La technologie à l’assaut de la mode

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L’intrusion de la technologie dans l’univers de la mode n’en finit pas de bousculer les codes et les
pratiques. Le point avec Gilles Lasbordes, Directeur Général de Première Vision, et Pascal Morand,
Président Exécutif de la Fédération de la Haute-Couture et de la Mode.

Pensez-vous que mode et technologie sont désormais indissociables ?

Gilles Lasbordes. Oui, et cette évolution intervient selon moi dans tous les domaines. Elle est présente dans le développement produit avec l’introduction d’éléments technologiques qui enrichissent l’expérience. On la retrouve dans un aspect plus industriel de la production, avec l’impression 3D ou la conception assistée par ordinateur. Par ailleurs, le digital bouleverse l’univers du retail et joue aussi son rôle dans l’impulsion créative.

Pascal Morand. Les progrès fulgurants réalisés dans le champ de la mode sont avant tout liés à cette quatrième révolution industrielle, qui embrasse toutes les déclinaisons du numérique. Ces transformations sont d’une ampleur inédite et nous n’en sommes qu’au début. Plus encore, la technologie fait désormais partie intégrante de la mode, il n’y a plus de dissociation entre les deux.

Quels sont les acteurs les plus concernés par ces bouleversements ?
GL. Tous sont affectés par l’innovation technologique : la filière textile dans son ensemble, le monde du retail, les marques qui font désormais face à la concurrence de celles lancées via les plateformes numériques…
PM. La technologie bouscule tout : le modèle économique, la créativité, la fabrication, les textiles… Mais le véritable
enjeu réside dans le lien entre les innovations apportées par les nouvelles technologies et les méthodes traditionnelles. Les produits high-tech doivent aussi être des produits de mode ; receler une sensorialité, une émotion et donc un désir. Il faut utiliser la technologie mais également la dépasser.

Quelles innovations vous ont le plus bluffées ?
GL. Certaines sont un peu « gadget » mais j’ai tout de même envie de les saluer, par exemple les baskets auto-laçantes de Nike qui me font penser au film « Retour vers le futur » de Zemeckis. Il y a, plus sérieusement, de multiples relations entre recherche médicale et textile qui méritent notre intérêt, comme ces tee-shirts connectés qui indiquent les pulsations cardiaques, etc. Enfin, n’oublions pas le Google jacquard qui donne au textile ce côté tactile, aussi sensible que l’écran de nos smartphones.
PM. Je suis assez fasciné par l’intelligence artificielle et sa capacité à se forger une forme d’identité. J’observe aussi avec intérêt la source d’enrichissement créatif offerte par la big data qui permet  aux designers de connaître les désirs des consommateurs de la façon la plus intime qui soit. Je suis également impressionné par la fabrication 4D dont la forme bouge avec le temps.

Vers quels domaines la recherche s’oriente-t-elle ?
GL. Les avancées se font tous azimuts mais le consommateur est de plus en plus soucieux de sens et de valeur ajoutée. La tendance est aux technologies qui visent la simplification du quotidien ou encore l’amélioration de notre bien-être. Par ailleurs, les recherches se focalisent autour de technologies avancées qui pourraient, par exemple, permettre au vêtement de fournir nativement de l’électricité. Tout semble possible !
PM. On observe des recherches très intéressantes, comme ces essais de rigidification de la matière pour permettre de la couper avant de la rendre à nouveau flexible. La tentative de la robotique de reproduire les mouvements du doigt humain est également passionnante. Plus globalement, la recherche multiplie les croisements de métiers différents : designer, chercheur en maths, chercheur en tissage. C’est le mélange de tout cela qui me semble porteur d’avenir, car l’innovation repose toujours sur la transversalité et la diversité.

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