Dossier spécial « La révolution des comportements » 3/3 : Katell Pouliquen

Katell Pouliquen

Directrice des rédactions de Marie Claire, co-auteure de « Rétro-cool, comment le vintage peut sauver le monde » (éditions Flammarion)

Avec votre ouvrage, vous avez pointé du doigt une tendance forte qui vient bousculer une frénésie de consommation à l’oeuvre depuis des décennies. Comment la définissez-vous ?
Nous avons mené une large enquête avant d’écrire
notre livre et en effet, de nombreux signaux nous
ont signifié le désir de ralentissement éprouvé par
de nombreux consommateurs. C’est  mouvement
majeur, qui ne cesse de se déployer, et qui touche
toutes les catégories : urbains ou pas, jeunes ou
moins, personnes réduisant leurs achats neufs
par souci économique et d’autres par volonté
de limiter leur impact sur l’environnement…
Le point commun, c’est l’envie de redonner
du sens aux objets. Il y a bien sûr le souhait de
rompre avec la frénésie provoquée parfois par la
fast fashion et la valse des tendances qui étourdit.
Plus profondément, on veut se distinguer, de ne
pas porter l’uniforme standardisé et mondialisé
qui affadit le style et la rue.

Votre livre a été publié fin 2018, constatez-vous une amplification du phénomène ?
Tout à fait. Notre livre est sorti un peu en
amont du mouvement, il en a documenté les
prémices, mais la vague est devenue immense
depuis. En particulier du fait du confinement et
de la situation économique qui s’ensuit. Selon le
cabinet Kantar, Vinted, spécialiste de la vente
d’habillement d’occasion, se classe désormais au
quatrième rang des acteurs de l’e-commerce de
mode en France. Et les audiences d’eBay et de
Rakuten ont fortement progressé au deuxième
trimestre, selon Médiamétrie… Le pli du vintage
est définitivement pris !

Pensez-vous que l’univers de la mode ait suffisamment entendu ce message ? Quelles plus en phase avec cette mutation ?
Oui le secteur est obligé de se poser la question
du vintage du fait des chiffres exponentiels que
j’ai cités. Une partie du business lui échappe,
il lui faut réfléchir différemment. De nombreuses
boutiques élargissent désormais leur offre au
vintage (de Sézane à Selfridges). Les Maisons de
luxe aussi regardent avec un intérêt tout particulier la richesse de leur « patrimoine » en le valorisant plus que jamais. Au-delà, la réflexion globale du milieu, sur les défilés de mode par exemple et le nombre de collections livrées par an, va dans le sens d’une plus grande valorisation du temps. Retrouver le temps, y compris celui de désirer un vêtement, c’est évidemment salutaire…

Dossier spécial : La révolution des comportements, la suite

1/3 : Découvrez le témoignage de Serge Carreira, Responsable des marques émergentes à la Fédération de la Haute Couture et de la Mode et maître de conférences à Sciences-Po Paris,  ici

2/3 : Découvrez le témoignage de Géraldine Dormoy, journaliste ici