Yiqing Yin, designer de mode

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Depuis le lancement de sa griffe en 2010, Yiqing Yin réinvente avec art l’anatomie du vêtement. Ses collections de prêt-à-porter et de haute couture proposent chaque saison une construction détaillée de la garde-robe féminine qui s’appuie tout particulièrement sur les prouesses techniques du plissage ou de la broderie. La jeune créatrice, arrivée en France à l’âge de quatre ans, est, depuis 2012, membre invitée du calendrier des défilés parisiens de la Fédération française de la couture.
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Vous avez réalisé un projet présenté en 2013 à la Biennale d’Art contemporain de Venise sur la base d’un tissu Amaike, exposant rencontré sur l’espace Maison d’Exceptions. Comment cette pièce est-elle née ?
Dans le cadre des Biennales, le Pavillon de Venise présente généralement des projets liés à l’artisanat local et aux savoir-faire traditionnels. J’ai été invitée par la ville à visiter les ateliers d’artisans-tisseurs qui produisent encore aujourd’hui des étoffes sur des métiers à bras, comme des velours rasés au sabre ou des brocards qui se tissent très lentement : il faut une journée de travail pour réaliser une laie d’environ 10 cm ! J’ai pris chez eux du fil de soie pré-enroulé sur des bobines que j’ai utilisé pour faire la broderie en points nœuds sur une base de tissu Amaike d’un poids de 5 grammes au m2.
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Lorsque l’on regarde vos collections, une grande partie de votre inspiration semble s’appuyer sur la technique : broderies, plissages, etc. Quelle place la technique occupe-t-elle dans votre manière de créer ?
La technique traditionnelle m’inspire, mais j’essaie toujours de pousser pour en faire quelque chose d’autre. Pour le projet vénitien, la broderie a été réalisée dans nos ateliers, nous avons construit tout spécialement un cadre à broder de trois mètres de long et ce travail a nécessité deux semaines. La technique de broderie que j’ai choisie est celle du point nœud, mais au lieu de couper les fils, nous les avons laissés longs, enroulés sur les bobines, pour donner l’effet d’une broderie en trois dimensions. Ce qui est intéressant, c’est justement le contraste entre le poids de la broderie, qui plombait le personnage, et la légèreté du tissu Amaike qui flottait dans les airs et produisait un effet très fantomatique. Une fois l’installation mise en place, nous avons déroulé les bobines jusqu’au sol pour créer un parcours depuis l’entrée du Pavillon.
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Quel est votre rapport aux savoir-faire traditionnels chinois, votre culture d’origine ?
C’est très dur de faire appel aux techniques traditionnelles chinoises car il n’y a pas de structures. Les productions ne sont pas organisées et je connais des artisans qui travaillent dans la rue et vendent leurs produits sur les marchés. Ils travaillent, le métal, les bijoux, l’argent… et sont souvent isolés. Il n’y a pas de fédérations pour les encadrer ou les aider à se développer. C’est difficile de communiquer avec eux, et souvent ils ne sont pas dans les grandes villes, il faut par exemple aller les chercher au fin fond du Yunnan. J’ai des échantillons de broderies extraordinaires que j’ai trouvés dans de vieux ateliers en allant dans les montagnes. Les fils de soie utilisés sont extrêmement fins et la qualité d’exécution est remarquable. Mais la possibilité de lancer des productions est réduite, il faudrait pouvoir organiser des workshops sur place mais c’est très difficile à imaginer avec les moyens d’une petite structure comme la nôtre. Je crois qu’Hermès, avec Shang Xia, fait un travail de fond en Chine pour organiser ainsi des productions mais même pour eux, c’est très compliqué.
www.yiqingyin.com

Portrait de Yiqing Yin par Alexandra Utzmann