Le brocart de l'ethnie Li

Ile de Hainan, Mer de Chine, au large du continent. Plus d’un million de Li peuplent cette île, égayant son paysage à la verdure tropicale des couleurs raffinées de leurs costumes traditionnels.
Car le costume, et sa fabrication, sont l’étai des coutumes culturelles de l’ethnie Li. Un précieux héritage qui se transmet de mère en fille, oralement – les Li possèdent leur propre langage, mais pas de système d’écriture.
Terre de coton, cette ressource naturelle de l’île a incité l’ethnie à développer le travail de cette matière première, du filage au tissage en passant par la teinture ou par des techniques uniques de broderie et d’ikat. Ce qu’elle a fait avec un soin extrême, filant le coton brut à la main, élaborant des procédés complexes de teinture naturelle à partir de feuilles de plantes de montagne écrasées, concevant des machines à tisser originales permettant le dessin de centaines de motifs ; ou encore imaginant le « Warp Ikat », un jeu visuel entre les fils de chaine et de trame orchestré par les mains de l’artiste, et développant un savoir-faire unique donnant naissance à des broderies double face.
Depuis une trentaine d’années, de moins en moins de Li portent les étoffes traditionnelles, et encore moins sont capables de les réaliser. La transmission du savoir-faire de mère en fille se raréfie, les pratiques sont menacées d’extinction. Estimant qu’elles « sont des savoir-faire essentiels pour l’identité personnelle des femmes Li et pour l’identité culturelle du groupe ethnique des Li », l’Unesco les considère comme patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Ainsi, des formations ont été mises en place ; les femmes très âgées, mémoire vivante de ces techniques en voie de disparition, dispensent avec ferveur leur enseignement ; pour que les futures générations s’imprègnent de leur trésor empli de valeur symbolique, mais aussi esthétique.