L’art textile de l’île Taquile

Le Pérou est riche de sa longue tradition artistique de tissage qui remonte aux anciennes civilisations Inca, Pukara, et Colla. Aujourd’hui, même si peu de villages perpétuent cette tradition de tissage comme expression de la culture de la communauté ; l’île Taquile, posée en altitude sur le lac Titicaca, est de ceux-là.
Le tissage fait partie intégrante de la vie quotidienne des 2000 habitants de l’île. Femmes, hommes et enfants tissent leur histoire, chacun à leur manière, selon des codes à la portée symbolique puissante. Ainsi, les femmes mariées portent la jupe noire, tandis qu’avant de trouver un mari, elles endossent chacune pas moins de vingt-cinq jupes aux couleurs chatoyantes. Les femmes exercent leur art sur des métiers à tisser fixes, au sol ; elles y réalisent notamment, pour leur mari, des « chumpi », ceintures aux motifs extrêmement précis décorant toute la surface du tissu et exprimant l’histoire de la communauté, les traditions orales ancestrales, ou encore l’actualité des fêtes religieuses. Les hommes quant à eux tissent assis, sur un métier à pédale auquel ils sont maintenus par une gaine tissée des cheveux de leur femme, symbolisant l’unité et l’harmonie du couple. Outre leurs chemises et gilets, ils expriment toute leur créativité dans les « chullo », couvre-chefs à oreilles hauts en couleur et révélateurs de leur âge, leur statut marital, ou leur communauté.
Les métiers à tisser, fabriqués de leurs mains, trouvent leur origine chez leurs ancêtres. Leur utilisation ainsi que le travail des étoffes sont transmis aux enfants, de génération en génération, dès leur plus jeune âge. Le tissage Taquile, outre son intérêt esthétique et technique, est un véritable moyen d’expression culturelle de la communauté et de l’identité, et une trace pérenne de l’histoire des civilisations ; c’est pourquoi, l’Unesco s’est engagé pour la survie de cet art textile, monument culturel et tradition ancestrale.