What ? Wattwash !

Rebelle et hors des sentiers battus, Marithé+François Girbaud est une marque qui fait parler d’elle aujourd’hui en tant que militante du traitement laser appliqué au jean dont elle a été pionnière dès 2003. Le Wattwash remplace l’utilisation d’eau et de produits chimiques dans le délavement des jeans, procédés qui avait lui-même été industrialisé par Marithé et François Girbaud dans les années 1970 (le désormais célèbre Stonewash).
Retour sur le passé
Dès 1968, leurs expérimentations pour user et vieillir artificiellement le jean sont remarquées : essais artisanaux dans les laveries automatiques de Saint-Germain-des-Prés, puis manipulations plus industrielles à la blanchisserie de Saint-Jean.
Ils achètent bruts les jeans Wrangler pour les revendre débarrassés de leurs raides apprêts. Le jean ainsi pré-usé se met alors à la portée de tous, « prêt-à-porter » au sens propre du terme. Le délavage, véritable valeur ajoutée, marque le point de départ d’une nouvelle mode.
Dans la seconde moitié des années 1970, ce n’est qu’auprès d’un industriel italien qu’ils trouvent une réponse à l’échelle mondiale. L’innovation majeure du délavage mécanique avec des pierres volcaniques de l’Ile Lipari est rendue célèbre par le nom Stone washed (lavé à la pierre). Le 29 juin 1972, La Dépêche du Midi publie leurs facétieuses « Instructions de délavage pour le jean : le passé c’est l’avenir ».
Largement copiés dans le monde entier, considérés comme les « Papes du jean » pour avoir transformé la coupe du traditionnel 5 poches, Marithé et François Girbaud n’ont eu de cesse de contester le jean américain, d’inventer un autre jean. Autrement dit, de laver le jean des ses idées !
Retour sur le futur
« Acheter un jean est un acte politique » déclame François Girbaud.
En effet, la technologie s’impose aujourd’hui avec la nécessité d’une conscience environnementale et éthique pour aller vers une efficacité optimale. Sauvegarder les matières premières vitales comme l’eau, « nouvel or bleu », pour les générations futures, devient un devoir.
L’autre jean a commencé par être un jean qui n’était pas américain, un jean urbain qui changeait l’attitude avec les poches en X. L’inconscience des années 1970 a permis toutes les expériences sur les traitements sans aucun souci environnemental.
Les excès, jusqu’au permanganate, ont fait réagir Marithé et François Girbaud en 1989 qui se sont détournés des traitements invasifs pour se consacrer aux formes et aux volumes. Cette métamorphose fut le début de l’engineered jean.
Dès le début des années 2000, ils se sont consacrés à la recherche de traitements alternatifs avec la morsure du denim par l’utilisation de la lumière puis de l’ozone. Aujourd’hui, cet autre jean est un jean « propre » qui conserverait son aspect vintage.
Comme ils ont observé la rue depuis toujours, comme ils ont rêvé d’une usine nouvelle dans les années 1990, l’outil industriel permet de produire aujourd’hui un autre jean, et ce afin de pouvoir regarder le consommateur qui porte le jean ou l’ouvrier qui travaille le pantalon avec empathie.
Le WattwashTM (morsure au laser) est un procédé 97,5 % waterfree. 5 litres d’eau sont utilisés avec ce traitement alors qu’il en faut en moyenne 120 litres pour traiter un jean de base. La brûlure maîtrisée grave précisément la surface de la toile pour une multiplicité d’effets d’usure, de motifs ou de reliefs.
L’Ozone est un traitement 70 % waterless. Ce traitement atmosphérique, mélange oxygène + ozone pour un « lavage » éthique, efficace et écologique qui assouplit et patine le vêtement sans eau ni produits chimiques. Une saine révolution qui accompagne l’effet d’usure. La combinaison de ces deux traitements permet aujourd’hui un traitement du denim sans eau. De la pierre à la lumière… Le produit fini n’est pas seulement une Evolution, c’est une Révolution.
Pendant la Biennale Internationale Design Saint-Etienne qui vient de se clôturer le 31 mars, le visiteur pouvait expérimenter la « propre » gravure de son jean.
A travers cette expérience spectaculaire, il était surtout question de sensibiliser le consommateur sur un vêtement qui lui est si familier, apparemment banal mais pas anodin.
www.lautrejean.blogspot.fr
Monographie « De la pierre à la lumière », éditions de La Martinière, 2012