«La dentelle offre de multiples possibilités créatives»

Pour fêter ses 10 ans, la Cité de la Dentelle et de la Mode de Calais a donné carte blanche au créateur belge Olivier Theyskens, avec l’exposition “Olivier Theyskens, In praesentia” jusqu’au 5 janvier 2020. L’occasion d’un dialogue érudit entre les époques et la célébration d’un savoir-faire d’exception qui mérite toute sa place dans la création contemporaine.

Comment avez-vous conçu l’exposition In praesentia ?

Mon parcours de mode a fait l’objet d’une rétrospective au MoMu d’Anvers en 2017. Pour ce nouvel événement, j’ai choisi une approche moins chronologique et plus intuitive, sous forme de thématiques. J’ai utilisé la dentelle dès mes débuts, en reprenant des motifs antiques pour des pièces uniques. J’y suis revenu en rééditant les dentelles iconiques de la maison Rochas datant des années 40. En plongeant dans les archives, j’ai découvert que de nombreux modèles anciens entraient en résonnance avec mes propres créations, notamment par leur approche technique. J’ai alors choisi de travailler sur ce dialogue entre les époques, en collaborant très étroitement avec Lydia Kamitsis, commissaire de l’exposition.

 

© Claessens & Deschamps

Vous invitez donc le visiteur à un jeu de correspondances ?

Oui, et celui-ci vient souligner un fait souvent oublié, il existe des invariants dans la mode. Tout créateur qui utilise la matière textile reproduit ce que d’autres ont fait dans le passé. Et ce n’est finalement pas très surprenant car il se confronte aux mêmes problématiques -l’usage du biais, de la coupe, des couleurs… Le constat n’est pas anodin car il signe l’appartenance à un métier. Pour en attester, nous avons mis en lumière les liens entre différentes pièces, souvent anonymes. Un vestiaire de dame des années 1870 et des robes des années 1930 ; un manteau d’allure victorienne et un modèle des années 2000.

Qu’avez-vous ressenti en découvrant les archives du musée ?

J’ai été très touché par le travail de la couture. Une robe est une robe, quelle que soit l’époque et il est intéressant d’observer la façon dont elle a été coupée, confectionnée. Ces choix témoignent de l’imagination des couturiers qui les ont réalisés. Il y a là quelque chose de très humain, une histoire un peu mystérieuse qui nourrit la création d’aujourd’hui.

Comment voyez-vous l’avenir de ce savoir-faire artisanal ?

L’un des charmes, et l’une des turpitudes du métier de dentelier, c’est sa grande exigence technique. Pour cette raison, le secteur ne peut éditer des nouveautés au même rythme que d’autres industries textiles. Il a néanmoins franchi de grandes étapes dans l’optimisation de son rendement pour prendre part à la création contemporaine, via deux approches. La première est le domaine du sport, avec le tulle qui entre dans la fabrication de nombreux vêtements techniques. La seconde est l’univers du luxe mais celui-ci impose une modernisation de la production avec de nouvelles recherches, notamment autour des fibres naturelles ou recyclées. L’univers de la dentelle doit se rapprocher de celui des créateurs pour renouveler son approche esthétique mais il existe dans ce domaine d’infinies possibilités.

Quelle place peut prendre la dentelle dans la création contemporaine?

J’ai passé beaucoup de temps dans les archives et découvert une diversité formelle incroyable. Les années 20/30 ont accordé un grand intérêt à la dentelle, avec une exploration créative qui a permis l’émergence de nouveaux motifs, graphiques ou abstraits et l’avènement de nouveaux mélanges, de dessins, de couleurs, de fibres. C’est cette effervescence qu’il faut réinventer.

Pour en savoir plus sur les secrets de La Dentelle de Calais-Caudry®, visitez sur le salon l’exposition « Le langage de la Dentelle Leavers » à l’entrée de Maison d’Exceptions (Hall 6, nouveau lieu).
Partez aussi à la rencontre des manufactures françaises de dentelle Leavers, Hall 5 : Beauvillain Davoine, Darquer, Dentelles André Laude, Dentelles Méry, Desseilles, Jean Bracq, Noyon Dentelles, Riechers Marescot, Solstiss et Sophie Hallette.