Cyrill Gutsch, Le designer qui veut sauver les océans

Le réseau de collaboration, Parley for the Oceans s’est notamment fait connaître en collaborant avec la marque adidas pour concevoir une basket à base de matériaux issus de plastiques recyclés. Cyrill Gutsch, son fondateur, nous dévoile son combat contre la pollution des océans. Et sa volonté de transformer radicalement les modes de production sur la planète.   

Gutsh

Le développement durable prend une place grandissante dans l’univers de la mode. Quel est votre constat ?

De nombreuses marques se tournent vers l’éco-responsabilité et certaines la placent même au coeur de leur identité. Du côté des consommateurs, la tendance est identique. Les clients sont de plus en plus nombreux à choisir une marque pour sa qualité, son design et son engagement environnemental. Le succès de notre partenariat avec adidas a montré le bien-fondé de notre volonté : donner du sens au luxe. Des centaines d’entreprises nous suivent aujourd’hui et trouvent leur voie dans cette nouvelle économie. Dans quelques années, plus personne ne pourra produire sans le souci de préserver la planète, car il n’y aura plus de marché pour cela.

À quel rythme progresse ce phénomène ?

Il peut se développer rapidement si nous avançons de façon juste. Pour cela, les consommateurs doivent apprendre à reconnaître les engagements véritables des actions opportunistes. Dans les entreprises, la réflexion autour du développement durable a longtemps été placée sous la responsabilité d’équipes de communication ou de gestion des risques, notamment pour couvrir leurs pratiques. Elle doit désormais revenir aux services marketing et design pour agir, concrètement, sur la culture de l’entreprise et l’évolution des processus de fabrication.

 Quelle est la nature de votre partenariat avec adidas ?

Chez Parley, nous avons commencé notre combat par la pollution des océans. Il faut savoir que les déchets plastiques ne disparaissent jamais, ils sont évacués dans les eaux usées et finissent dans les océans. Pour lutter contre ce fléau, nous avons imaginé le Parley Ocean Plastic®, un matériau directement issu de ces déchets. Adidas a fabriqué un million de produits en 2017 avec ce plastique recyclé et ce chiffre devrait être multiplié par cinq cette année. Ces produits coûtent plus cher et, pourtant, se vendent plus rapidement car les consommateurs ont le sentiment de s’engager avec cet achat. Ils montrent qu’ils adhèrent au mouvement et sont prêts à ouvrir leur portefeuille pour cela.

Le Parley Ocean Plastic® n’est cependant qu’une étape dans votre lutte ?

Cette matière est intéressante car elle permet de limiter la production classique et participe à l’éliminer dans la nature mais… elle reste du plastique ! Elle n’est donc qu’un premier pas car notre objectif est d’en finir totalement avec le plastique créé avec l’énergie fossile. Notre stratégie du changement a trois piliers : Éviter. Intercepter. Recréer. C’est avec cette troisième étape que le vrai changement intervient. Via notre programme de recherche baptisé Parley Biofabricate, nous espérons proposer des alternatives commerciales crédibles d’ici 5/7 ans. En décembre dernier, nous avons engagé officiellement une révolution des matières premières en la désignant comme LE changement majeur de notre société.

Au-delà de la pollution des océans, c’est une réflexion sur la société toute entière que vous souhaitez engager…

En agissant pour le respect de la nature, il était logique que nous en arrivions à une réflexion plus globale sur notre façon d’organiser la société. Le travail des enfants, l’extrême dureté des conditions d’emploi devraient appartenir au passé mais sont toujours d’actualité. Parley for the Oceans construit des projets pour améliorer l’éducation des enfants, l’accès au financement de projet, la possibilité légale d’immigrer.

 Cette prise de conscience est-elle planétaire ?

Nous travaillons avec près de 100 pays et constatons que les habitants se préoccupent partout du sort de notre planète. C’est une réflexion rationnelle mais également quelque chose de plus intuitif. Un instinct de survie. Une nouvelle économie est en train de naître, fondée sur la créativité, l’innovation et la collaboration. Les entreprises qui le comprennent aujourd’hui seront celles de demain. Adidas a été la première marque à nous suivre, nous allons bientôt annoncer des partenariats avec d’autres entreprises dans le secteur de la mode, de l’automobile, de l’ameublement, de la vente. Nous négocions avec les gouvernements et des organisations telles que les Nations Unies et la Banque mondiale.

Quels secteurs sont en première ligne ?

La mode est stratégique et nous avons invité la filière à prendre le leadership de cette lutte, dans la mesure où elle possède ce pouvoir particulier de créer des tendances et d’insuffler du désir. Sa situation est paradoxale. Cet univers est l’un des moins avancés dans la modernisation de ses processus de production mais il peut être un élément clé pour le changement. Admettons-le, celui-ci n’est pas facile dans un univers très compétitif, où le critère du prix est important. Mais il faut en passer par là si l’on veut cesser de retrouver des tortues asphyxiées par des pailles qui perforent leurs poumons ou des oiseaux qui grandissent avec des bouteilles dans leur estomac. Recycler n’est pas la solution, il faut penser à demain. Aux énergies alternatives et à la préservation de l’eau.

Quels projets vous semblent les plus excitants ?

La lutte pour l’environnement, telle qu’on l’a connu, est totalement dépassée. Nous ne pouvons plus nous contenter de simples protestations et de pétitions. Les initiatives les plus prometteuses sont celles menées par des gens qui ont une vision, qui partagent le désir d’un futur lumineux, d’une planète qui puisse être un refuge pour tous les êtres vivants. Voilà le demain que je souhaite.

> Smart Square, une offre à 360° pour une mode intelligente.

En septembre sur le salon, découvrez le Smart Square, notre espace consacré à la création responsable. Au total 800 m2 pour vous guider autour de 4 axes :
• Smart Services & Partners – une sélection d’acteurs spécialisés en développement durable.
• Smart Library – un forum de produits éco-responsable et innovants.
• Smart Talks – des prises de parole autour des enjeux de la mode de demain.
• Smart Wardrobe – une exposition des collections de produits finis de marques de mode.

Au cœur de Première Vision Leather, Hall 3. Exclusivement en septembre.

En savoir + sur le Smart Square =>