Aurélie Mathigot, fibre d’artiste

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Into the Wild, 2011, 146×97 cm
Rencontre avec Aurélie Mathigot, artiste plasticienne dont le travail textile est aujourd’hui exposé dans les plus grandes galeries et institutions. Naviguant entre les techniques – dessin, tricot, crochet, tapis, tapisserie – l’artiste est attachée aux savoir-faire des artisans dont elle s’entoure, aux quatre coins du monde. L’artiste nous parle ici de son travail avec Parsua, la maison d’édition de tapis contemporains de la Galerie Chevalier.
Comment s’articulent les photos brodées et les objets dans votre travail ? Comment s’est construit le cheminement de la représentation à la production d’objets ?
Lors de mon exposition Into the Wild à la Galerie Chevalier en 2012, je suis sortie en pleine campagne avec des tapisseries, que j’ai photographiées allongée dans l’herbe. Je voulais observer la tapisserie de l’extérieur, la nature qui regarde la nature. En 2014, il s’agissait de rentrer dans la tapisserie, de zoomer dedans, de devenir tapisserie. Mes photographies sont toujours rebrodées, perlées et crochetées par endroits, mettant en exergue l’essence même du tissage.
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Tapi dans l’ombre d’un grand chêne, je prends le soleil, photographie imprimée sur toile, broderie de fils et broderie de perles de verre et perles anciennes, 92 x 65 cm
Quelle est votre formation ? Comment choisissez-vous vos sujets ? Y a t-il une volonté de créer un décalage entre une technique traditionnelle et des sujets plus triviaux/contemporains ?
Je viens de la photo et de la vidéo, et je me suis posée la question d’un médium qui pouvait être fait et défait à l’infini. Le médium textile s’est alors imposé, la broderie pour ses aplats, le crochet pour ses volumes. Le thème de l’alimentation est important chez moi, l’idée du trompe-l’œil, du faux semblant ou ressemblant, entre désuet et humour contemporain. On ne mange pas la représentation de ce que l’on connait. D’où les rôtis en crochet, par exemple.
Comment s’est organisée la production d’un tapis à partir d’un de vos cartons ?
Pour l’exposition Des fils, des histoires, des histoires qui défilent en 2014, la Galerie Chevalier m’a passé commande d’un dessin pour un tapis. C’est très enthousiasmant de voir sa création adaptée à un nouveau média. Pour cette production, la galerie a sélectionné des artisans en Iran qui ont travaillé avec des laines de la vallée de Chiraz, d’une qualité incroyable.
Ce travail a réactivé une pratique artistique qui m’est très ancienne, le dessin en noir et blanc. Le dessin papier devient ici textile, tapis et tapisserie. Il s’agit d’une vraie rencontre de matière, de délicatesse et de qualité, grâce à Parsua, la maison d’édition de la Galerie Chevalier.
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Justement, comment s’est organisé le travail avec cette maison d’édition ? Que vous apporte ce nouveau mode de production « slow made » ?
Je vais citer la définition qu’en donne le Mobilier national : « Le slow made est un mouvement, une attitude, un état d’esprit avant tout, en s’attachant à valoriser le temps juste, qui est sa valeur fondamentale, son ADN. » Tout est dit !
Les valeurs green des tapis d’édition Parsua pour la Galerie Chevalier relèvent d’une nécessité intrinsèque à la réalisation de ces tapis qui sont confectionnés dans les mêmes conditions que les tapis persans du 17e siècle : avec des laines filées à la main, des tentures 100 % végétales et naturelles, un nouage à la main, une patine au soleil et à l’eau.
Il s’agit de réaliser les antiquités de demain. Une conception pensée pour être intemporelle, de qualité, faite dans les règles de l’art et qui dure dans le temps ! Des valeurs et des conceptions à contre-courant de notre société de surconsommation.
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Aurélie Mathigot by Parsua, tapis noué main, laine filée main, teintures naturelles, 2014, 3 x 2 m
Faire appel à des savoir-faire ancestraux, est-ce un engagement ou une nécessité de production ? Comment choisissez-vous les artisans et les matières premières avec lesquels vous travaillez ?
Les techniques qui nécessitent du savoir-faire et du temps, l’observation du quotidien, la rencontre avec des artisans très spécialisés et la transmission sont des notions qui me touchent particulièrement. Je développe deux types de collaborations : soit la rencontre avec un artisan qui détient un savoir-faire particulier (tapis, tapisserie, maroquinerie, mobilier, céramique, etc.), soit des œuvres participatives. Celles-ci prennent la forme d’une invitation à réaliser une pièce à plusieurs dans un cadre défini avec une règle du jeu précise.
J’ai notamment travaillé avec des institutions telles que Le Phénix, scène nationale de Valenciennes, le Centre Georges Pompidou, le MAC VAL, mais aussi une maison de retraite, un lycée agricole. Actuellement je collabore avec la marque Comme des garçons sur la maroquinerie, avec Astier de Villatte, un projet avec la maison d’édition Moustache, un projet au Japon avec la marque de papeterie Papier Tigre et la marque japonaise Franky Grow.
www.aureliemathigot.com
www.galerie-chevalier.com/artistes/aurelie-mathigot