur de la mode responsable autour d’une fibre solide, locale, écologique et résolument chic.

Directrice textile et durabilité au CELC, Masters of Linen, Marie Demaegdt ouvre la discussion en présentant quelques chiffres qui font la spécificité du lin : grâce aux conditions climatiques propres à la zone géographique restreinte où elle est cultivée – entre la France (84% de la production mondiale), la Belgique et les Pays Bas – la fibre de lin ne demande ni irrigation ni fertilisant, est naturellement sans OGM et facilement traçable. La niche qu’elle occupe  dans le marché des fibres mondial (0,4%) enregistre aujourd’hui une croissance notable et constante (50% dans les cinq dernières années), en réponse à une demande grandissante de fibres naturelles, durables et certifiées (certifications European Flax pour le lin et le chanvre européens, Masters of Linen pour les produits issus de fibres cultivées et entièrement transformées en Europe).

Stefano Albini est en bonne position pour confirmer cette tendance positive : spécialiste du shirting haut de gamme depuis 1876, le groupe italien dont il est le président parie fort depuis des années sur le lin (10/15% de la collection) avec des résultats très prometteurs. Allant à la rencontre d’un public aussi exigeant en termes esthétiques et qualitatifs que sensible aux questions de traçabilité et de transparence, Albini travaille au quotidien pour entretenir un rapport de confiance solide avec ses clients – mettant à disposition une panoplie de données factuels relatifs aux efforts déployés depuis une décennie par l’entreprise en matière de durabilité – et mise sur la versatilité du lin, décliné dans des versions brossées type flanelle au toucher chaud, parfaites pour l’hiver.

Les aspérités et les irrégularités du lin sont l’aspect qui a le plus retenu l’attention également de Geoffrey Bruyère : « Le mélange avec d’autres fibres est une voie de choix pour donner au lin des propriétés et un style innovants », ainsi que pour contrer le prix découlant de sa relative rareté. D’après le fondateur et CEO de Bonne Gueule – premier site de mode masculine en France devenu marque de vêtements en 2014 – la communication est plus que jamais cruciale pour contraster le green washing et sensibiliser le public non seulement aux vertus du lin, mais aussi à ses immenses possibilités créatives et de style. A Marie Demaegdt de confirmer à la fois la richesse de possibilités offertes par le mélange du lin avec d’autres matériaux (soie, viscose, alpaca, laine mais aussi matériaux performants) et techniques (dont la maille, notamment le jersey), ses performances naturelles (gestion de la transpiration, thermorégulation) et l’importance de communiquer au public dans le but de façonner de nouvelles pratiques d’achat responsables et conscientes.

Directrice de collection chez la marque chinoise de luxe écoresponsable Icicle, Dorothée Gouze est bien placée pour confirmer cet intérêt croissant pour les fibres naturelles également du côté du marché asiatique. Marquées par le retour en force de philosophies anciennes prônant l’harmonie entre l’homme et la nature, les jeunes générations chinoises sont ainsi particulièrement réceptives au caractère naturel, durable et intemporel du lin. Mélangeant lin et soie, les dernières propositions de la marque traduisent ainsi dans cette association de matériaux nobles le mariage entre les cultures chinoise et française qui forment l’ADN de l’entreprise avec son attention aigue aux matières et aux processus naturels.

Tandis que les producteurs de fibres de lin se préparent déjà à répondre à la demande croissante par de nouveaux champs et de nouvelles filatures (1% du marché mondial étant une perspective ambitieuse pour cette fibre aussi liée à un territoire spécifique au dire de Marie Demaegdt), c’est aux designers et aux marques de repousser les frontières du lin et casser son image stéréotypée de tissu saisonnier, casual et froissable.

Des propositions de style chic comme le trousseau brodé de mariés et la chemise d’été oversize froissée, aux recherches autour des teintures naturelles promues par Albini, l’éventail des possibles est virtuellement illimité pour cette fibre traditionnelle au futur radieux.

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