La sélection Fancies de l’automne-hiver 20/21

Les décors de la saison jouent avec nos yeux et nos sens. La lecture n’est jamais primaire, il y a des double sens, des pièges visuels et des cache-cache ludiques au coeur des motifs. La brillance est invitée en agent trouble pour brouiller les dessins. Le tout avec une offre éco-friendly en forte croissance.

Nature envoûtante

Les motifs sont largement épanouis, le traitement graphique est moderne réinterprétant les codes de l’ameublement sur fond sombre. Les influences Art Déco, Art Nouveau ou les fleurs japonisantes sont renouvelées par l’échelle et une certaine simplicité graphique. Les broderies s’ajustent à cette échelle généreuse et fleurs et feuillages sont en croissance. Les dentelles privilégient les dessins plus grands, les tulles plus ouverts, les filets carrés. Les dentelles Leavers proposent des dessins vus à la loupe, des ombres chinoises fleuries, des ornementaux magnifiés.

Floraux énigmatiques

Les fleurs ne s’exposent pas cette saison, elles se révèlent. Les exotiques font surface en nocturne, en coloriages étranges, inversés comme un négatif photo. Les bouquets semblent vus en mouvement, les fleurs ruissellent et disparaissent dans les fonds. Les dessins sont précis mais leur lecture est perturbée par des fonds travaillés eux aussi. L’oeil se perd dans les batiks indonésiens dont les fonds sont saturés de motifs. En dentelle, les jeux de pleins et vides créent la confusion entre fond et forme.                     Les applications de broderie sont-elles mêmes découpées dans des décors imprimés.

 

Interférences métalliques

Les métallisés de la saison parasitent les dessins et les tissages. La lumière camoufle et rend illisibles les motifs en les masquant/démasquant par intermittence. Les tissages précieux semblent « grignotés » par la brillance des fils métalloplastiques qui brouillent les dessins. Les tweeds multicolores sont couverts partiellement de paillettes. Les soieries fluides métallisées paraissent partiellement usées. Les jacquards fleuris ou ornementaux accrochent la lumière avec des éclats de métaux chauds.

 

Matières et abstractions

Les abstraits s’éloignent de la tache picturale et investissent un vocabulaire plus dessiné et plus décoratif. Les camouflages imprimés ou jacquards sont réinterprétés et redessinés avec des éléments végétaux ou figuratifs. Les marbrures se déploient largement, entre papier à la cuve et strates minérales, les volutes tentaculaires tourmentent les surfaces.

Côté soierie d’exception, les irisations sombres, les lamés raffinés créent des méandres pétrolées, Les jacquards gaufrés ressemblent à des laves scintillantes, des écumes solidifiées ou des croutes géologiques précieuses. Les fils coupés s’échappent des tissages en poils désordonnés, ébouriffés, comme d’excentriques toisons.

 

Dédales géométriques

La géométrie se complexifie pour construire des entrelacs ondulatoires, des casse-tête virtuoses, des illusions 3D. Et pourtant au premier coup d’oeil ce sont des formes simples et colorées qui se juxtaposent, des carreaux, des damiers, des ronds et des cubes, des aplats comme des papiers découpés. Les jacquards allient préciosité et géométrie entrelacée.

Tressages complexes, répétitions imbriquées, symboles enchevêtrés transforment les « all overs » imprimés en réseaux infinis. Les guipures tracent des labyrinthes complexes et les dentelles dérivent autour de faux semblants de rayures et carreaux emboités.