Mokuba, le ruban à la japonaise

Pour un Japonais, mokuba signifie cheval à bascule. Mais pour les grands couturiers, designers textiles ou passionnés de mode anonymes du monde entier, Mokuba évoque la haute rubanerie. Pénétrer l’antre merveilleux de ce marchand de matières colorées ou de couleurs texturées, c’est toucher intimement le luxe pour en adopter la délicatesse.
Le site internet est, pour ainsi dire, muet. Aussi, chevauchons ici le fascinant Mokuba…
Si le territoire du ruban a son centre en France, et plus précisément à Saint-Étienne, Mokuba fait figure d’exception dans le savoir-faire de cet artisanat industrialisé. Connu pour son admiration stéphanoise, le fabricant japonais y est accueilli comme un pair. En effet, le fondateur de la société, Shoichi Watanabe, alors qu’il est encore tout jeune homme, s’émerveille devant des rubans stéphanois découverts à Kyoto.
Particulièrement sensible à l’univers textile, ce fils de tsuzure ori, maître tisserand de obi (ceinture de soie pour kimono), crée en 1954, à peine âgé de 21 ans, sa première entreprise de création et de vente de rubans à Tokyo. Jusque la Seconde Guerre mondiale, Kyoto est un berceau de rubanerie et soierie ; mais c’est dans la région de Fukui que Shoichi Watanabe implante ces productions. Riche de cette première expérience, il fonde Mokuba en 1967. Formé de deux idéogrammes, 木 (moku) qui signifie arbre et 馬, (ba) qui signifie cheval, le nom de la marque (comme son logo) représente un jouet de bois, tel un hommage à l’enfance.
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En 1985, la fille du fondateur, Keiko Watanabe, assure la relève dans de nombreuses fonctions dont le style et le développement (elle introduit notamment la soie). Parallèlement Mokuba s’ouvre au monde : un magasin est inauguré à Toronto. Bien que New York se voit dotée du plus grand show-room en 2000, la scène française tient une place essentielle dans la renommée internationale. Alors que le Japon découvre le ruban dans les années 1880 et qu’il importe de France métiers à tisser et savoir-faire, Paris découvre Mokuba en 1990 ! L’engouement immédiat que rencontre ce ruban à la japonaise prouve surtout qu’il est universel.
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Plus de 50 000 références de rubans et galons et 6 000 dentelles constituent le patrimoine vivant de la marque qui augmente chaque année de quelque 2 000 nouveaux articles. Catalogues, carnets d’échantillons, présentoirs, devantures, vendeurs… tout y est parfaitement étudié. La réussite de Mokuba repose sur quatre solides piliers : une conception originale, une fabrication maîtrisée, une distribution efficace et une ressource quasi inépuisable.
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La promesse de la maison Mokuba est celle d’un luxe sobre. Sa particularité stylistique réside dans l’apparente simplicité de ses rubans. Dans une largeur de 1 mm à 10 cm, le motif décoratif ne trouve pas sa place. Et s’il en est, le décor figure dans la subtile lisière ou l’ondoyante moire. Le détail discret et retenu, comme le traitement de l’uni et du dégradé font sa force. C’est précisément dans le choix des tissages et des teintes que repose sa modernité. Les satins doubles-faces, gros-grains, organdis et velours sont des tours de force technologiques et le nuancier de coloris qui leur est associé relève de la prouesse poétique. Les dentelles sont tout autant parangons de technicité que poèmes. Et sur une bande de 30 cm tout au plus, les broderies magnifient les transparences, les camaïeux de blancs se marient aux noirs.
Fournisseur de matières premières nobles et marchand de couleurs, Mokuba assure la qualité irréprochable de ces textures et garantit la pérennité de ces tonalités. Les couleurs naissent et vivent… sans jamais s’éteindre.
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Mlle Watanabe met ainsi à disposition des sources d’inspiration et de créativité. Le raffinement de ce chef d’orchestre procède autant du surnaturel, de l’intuition et de la suggestion que d’une direction artistique solide. Son approche intuitive de la matière s’inscrit dans une dynamique humble et contrôlée du geste créateur. Son idée du luxe : le surpassement ou, dit autrement, être aussi parfait que possible.
La conception de coffrets destinés à une clientèle privilégiée est révélatrice de cette quête de perfection mais aussi du génie de communication. En effet, depuis l’ouverture de la boutique parisienne, Keiko Watanabe imagine un « défilé en boîte ». Ce petit colis est expédié à travers le monde à moins de 3 000 chanceux ; et cette « présentation de collection » est attendue deux fois l’an. Ainsi, elle sélectionne contenant et contenu. Avec le geste qui dit et le silence qui explique, elle transmet à son équipe l’art et la manière de nouer, plisser, plier, tresser, entrecroiser, enrouler… ces bandes d’étoffes plus ou moins étroites, légères et ductiles, mates ou brillantes, élastiques ou nerveuses, lisses ou granuleuses, moelleuses ou métalliques…
Recevoir ce présent, c’est accueillir un peu de son essence spirituelle. Elle parfait l’emballage et glisse un court message tel Illusoirement délicate pour un treillis de dentelle torchon sur un ciel de soie georgette… Message qui est une incitation à élire sa propre nouveauté parmi les 7 000 références données à voir au 18 de la rue Montmartre, une invite à éveiller notre inventivité ou simplement une invitation à la contemplation…