Gaspard Grégoire : le secret d’un teint velouté

Gaspard Grégoire (1751-1846) est issu d’une famille de marchands de soie d’Aix-en-Provence. Il est l’inventeur des velours de soie peints réalisés selon une technique très particulière qu’il développa à Paris avant de tomber en disgrâce suite à sa difficulté de réaliser des œuvres d’importantes dimensions – condition en effet incompatible avec la réussite de son procédé unique et inégalé. Il ne s’agit en effet ni d’un chiné puisqu’une infinité de teintes sont nécessaires, ni d’une tire puisque l’envers présente les mêmes couleurs, ni d’une simple peinture ou impression sur étoffe finie. Le velours Grégoire est le fruit d’une double maîtrise, celle de la mécanique du métier à tisser et celle du métier de peintre pour reproduire si parfaitement ses sujets.
Le velours de soie présente comme particularité d’associer deux chaînes, l’une dite « toile » et l’autre dite « poil », à une trame. La chaîne « poil » est bien plus longue que la « toile » puisqu’elle vient se replier sur une série de fers rainurés formant autant de bouclettes, sectionnées en dernier lieu par l’ouvrier à l’aide d’un rabot de manière à révéler cet essaim d’aigrettes soyeuses. Gaspard Grégoire travailla toute sa vie à produire des velours à la chaîne « poil » teinte, calculant son coefficient de déformation et l’écart nécessaire entre les deux chaînes de manière à créer un réseau assez dense pour permettre la bonne tenue du tissu dans son ensemble. L’impossible application industrielle de son invention retarda les hommages qu’il reçu à la fin de sa vie.

Son acharnement et son talent ont malheureusement fini par lui dicter la destruction de ses papiers quelques jours avant sa mort, quittant ainsi ce monde sans héritier spirituel. Seuls ses opuscules traitant de sa théorie des couleurs, avant même que Chevreul ne s’intéresse à la question, nous sont parvenus faisant état de quelques 1350 teintes graduées composées de couleurs primitives et secondaires. Nombre de ses miniatures sont quant à elles conservées dans les musées et un exemplaire, portrait de Marie-Antoinette, a notamment été présenté à Paris en 2011, au Musée des arts décoratifs, dans le cadre de l’exposition Trompe-l’œil.