Jean Cassegrain : Miser sur le temps long…

À l’occasion des 70 ans de la maison Longchamp – symbole de la maroquinerie française, le Directeur Général de la marque dévoile les temps forts de cette saga et son point de vue sur l’avenir de la filière.

J Cassegrain

Vous fêtez les 70 ans de Longchamp, racontez-nous votre aventure.

Notre maison est assez emblématique de cet univers. Nous avons d’abord été un spécialiste de la maroquinerie, à une époque où tout était affaire de geste et de technique. Souvenons-nous. Dans les années 50, il n’existait pas de marque ; seuls des artisans experts fournissaient pour des magasins. L’univers s’est structuré autour de maisons dans les années 80. La nôtre existe depuis 1948 mais nous avons été pionniers en la matière, comme pour la publicité que nous avons investie dès 1979 et qui a renforcé notre position sur les marchés français et international.  Et puis, tout a changé dans les années 2000. Le sac -objet accessoire- est devenu essentiel.

Une chance formidable !

Oui, avec toutefois le revers de la médaille : une profusion de nouveaux acteurs, et notamment les marques de mode. Désormais, il n’y a plus de frontières entre mode et maroquinerie. Nous avons suivi le mouvement, considérant qu’il est impossible de vendre de l’accessoire sans se rapprocher de la mode, de sa désirabilité et de son tempo. Nous développons des collections de prêt-à-porter depuis 10 ans mais notre vestiaire inclut une forte présence de cuir. Façon de revendiquer notre ADN.

Nous assistons à une suprématie totale de l’accessoire. Le phénomène ne va-t-il pas un jour marquer le pas ?

Je n’imagine pas de retour en arrière, peut-être une progression plus lente. En fait, la vraie question se situe -pour les maisons- autour d’un développement pérenne. J’observe beaucoup de succès suivis d’échecs, liés selon moi à deux facteurs. D’abord un manque de qualité, tôt ou tard repéré par les consommateurs. Ensuite, une trop grande focalisation sur ces fameux it-bags qui rendent difficile la capacité à se renouveler. Notre stratégie est différente. Nous misons sur une stabilité, de création comme de qualité.

Que demandez-vous à vos fournisseurs ?

Nous sommes des fidèles de Première Vision Paris où nous retrouvons chaque année nos partenaires avec lesquels nous avons noué des relations étroites, parfois depuis 40 ans ! Nous attendons d’eux une grande qualité, à la fois pour un cuir naturel et une matière plus travaillée et donc plus homogène.

Que souhaitez-vous à cette maison pour demain ? 

Que Longchamp reste une marque familiale et indépendante. Pour cela, nous nous renforçons sur des marchés comme l’Asie et les USA qui offrent des potentiels énormes. Côté produits, nous continuons à préserver un équilibre entre des créations et l’évolution de nos pièces iconiques, comme le pliage dont le succès ne se dément pas. Notre philosophie est de miser sur le temps long tout en créant des surprises avec des séries limitées, des collaborations…  La vente et la communication en ligne constituent, enfin, une préoccupation de toute premier plan.

Et l’avenir de la filière ?

On observe un phénomène de concentration avec un poids grandissant des marques internationales. Cette tendance, qui va sans doute s’accentuer, implique une nouvelle organisation de la filière car les volumes demandés deviendront de plus en plus importants.