Le point d'Alençon

A Alençon, au cœur des forêts normandes, se perpétue depuis près de trois siècles une technique rare de dentelle à l’aiguille, donnant naissance à des pièces de textile ajouré d’une finesse inouïe.
Pour créer un petit centimètre carré de dentelle, plus de sept heures d’ouvrage sont nécessaires. Dix étapes se succèdent dans la réalisation de ces motifs reliés par un réseau extrêmement fin :
– le dessin technique, qui doit être effectué par une dentellière maîtrisant l’ensemble des étapes : celle-ci représente précisément les motifs et espaces ornementaux qui composeront la pièce de dentelle
– le piquage : report du dessin technique par perforation du dessin technique et d’un parchemin vert par une fine aiguille
– la trace : armature des étapes suivantes, elle fixe et définit les contours du motif de la pièce
– le réseau : spécificité du point d’Alençon, le réseau est l’arrière-plan de la dentelle ; il consiste en une boucle double, effectuée dans un sens, puis dans l’autre, et au final trois fois dans un ordre bien défini, pour renforcer la structure du point
– les remplis : opération délicate, le rempli est une précision des motifs au point bouclé, plus épais que dans l’étape qui le précède ; il en existe cinq variétés
– les modes : il en existe plus de vingt variétés, notamment le picot au crin de cheval, qui s’adaptent à la structure et à l’espace de l’ouvrage
– la brode, minutieux petit point de feston effectué sur tout le tracé de la dentelle, apporte du relief au motif
– le levage consiste à détacher délicatement la pièce de son support
– l’éboutage est le découpage un par un des petits fils résiduels de la trace à la pince à épiler
– et enfin le luchage, détail de finition finale, s’effectue par polissage des remplis à la pince de homard — qui a remplacé le croc de loup
Point d'Alençon, © Unesco-2
Sous l’impulsion de Napoléon 1er et des expositions universelles, la dentelle d’Alençon se développe mais la technique demeure inchangée ; à partir des années 1930, les religieuses de la Providence d’Alençon relancent et renouvellent cette tradition si spécifique. Et depuis 1976, sous l’égide du Mobilier National et avec le soutien de la Chambre de commerce d’Alençon, l’atelier conservatoire de dentelle d’Alençon, héritier de la Manufacture nationale du point de France fondée par Colbert en 1665, a pour mission de pérenniser ce savoir-faire si particulier.
VUE-DE-L-ATELIER-3-©-Unesco
Les productions de dentelles, destinées pour la plupart à l’ornementation civile et religieuse, se trouvent bien à leur aise au Musée des Beaux Arts et de la Dentelle d’Alençon qui met en scène cette richesse culturelle inscrite depuis 2010 au Patrimoine Culturel de l’Unesco.
En septembre 2011, l’atelier conservatoire du Point d’Alençon a participé à Maison d’Exceptions, l’espace du salon Première Vision, dédié à la haute création.