Bilan produits Première Vision Leather

Première Vision Leather demeure le rendez-vous incontournable du cuir pour les griffes haut de gamme et leurs fournisseurs. Il bénéficie même d’une réputation unique pour le secteur utilisateur de cuir le plus porteur, la maroquinerie.

Encore sous le signe de la prudence, cette session ne marque pas réellement d’évolution spectaculaire de l’offre. Juste l’amélioration de classiques pourtant déjà très aboutis, la continuation de tendances déjà amorcées et aussi l’optimisation d’une industrie toujours fragile.

Le développement durable est à l’œuvre dans la tannerie depuis de nombreuses années et ses effets sont déjà perceptibles. Les tanneurs sont désormais en mesure d’apporter aux marques des réponses sur la question de plusieurs types, qui démontrent plus qu’une volonté, la transformation profonde d’une industrie.

Les tendances de la saison 

La demande de naturel se confirme encore cette saison, attestant un intérêt assumé des marques de mode pour le cuir. Ce désir d’authenticité est particulièrement fort à l’égard du veau : assoupli par un foulonnage, mieux nourri, dans des épaisseurs plus conséquentes entre 1,2 et 1,4 mm, il revêt son grain naturel et un toucher nappa dont les clients maroquinerie sont très friands. Tout juste se pare-t-il parfois d’un léger finissage et d’un retannage végétal qui lui donne davantage de fermeté. Chez les bovins, l’envie de naturel domine également, toutefois tempérée d’un certain désir de lisseur, d’un grain peu remonté pour le taurillon ou d’une fleur moins marquée pour la vachette. La vache végétale se fait aussi plus souple pour mieux servir la maroquinerie. Chez les agneaux, la demande de finissage pure aniline révèle la volonté de « revenir au vrai produit », selon le spécialiste Bodin Joyeux ; une main ronde et souple, dans des épaisseurs voisinant le millimètre, répond aux critères de la maroquinerie, voire ceux des sneakers tellement prisés des consommateurs d’aujourd’hui.

Pour autant, les artifices ne sont pas tabous pour valoriser les moins bons choix de peaux et apporter de la créativité aux stylistes. Chez Russkaya Kozha, l’article bovin grainé et foulonné, avec son côté chair laminé métallisé a suscité un intérêt certain de maroquiniers prestigieux. Non sans rondeur, les articles bovins à fleur corrigée et finissage pigmenté pour plus de brillance et de résistance de la tannerie italienne Dani font un tabac dans la maroquinerie. Chez les ovins, les finissages vernis, pour la maroquinerie, ou vernis craquelés, pour le vêtement, ainsi que les aspects lavés vintage, apportent de la nouveauté. Le velours – en agneau et aussi en chèvre – est toujours apprécié, particulièrement pour l’habillement s’il se marie à un côté fleur qualitatif pour un effet réversible. Aux dires du spécialiste Mario Brillanti de la tannerie italienne Zabri, la croute velours ou fantaisie par sérigraphie, laminage ou gaufrage façon tressage, a encore de belles perspectives dans la chaussure et la maroquinerie.

La métallisation, en vogue pour toutes les espèces, est particulièrement présente dans les cuirs exotiques, et spécialement pour le python par laminage. Peint à la main chez Reptilis, il ensorcelle toujours autant ses amateurs. Chez les crocodiles, le Niloticus remporte la bataille de la demande par son rapport qualité – prix optimal.

1 rouxVeau naturel des Tanneries Roux

2 bodin joyeuxAgneau plongé de Bodin Joyeux

3 volpiBovin végétal souple de la tannerie Volpi

4 opéraCroute de veau vernie et velours d’Opéra

5 dolmenPython métallisé de la tannerie Dolmen

6 whitelineCroco métallisé de Whiteline

Projets de développements

Positionné haut de gamme et luxe, Première Vision Leather accueille beaucoup de tanneurs dont l’offre est constituée de beaux classiques dont la qualité ne saurait guère être améliorée autrement que par une augmentation des premiers choix de peaux brutes. Vaste problème dont la solution n’est pas vraiment du ressort du tanneur. Perfectionnistes, nos professionnels œuvrent néanmoins à parfaire leurs articles naturels par des touchers encore plus sensuels, des grains encore plus réguliers, une souplesse encore plus voluptueuse et jouent sur les épaisseurs pour mieux servir leurs destinataires, la maroquinerie, le vêtement ou la chaussure. Les mégissiers, notamment, tendent à proposer des articles plus épais ou plus fermes – retannés végétal, par exemple – adaptés à la petite maroquinerie.  Face à une demande récurrente de velours, ils cherchent aussi à élargir leurs collections dans cette voie.

Mais c’est davantage dans la fantaisie qu’ils développent les articles à même de satisfaire et d’étonner leurs clients. « Nous devons aussi développer des articles plus abordables, à partir des bas choix, avec plus de finissage » déclare Muhammed Us de Sibel. « Les maisons sont de plus en plus exigeantes, ce qui entrainent une augmentation des cuirs de moins bons choix. L’art du tanneur est aussi de savoir exploiter cette marchandise » renchérit Thomas Eberhard de Bodin Joyeux. Plusieurs exposants nous disent créer de nouvelles plaques pour imprimer de nouveaux motifs sur leurs peaux. Le procédé du transfert de film fait aussi l’objet d’intenses recherches pour proposer plus d’articles métallisés, comme le marché le réclame plus fortement depuis deux saisons, sur bovin, agneau et même python, mais aussi des nacrés, plus estivaux. L’avenir – du moins à court terme – est clairement à la brillance. Des agneaux vernis, stretch ou non, parfois craquelés, se préparent dans les laboratoires des mégissiers. La couleur est aussi une piste de recherche pour beaucoup de nos sondés, avec des agneaux teints au tampon, chez Cetinkaya, par exemple, des veaux ambrés, c’est-à-dire colorés par taches appliquées au cylindre, chez Tannerie Roux, des pythons peints à la main toujours plus luxueux chez Reptilis ou des crocos deux tons chez Whiteline. Les touchers sont aussi au programme des recherches de nos exposants, dans le sens de la douceur et du naturel comme dans celui de l’artifice avec des finissages gommeux par exemple.

7 richardAgneau épais (1,1 mm) pour application chaussures de Mégisserie Richard

8 MastrottoBovin métallisé par laminage effet bi ton de Gruppo Mastrotto

9 reptilisPython peint à la main de Reptilis

Couleurs

Eté oblige, c’est vers les couleurs vives et pastels que les visiteurs se dirigent spontanément, même si, à l’heure du salon, leurs choix chromatiques ne sont pas arrêtés. Le vert menthe, le bleu ciel, le rouge corail, le jaune bouton d’or et le turquoise sont particulièrement remarqués. Tous les tons de bleus sont déclinés, spécialement les nuances inspirées du denim. Des teintes plus automnales, comme le bordeaux, le gold, le chocolat et le vert cactus, sont également présentes. Le noir et le blanc, indétrônables, tiennent bien sûr leur rang.

10 alricAgneau plongé vert menthe de Mégisserie Alric

11 tann annonayVeau jaune bouton d’or de Tannerie d’Annonay

12 italvenCroco jaune ou bleu d’Italven Pelli

Développement durable

Même s’il n’est pas une demande urgente et systématique des marques, le développement durable est une préoccupation actée des tanneurs. A tous les stades de leurs process de production, ils mettent en place, autant que possible, les modifications permettant de diminuer l’empreinte écologique de leurs produits. Cela commence par leurs achats de matières brutes, qu’ils s’emploient à identifier pour mieux intervenir en cas de litige. En suivant les normes Reach, ils éliminent les produits chimiques dangereux tant par leur manipulation que pour les traces qu’ils peuvent laisser dans les peaux. Chez Bodin Joyeux, un poste est entièrement dévolu à la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises). Plusieurs sociétés, comme Ecopell 2000 ou Ckd Cetinkaya, profitent d’installations neuves ou récentes, performantes et plus respectueuses de l’environnement. Les autres renouvellent toutes petit à petit leurs parcs de machines avec des outils moins énergivores. Certaines, comme Curtidos Bassols, profitent d’une implantation sur des terres ensoleillées pour consommer de l’énergie renouvelable, solaire en l’occurrence. Les stations d’épuration sont devenues des partenaires indissociables des tanneries. Celle de Santa Croce en Toscane est réputée pour son efficacité à filtrer et restituer des eaux d’une pureté irréprochable.

Etape cruciale du process de production de cuir fini, le tannage est un point essentiel de l’amélioration de la durabilité des produits. Même s’il ne comporte pas de danger lorsqu’il est bien maîtrisé, le tannage au chrome concentre souvent les préoccupations des marques. Face à cette phobie, les tanneurs tentent de remplacer le métal « maudit ». Par des végétaux d’abord, dans la tradition ancestrale. Par des agents de synthèse aussi, produisant les fameux wet white. Certains tanneurs, plus avancés sur la question comme Ambassador, Dani ou Curtidos Bassols, ont déjà des articles de tannage synthétique en collection. Beaucoup sont encore en plein développement pour aboutir à des caractéristiques (résistance à la chaleur, aux UV, tests de couleurs, de frottements etc.) au moins égales à celles des cuirs tannés au chrome. Ce qui n’est pas chose aisée tout de même ! Même sur le croco ou le python, des essais sont en cours pour passer aux agents de synthèse.

Dans l’immédiat, les certifications comme ISO 14001, ICEC, EMAS ou le label international LWG, offrent de sérieuses garanties aux griffes.

PREMIERE VISION LEATHER