Bilan produits Cuir

Produits et finitions : les tops de la saison

Malgré la reprise du luxe, les préférences des visiteurs reflètent une certaine prudence. Jouant sur les différentes variables d’ajustement des articles que sont le grain, la surface, la souplesse et l’épaisseur, les visiteurs ne semblent pas enclins à de grandes prises de risques et négocient toujours âprement les prix.

Concernant les bovins, les aspects lisses font figure de valeur sûre ainsi que les grainés pourvu qu’ils possèdent une certaine souplesse. Le bovin végétal est toujours apprécié pour sa fermeté quoiqu’on l’ait aussi demandé pour du vêtement. Des versions huilées ont également séduit dans une veine plus brute. Et les métallisés continuent leur percée pour la chaussure comme pour la maroquinerie.

1 arnal   2 pistolesi
© Arnal                                           © Pistolesi

Nonobstant son prix élevé, le veau demeure un must du salon. Brillant ou mat, particulièrement nubucké, il a toujours la palme du chic. Les articles laminés voire craquelés donnent dans un genre plus décontracté. Les finitions vintage, aux surfaces moins uniformes et comme usées par le temps, remportent encore des suffrages. On nous signale aussi une demande de veau stretch pour une application chaussure. Enfin, d’une souplesse et d’une finesse incomparables mais non sans une bonne résistance, le baby veau est la nouvelle coqueluche des maisons de luxe.

3 bb veau alric
© Alric

Chez les mégissiers, l’humeur est moins à la fantaisie qu’en d’autres temps plus fastes. L’agneau plongé souple et lisse reste indétrônable. Mais là aussi, les finitions vieillies et métallisées se taillent un certain succès. Contrecollé sur textile, l’agneau trouve sa voie dans l’habillement et la chaussure, pas seulement dans ses versions stretch aujourd’hui rentrées dans les habitudes, mais aussi sur des supports plus esthétiques qui le rendent recto verso. Double-face également, l’agneau lainé reste incontournable pour les collections hivernales, d’autant qu’il multiplie les effets de poils. Raides ou bouclés, rasés ou lustrés, il y en a pour tous les goûts. Mais le plus réclamé est le mérinos espagnol, à moins que son prix élevé ne l’évince au profit du domestique anglais, plus accessible.

4 Rives 1862
© Rives

Saison après saison, la chèvre continue de tirer son épingle du jeu, en proposant des solutions résistantes, financièrement raisonnables et très variées. Si beaucoup la plébiscitent pour son grain naturel (non remonté), de nombreux professionnels l’apprécient plus souple, poncée en version velours ou carrément décorée par transfert. Pour des utilisations plus raffinées, on privilégie le chevreau à la fleur plus fine et au toucher plus lisse.

Enfin, du côté des exotiques, croco et python sont toujours en tête du classement des peaux précieuses. Si le premier, convoité en finition vêtement ultra fine ou en grande peau pour les sacs extra larges, garde un certain classicisme malgré un intérêt notable pour ses déclinaisons métallisées, le second attire pour sa fantaisie, laminé métallisé, brillant ou scintillant ou peint à la main écaille par écaille. Et chez les fourreurs, le vison reprend du poil de la bête, parfois métallisé lui aussi, et le renard Shadow finlandais suscite de nombreuses demandes.

 

Projets et développements

Dans un climat de relative prudence, les tanneurs n’en sont pas moins inventifs pour réveiller la créativité de leurs clients. Leurs recherches pour proposer du veau moins fragile, waterproof ou résistant au frottement, se poursuivent. Ils ne relâchent pas leurs efforts pour fournir des cuirs bovins grainés mécaniquement toujours plus souples afin de séduire davantage les griffes de maroquinerie. Ils travaillent toucher et aspect de l’impression digitale pour présenter des solutions de décor préservant l’authenticité du cuir. Beaucoup modernisent leurs installations pour répondre encore plus vite, plus précisément et plus efficacement aux requêtes de leurs clients. Et tous œuvrent à des solutions leur permettant de mieux satisfaire la demande de cuir de veau haut de gamme des marques de luxe, même s’ils n’en maîtrisent pas la source.

5 chateau
© Chateau

Les mégissiers font preuve du même acharnement pour renouveler leur offre et raviver la curiosité des marques. L’impression digitale est aussi ici perfectionnée pour reproduire un motif avec une définition maximale sans dénaturer la peau. Les aspects vieillis sont retravaillés dans le sens d’une patine encore plus réaliste de la couleur ou dans celui d’un grain voire d’une crispation plus sensuelle. Plusieurs exposants font état de développements en cours pour ajouter à leur catalogue des agneaux de tannage végétal ou sans chrome aux qualités mécaniques et esthétiques comparables à celles des peaux tannées au chrome. Les spécialistes du double-face continuent leurs recherches pour obtenir des peaux à poils encore plus souples et légères. Les chevriers améliorent leurs articles de tannage végétal pour la maroquinerie et investissent dans la production de films exclusifs pour habiller leurs références laminées.

6 fortier beaulieu
© Fortier Beaulieu

Les professionnels du cuir exotique démontrent le même esprit d’anticipation sur la demande. Les spécialistes du python affinent et assouplissent leurs peaux sans les fragiliser pour en développer encore l’utilisation vestimentaire. A Première Vision Leather pour conquérir les griffes de luxe, Topcroc veut « hausser la qualité de sa production » et envisage « d’ouvrir une unité de tannage et finissage des peaux en Europe pour mieux répondre aux demandes des grandes maisons ». Au rayon fourrures, Padova Furs veut encore alléger les peaux, perfectionner le procédé de métallisation et mettre au point de nouveaux intarsias.

 

Couleurs

D’une manière générale, on peut dire que la question des couleurs n’est pas d’actualité sur le salon, les marques développant leurs propres teintes et les imposant ensuite à leurs fournisseurs. Néanmoins, quelques visiteurs, moins déterminés ou plus spontanés, s’attardent sur certains coloris. Le gris retient l’œil de ces professionnels, particulièrement dans ses nuances taupée et rosée. Les tons chauds et naturels comme le brun-bordeaux, le betterave ou le jaune d’œuf ont aussi leur succès. Les couleurs vives ne sont pas en reste avec des rouges coquelicots, des bleu Klein et des verts gazons très toniques. Parmi les classiques hivernaux, le kaki se taille la part du lion. Métallisé oblige, l’or et l’argent ramassent la mise.

7 italven    8 novalpina
© Italven                                              © Novalpina

L’écologie

De plus en plus prônée par les marques de luxe, l’écologie est plus que jamais au cœur des préoccupations des tanneurs. Des marques, comme Burberry avec son Projet 2020, ont pris la mesure de l’enjeu écologique et entrainent leurs fournisseurs, de cuir en particulier, dans une démarche responsable profitable à tous. « Les stylistes ne l’évoquent pas souvent mais les acheteurs y sont de plus en plus sensibles » explique Javier Almira de la tannerie espagnole Hosbo. Certains tanneurs, comme Didier Lieutard, pratiquent le circuit court en se fournissant en peaux de chèvres régionales. D’autres ambitionnent la traçabilité pour pouvoir donner à leurs clients des garanties sur les conditions de vie et d’abattage des animaux. Pour les tanneurs de peaux exotiques, la tâche est plus aisée, grâce au certificat CITES qui accompagne chaque peau. « Mais nous privilégions le sourcing de nos pythons dans les fermes pour un meilleur contrôle des origines des animaux » déclare notre interlocutrice chez Anaconda.

La grande majorité des tanneurs est maintenant très attentive aux process de production et aux produits chimiques utilisés. Tous respectent les normes REACH mises en place et régulièrement actualisées pas les instances européennes. « Nous sommes en train d’auditer toute notre chaîne de production » révèle un tanneur très impliqué. Plusieurs de nos interlocuteurs affirment avoir récemment embauché ou être sur le point de recruter un expert entièrement dédié à la question écologique. Les spécialistes de tannage végétal revendiquent leur parti pris sous l’étiquette Chrome Free. Les tanneurs pratiquant les deux types de tannage veulent augmenter la part du tannage végétal. Les cuirs de tannage synthétique se développent chez plusieurs tanneurs dont certains affichent ainsi des cuirs sans métal dans leur offre.

Parmi nos sondés, quelques uns possèdent déjà les certifications nationales et ISO 14001 attestant de leur conformité aux exigences du développement durable. « Une grande marque nous a récemment choisis comme fournisseur grâce à nos certifications » nous confie notre interlocutrice de la tannerie italienne Nuti Ivo. Beaucoup œuvrent à l’obtention de ce précieux sésame, notamment en modernisant leurs installations et en réduisant leurs émissions, en purifiant et en recyclant les eaux usées, en diminuant l’énergie consommée par l’entreprise et son empreinte carbone.

9 nuova icos
© Nuova Icos

PREMIERE VISION LEATHER HALL 3