Ambivalences

L’automne hiver 21-22 met en lumière un mouvement formidable de recherches d’équilibres nouveaux.
Tel un balancier, la saison additionne les contrastes et fait vivre ensemble des supposés opposés.
Résolument anti passéiste, elle se passionne des ambivalences entre ancrages dans la réalité et échappées dans des mondes virtuels, entre la matérialité et le digital, entre l’introspection et la fête, la pause et l’action. L’un n’excluant pas l’autre, avec détermination et délectation, elle infuse la saison.

Le digital, libre de frontières concrètes et prince de l’immédiateté, connecte et initie de fabuleux contacts entre les êtres et les cultures. Il crée des liens de toute autre nature que dans la vie (dite) réelle et matérielle.
Bien plus qu’un simple et pâle filtre de la réalité, le digital invente, multiplie et accélère les possibilités d’échanges et de rencontres inédites.
Fascinant et séducteur, son territoire numérique offre des mondes rêvés et des paradis artificiels, comme autant de fuites ou de distractions. Il offre des respirations fantastiques au présent, dans lesquelles on s’évade et on s’oublie, comme au prochain niveau d’un jeu vidéo.
Avec des avatars plus facilement changeables qu’une garde-robe, les personnalités se réinventent, les looks sont mouvants et évolutifs à souhait, en filtres instantanés et muables à l’infini.
Des créations digitales d’univers et de vêtements fabuleux assument toutes les audaces stylistiques et soulignent la force de l’imaginaire actif, que le réel a souvent du mal à concrétiser.

Face à ce merveilleux, la tentation de notre présent pourrait inciter à y opposer la réalité, moins criarde et moins extravagante. Mais le virtuel la souligne sous un angle jamais autant exalté, il s’affiche en allié pour renforcer les relations concrètes, la beauté du tangible, visualiser le minuscule et sublimer l’émotion du réel.

Nulle querelle à conspirer, nulle dichotomie à créer, le monde de la mode s’active contre l’uniformisation et s’engage aujourd’hui plus que jamais pour l’hybridation.
Les outils se perfectionnent pour créer des troubles entre réalité et imaginaires. Les processus industriels s’affinent dans la justesse des fusions pour générer des faux semblants créatifs, des matériaux et couleurs subtils et majestueux pour nos quotidiens créatifs ou consommateurs.

Désormais, le passé et les savoir-faire ancestraux côtoient les technologies de pointe et jouent de nouvelles complémentarités aimables. L’image n’est plus en conflit avec le toucher, elle vient soutenir, appuyer et révéler. Elle multiplie les possibilités, améliore la vision globale de l’ensemble, et apporte aux produits et procédés une compréhension nouvelle.

Maitrise des logiciels et techniques « manuelles » continuent à s’unir pour permettre de se projeter vers des réalisations concrètes. Les techniques de tissage, maille ou broderie, s’allient aux développements des formes. Les patrons sont programmés, les prototypes visualisés, les rendus matériels et concrets durablement éco conçus sont visuellement anticipés.

En amont, la fusion de la technologie avec la nature donne naissance à de nouvelles générations de matières hybrides. Des matériaux composites naturels/synthétiques, aussi performants et durables que des matériaux conventionnels, inventent d’incroyables relations avec le temps et donnent au recyclage une notion de perpétuel renouvellement, sans perdre ni en qualité, ni en esthétique.

L’ambivalence positive s’invite dans l’automne hiver 21-22 avec une attention ferme de valoriser la fantastique coexistence de la lumière et de la matière. Elle s’engage sur des positions claires où digital et matérialité s’unissent dans la réalité avec audace, créent de véritables complémentarités où les matières, les fils, les structures, les ennoblissements, les images, les mots et les sons ouvrent un mouvement fondateur vers un futur bienveillant.