L’avenir de la mode responsable appartient-il aux acteurs les plus novateurs ?

Lors de l’édition de février, Giusy Bettoni, fondateur et président de C. L.A.S.S, le centre multi-plateforme qui s’engage pour une mode responsable, a accueilli dans le cadre d’une table ronde trois pionniers qui s’attèlent à produire les nouveaux matériaux et processus qui transformeront demain le visage de nos garde-robes.

Avec Kenji Higashi, Head of Business Development & Sustainability chez Spiber Inc., Andras Forgacs, fondateur et PDG de Modern Meadow, et Femke Zijlstra, directrice du développement chez DyeCoo

L’avènement de la bio-fabrication, ou le commencement de l’ère des nouvelles matières

L’avenir des matières appartient à celles qui seront cultivées en laboratoire. Deux start-ups ont présenté l’avancée de leurs travaux dans le domaine de la bio-fabrication, une discipline qui permet de créer des matières entièrement issues de la biologie.

Brasser un nouveau cuir — le collagène de conception biologique de Modern Meadow

Modern Meadow a pour particularité de brasser du collagène, la principale protéine structurale de la peau, pour fabriquer du cuir. À la manière du brassage de la bière, l’entreprise alimente en sucre une levure pour produire du collagène qui sera par la suite associé à d’autres ingrédients cultivés en laboratoire dans le but de créer de nouvelles matières sur une chaîne logistique 100 % végane. « En toute modestie, nous aspirons simplement à transformer le paysage des matières, confie Andras Forgacs. Comme il est impossible d’endiguer le fléau du réchauffement climatique en se concentrant exclusivement sur l’équation énergétique ou l’empreinte environnementale de notre agriculture, nous devons également repenser les matières que nous utilisons au quotidien. »

 

Brasser le nouveau nylon ou polyester — les polymères de Spiber

Spiber, pour sa part, a étudié les gènes de plusieurs espèces d’insectes, notamment ceux de la soie d’araignée, pour séquencer de l’ADN afin de concevoir des protéines permettant de créer de nouvelles matières. Grâce à un procédé analogue à celui de Modern Meadow, ces protéines sont brassées dans de gigantesques fermenteurs semblables à des cuves de bières dans lesquelles des bactéries sont alimentées en sucre pour former des protéines. Celles-ci sont ensuite isolées sous forme de poudre, avant d’être à nouveau filées pour se décliner en toutes sortes de matières. « Nos polymères Spiber sont assez proches du polyester ou du nylon, explique Kenji Higashi. Sans ajouter quoi que ce soit à cette matière semblable au plastique, à ceci près qu’elle est constituée de protéines, on peut créer des fibres, des films, du fil, du skaï, de la fourrure ou bien des résines. »

Les vêtements issus du génie biologique prêts à débarquer sur le marché

C’est grâce au partenariat noué avec le fabricant de produits chimiques Evonik que Modern Meadow peut présenter cette année Zoa, son cuir biologique premium. Durable, mais biodégradable, cette matière peut, d’après Modern Meadow, rivaliser tant avec le cuir classique qu’avec les fibres synthétiques. Spiber, pour sa part, a lancé la construction d’une usine de fabrication à grande échelle en Thaïlande, où la production démarrera en 2021. Un véritable tournant dans l’histoire de l’entreprise, qui a mis quinze ans à parfaire son premier produit, la parka Moon conçue avec The North Face et fabriquée 50 exemplaires.

100 % végane, sans plastique, et plus écologique

Si Spiber et Modern Meadow prévoient d’effectuer des analyses de cycle de vie avant de passer à la production commerciale de leurs technologies, les deux start-ups estiment que leurs matières sont vouées à être plus performantes que leurs pendants classiques élaborés à partir de protéines animales. Quant aux risques généralement associés aux organismes génétiquement modifiés, les concepteurs les balaient d’un revers de la main, arguant que leurs protéines cultivées en laboratoire n’ont pas vocation à finir dans la nature et à se multiplier. Spiber utilise les mêmes types de microorganismes que les spécialistes de la fermentation traditionnelle et respecte les réglementations pour s’assurer que son activité n’ait aucun impact environnemental. Et Modern Meadow de souligner que la sécurité de son système clos de cuves d’acier est sans commune mesure avec celle des cultures OGM.

Un nouveau procédé de teinture où le CO2 remplace l’eau ou les produits chimiques

L’entreprise néerlandaise DyeCoo a inventé un procédé de coloration textile qui n’utilise ni eau ni produits chimiques, mais du CO2 qui se dissout dans la teinture et fait migrer celle-ci dans le tissu. Ce CO2 est par la suite recyclé et réutilisé via un procédé validé par Bluesign qui prend deux fois moins de temps. Et comme elle s’affranchit des solutions chimiques de traitement, la méthode de coloration mise au point par DyeCoos permet à ses utilisateurs de réduire leurs coûts tout en polluant moins les eaux environnantes. Le CO2 est un gaz sans danger, non inflammable, et disponible en abondance sur notre planète. « Sans compter qu’il est de qualité égale partout dans le monde », ajoute Femke Zijlstra.

 

 

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