Google Jacquard, la technologie qui rend le textile connecté

Pendant l’édition de février, Pascal Morand, Président exécutif de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, a rejoint Camille Bénech, de Google Jacquard Europe, pour échanger avec elle sur le futur du vêtement connecté.

Google Jacquard, la technologie qui rend le textile connecté

Nous vivons une époque où l’informatique est omniprésente, où tout devient plus intelligent et plus utile, explique Camille Bénech. Pour faire évoluer l’univers de la mode dans ce sens, Google a lancé Jacquard, un fil connecté qui peut être cousu dans n’importe quelle matière. « Aujourd’hui, nous touchons nos téléphones plus de 500 fois par jour, ce qui est une perte de temps considérable. Les gens veulent toucher de vrais objets, ceux qu’ils utilisent au quotidien. Et les vêtements et autres meubles appartiennent assurément à cette catégorie. »

La technologie : un ordinateur réduit à la taille d’un demi-paquet de chewing-gum

Google Jacquard se compose de trois grandes parties. La première est une zone de commande, intégrée et cousue dans différents textiles. C’est cette surface tactile, interactive, qui communique avec la Jacquard tag, la puce du micro-ordinateur, qu’il aura fallu trois ans pour miniaturiser pour lui donner la taille de la moitié d’un paquet de chewing-gum. Ce tag communique avec la zone tactile — selon des modalités qui varient en fonction du type de textile sous lequel elle se niche — et via le Bluetooth avec le smartphone de l’utilisateur.

C’est aux acteurs de la mode qu’il revient d’imaginer des usages novateurs

Plutôt que de créer de nouveaux textiles connectés, Google Jacquard s’attèle à incorporer à tout type de vêtements et accessoires une connexion digitale invisible. C’est cette technologie que Levi’s a mise à profit pour concevoir à l’intention des motards ayant difficilement accès à leur téléphone une veste permet par exemple de passer à la chanson suivante d’un simple geste de la main le long de la manche. Le sac à dos urbain de Saint-Laurent a conservé ses atours et a simplement intégré dans sa bretelle un dispositif de commande du smartphone de l’utilisateur. « Nous collaborons avec les marques pour lancer diverses expérimentations. Nous ne sommes toujours qu’un laboratoire d’innovation au sein du géant qu’est Google, et c’est aux marques de mode qu’il appartiendra de définir comment tirer parti de notre technologie. »


Voué à équiper les vêtements conçus pour durer

Google Jacquard travaille sur des tissus suffisamment robustes pour durer plusieurs années — des vestes, des sacs à dos — ce qui laisse à sa technologie le temps de profiter de mises à niveau. Dans le cas de la veste Levi’s, la première version de 2016 permettait d’effectuer cinq commandes depuis la manche. Aujourd’hui, elle embarque 25 fonctions. Le produit évolue grâce aux mises à jour logicielles. « Et du jour au lendemain, il est capable d’accomplir six choses qu’il ne pouvait effectuer jusqu’alors. »

La mode, cependant, n’a pas vocation à être fonctionnelle, objecte Pascal Morand

« La mode n’a pas vocation à être utile : plus on met l’accent sur la dimension créative de la mode, plus on s’éloigne de celle de la fonctionnalité, objecte Pascal Morand. Quand il devient connecté, agrémenté de nouvelles fonctions, un produit perd une partie de son identité, ajoute-t-il. Si l’intégration de fonctionnalités à la mode fait débat, c’est qu’elle porte en elle un paradoxe. »

 

 


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 Il y a beaucoup trop de produits sur le marché à l’heure actuelle. »

Concernant Google Jacquard, en revanche, l’idée est d’enrichir un produit d’une fonctionnalité supplémentaire, et non de créer de nouveaux vêtements connectés. « On aura toujours besoin de chaussures, mais celles-ci iront au-delà de leur raison d’être initiale pour accomplir d’autres tâches. Cette innovation de rupture, explique Bénech, est un défi de taille pour les maisons de mode, les stylistes, les écoles et les créateurs, qui doivent s’approprier la technologie et l’introduire là où elle n’avait jamais eu sa place jusqu’alors. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin du concours des acteurs du secteur. On parle ici d’un segment où tout reste à faire. »

Du sportswear à la gamification.

Après l’acquisition par Google de Fitbit, Google Jacquard peut s’aventurer sur des terrains plus ludiques, au-delà des domaines du monitoring médical et du sportswear. « Rien n’est impossible, assure Bénech. Nous en avons envie. Nous avons réalisé quantité d’études auprès des utilisateurs. Si c’est réalisable sur le plan technique et si cela répond à un besoin, nous lancerons davantage de produits axés sur la gamification et l’introduction d’éléments réels dans le digital. »

 

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