L'art fabuleux du chiné à la branche

Le chiné à la branche est une technique d’impression textile historique datant du XVIIIe siècle, qui connut son apogée sous les règnes de Louis XV et Louis XVI, et fut un art notamment très prisé par Marie-Antoinette pour la fabrication de vêtements de cour et de tissus d’ameublement de luxe.
Procédé artisanal essentiellement pratiqué pour réaliser des taffetas de soie aux motifs floraux et aux aspects flous, comme peints à la main, il crée une étoffe inédite, qui allie à la fois les techniques d’impression, de tissage et de teinture. Cette combinaison de savoir-faire multiplie les possibilités et confère à chaque métrage de tissu l’unicité d’une œuvre d’art.
L’impression se fait en général sur une surface textile déjà tissée et consiste à reproduire des motifs à l’aide de différentes techniques, comme l’impression au cadre ou au rouleau. Mais l’impression peut aussi intervenir préalablement au tissage d’une étoffe.
Pour le chiné à la branche, seule une partie des fils de chaîne est teintée, il s’agit d’une impression dite « par réserve ». L’ensemble de la chaîne de l’étoffe, séparé en plusieurs paquets de fils dits « branches », est tendu sur un cadre ou sur le métier à tisser. Les fils sont alors partiellement ligaturés afin de préserver par endroits certaines surfaces de la teinture, avant d’être trempés dans des bains de couleur. Les paquets sont ensuite juxtaposés pour reconstituer l’intégralité de la chaîne et donner vie au dessin. En dernier lieu, le tissage s’effectue avec un fil de trame d’une seule couleur qui, majoritairement recouvert par les fils de chaîne beaucoup plus denses, sera peu visible. Les contours des motifs obtenus sont flous et irréguliers, ce qui confère à l’étoffe son style caractéristique.
On peut, suivant le même principe, tisser à l’aide d’une chaîne écrue et d’une trame fictive, puis lui appliquer localement de la couleur à l’aide de rouleaux. Seuls les fils de chaîne sont ensuite conservés, les fils de trame étant détissés une fois le travail d’impression terminé. L’étoffe ainsi préparée est alors retissée avec ses fils de trame définitifs, et il en résulte des motifs à effets flammés flous dans le sens vertical. Cette technique permet d’obtenir un dessin plus précis.
Pratiquée en Europe, la technique du chiné à la branche est une méthode dérivée de l’ikat, terme qui décrit à la fois une technique originaire d’Indonésie mais également l’étoffe issue de cette dernière. Cette technique consiste à peindre avant le tissage sur les fils de chaîne et/ou sur les fils de trame avec des réserves par nouages de fils, d’où le terme ikat qui signifie nouer, attacher en indonésien. Lors du tissage, les couleurs se juxtaposent pour créer des dessins uniques. Selon les mêmes principes, on peut trouver en Inde des patolas, étoffes utilisées dans la réalisation des saris dans le Gujarat au nord ouest de Bombay ; et au Japon des kasuris, qui sont des ikats de trame réalisés pour la teinture à l’indigo.
Avec l’industrialisation, le chiné à la branche – procédé artisanal lent et coûteux – a fini par disparaître pour laisser place à sa version plus industrielle : l’impression sur chaîne, encore aujourd’hui pratiquée en France par les soyeux lyonnais. Bien que les contours des motifs n’en demeurent pas moins imprécis, cette technique a pour avantage de simplifier le procédé de fabrication et d’être donc plus rentable. Elle est surtout utilisée dans le prêt à porter et l’ameublement de luxe : citons pour exemple la maison Bucol qui propose dans ses collections des taffetas de soie imprimés sur chaîne.
Dans un contexte actuel qui prône la redécouverte de savoir-faire anciens, la technique historique du chiné à la branche, au milieu de nos textiles contemporains, semble trouver un nouveau sens de par sa capacité à offrir des produits presque uniques, issus du croisement de l’industrie et de l’artisanat. En témoignent ces dernières saisons les nombreux motifs de sur-impression – dessins végétaux et effets optiques flous et diffus – inspirés de cette technique qui sont apparus dans les collections de tissus pour la mode ou l’ameublement.
Chine a la branche-1 Chine a la branche-2