La Blockchain 101 pour la mode et le luxe

Lors du salon de février, Première Vision a invité Pierre-Nicolas Hurstel, PDG & cofondateur d’Arianee et cofondateur et directeur de la programmation de Foundashion pour évoquer les applications de la technologie Blockchain dans les secteurs de la mode et du luxe.

Voici les grands enseignements à tirer de son intervention :

Blockchain : ni une révolution ni un gadget inutile

En 2017, la Blockchain était présentée comme le nouvel internet ; tout le monde voulait à tout prix s’engager dans cette voie. Trois ans après, les médias expliquaient que cette technologie était finalement bien inutile. D’après Pierre-Nicolas Hurstel, la vérité se situe entre les deux postulats. Une Blockchain, c’est-à-dire une base de données décentralisée, est un excellent système pour peu qu’on en fasse bon usage. Elle se distingue d’une base de données classique par le fait que toutes ses entrées sont interconnectées. Chaque fois qu’une nouvelle entrée est saisie dans la base, l’ensemble des serveurs de la Blockchain en reçoivent une copie.


Quel est l’intérêt de la Blockchain ?

Immuable et conçue pour enregistrer tout changement apporté à son historique, la Blockchain permet d’attester de l’authenticité de quelque chose, d’où son usage dans les systèmes de traçabilité de la chaîne logistique. Et comme il faudrait avoir accès simultanément à plus de la moitié des serveurs de la Blockchain pour en falsifier les données — ce qui paraît bien impossible —, ce système s’avère plus fiable qu’un Datacenter centralisé.

Quand la Blockchain permet d’assigner une identité numérique aux articles de mode

Arianee a mis au point un outil qui s’appuie sur l’architecture Blockchain pour permettre aux marques de créer une identité numérique à assigner à chacun de leurs produits. Semblable à un passeport numérique, ce document d’identité se présente sous la forme d’un fichier unique qui contient toutes les informations relatives au produit, et qui est généré par le fabricant de l’objet en question. Le numéro de série dudit produit est enregistré au sein de cette carte d’identité digitale, mais aussi apposé sur le produit. Arianee crée des identités numériques pour le compte de plusieurs maisons horlogères, dont celles du Groupe Richemont et BA & SH, qui viennent de lancer leurs propres plateformes de revente.

Des identités numériques pour authentifier la marque et le mode de fabrication d’un produit

L’identité numérique d’un objet comme un carré Hermès intègrerait ses certificats et les audits indépendants dont il a fait l’objet. Celle d’une paire de Nike pourrait quant à elle comporter des informations spécifiques, comme les instructions de recyclage des chaussures ou la marche à suivre pour leur offrir une fin de cycle de vie optimale. L’identité digitale d’une paire de baskets Balenciaga pourrait, pour sa part, inclure une alerte que la marque recevrait lorsque le propriétaire clique sur « Revendre ». L’enseigne pourra alors proposer à son client de se charger de la revente sur son propre site ou via des plateformes accréditées, lui recommander le prix à fixer et lui proposer les services d’experts pour évaluer l’état des baskets. En parallèle, un client dont le produit a été volé pourra se servir de cette identité numérique pour prouver à son assureur qu’il est bien le propriétaire légitime du bien en question.

Permettre aux marques de communiquer tout en garantissant la protection des données personnelles des clients

À travers une identité numérique unique, une marque peut communiquer au sujet d’un produit, partager ses certificats d’authenticité et son historique, tout en préservant la confidentialité des données des clients. Cette identité est mémorisée sur l’appareil en question via un portefeuille ou un coffre-fort numérique qui, comme son pendant physique, ne s’ouvrent que si on en possède l’adresse et le mot de passe. Ce portefeuille privé et sécurisé peut recevoir et transmettre des informations, tout en garantissant au client un anonymat total.

Tous les téléphones auront leur propre portefeuille

Arianee part du principe que tous les téléphones auront, d’ici peu, leur propre portefeuille grâce à la cryptographie. Ce portefeuille sécurisé et anonyme renfermera les représentations numériques d’objets que nous possédons dans la réalité, à commencer par les vêtements et produits de luxe. Hurstel voit dans le portefeuille Samsung — qui est doté de fonctions cryptographiques — et dans Libra, la cryptomonnaie de Facebook en passe d’être lancée sur Messenger et WhatsApp, autant de signes annonciateurs de cette transformation.

 

Les challenges

« Nous voulons faciliter la tâche des consommateurs désireux d’acheter un produit véritable, authentifié, afin qu’ils aient toutes les garanties pour sauter le pas », explique Hurstel, ajoutant que la technologie n’est pas capable d’endiguer le problème de la contrefaçon à elle seule, mais qu’elle s’imposer comme un complément utile à d’autres systèmes. Cependant, pour conserver ces identités numériques, les marques devront posséder leurs propres signatures et portefeuilles numériques, ce qui suppose d’opérer certaines transformations en interne. Côté consommateurs, les utilisateurs ne devront pas perdre leur mot de passe privé (une séquence de caractères). Assurer la sécurité de ces mots de passe sera assurément un tout autre défi.

 

Retrouvez les autres compte-rendu des conférences Première Vision dans notre rubrique programmation.