Mythologies textiles : la toile de Pénélope

Pénélope, fille d’Icarios, est d’une telle beauté que plusieurs princes grecs la réclament comme épouse. Son père, désireux d’éviter les potentiels combats que la grâce de sa fille pourrait occasionner, décide de réguler la compétition entre ses prétendants en organisant des jeux, dont le vainqueur emportera la main de sa fille. Mais l’heureux élu, Ulysse, prend vite part à la guerre de Troie et ne reviendra à Ithaque que deux décennies plus tard. Pendant cette longue absence, Pénélope lui est obstinément fidèle, malgré les présomptions de mort pesant sur son époux et la centaine de soupirants qui se pressent à ses pieds. Pour les éconduire, elle multiplie les ruses, dont la première et la plus célèbre consiste à s’atteler à la confection d’un grand voile officiellement destiné à envelopper le corps de son beau-père Laërte lorsqu’il viendra à mourir ; Pénélope annonce qu’elle ne pourra épouser quiconque tant qu’elle n’aura pas achevé le tissage de cette toile funèbre. Elle s’y attèle nuit et jour, la nuit pour démonter le travail effectué durant le jour ; ainsi, son ouvrage ne sera jamais terminé, et sa mystérieuse toile l’aidera à préserver sa fidélité pendant plus de trois ans.
Cette « toile de Pénélope » a donné son nom à une expression courante, désignant un ouvrage sur lequel on travaille sans relâche mais que l’on n’achève jamais.
John William Waterhouse (1849–1917), Pénélope et ses suivants, 1912, huile sur toile, 131×191cm