La crise du Covid-19 en France : Un révélateur

Gildas Minvielle, Directeur de la Chaire Première Vision – Institut Français de la Mode, analyse pour nous l’impact inédit de la crise sanitaire sur le secteur en France :

La crise sanitaire que nous sommes en train de vivre a impacté de manière inédite l’économie de la mode en France. La fermeture des magasins pendant la période de confinement devrait occasionner, dans le meilleur des cas, une chute des ventes d’environ 20 % en moyenne sur l’ensemble de l’année 2020, soit davantage que le recul observé entre 2007 et 2019. La réouverture des magasins ne devrait permettre qu’une reprise progressive de l’activité commerciale tant les perspectives d’évolution de la pandémie demeurent incertaines.

Au-delà de l’impact considérable sur l’activité du secteur, la crise a mis l’accent sur certaines faiblesses ou excès de notre mode de fonctionnement. En ce sens cet épisode a constitué un révélateur ; il devrait nous inciter à nous mobiliser pour que le « jour d’après » soit l’occasion de bâtir un nouvel éco-système.

En premier lieu, le confinement a montré sous un jour nouveau que les inégalités restaient importantes en France. Les conditions de logement ont rendu difficile le confinement pour une partie des Français. De plus, de nombreux salariés qui ne pouvaient télétravailler ont continué à prendre des risques dans les transports en commun. Sans oublier qu’une partie de la population a subi une diminution de ses revenus à la suite du chômage partiel notamment. Ainsi, au moment du « retour à la normale », le critère prix restera déterminant dans la décision d’achat d’une partie des consommateurs.

La crise que nous traversons a également révélé les excès de la mondialisation. La pénurie de masques, a montré tout l’intérêt de conserver un outil industriel en France. Le made in France a prouvé, s’il en était encore besoin, qu’il avait un rôle à jouer dans l’éco-système de la mode d’aujourd’hui. Il s’agit en outre du made in France dans son acception la plus large, puisque l’épisode des masques a révélé l’importance de la disponibilité de la matière et des tissus pour permettre une réaction rapide face au risque de pénurie.

L’épisode du Covid-19 a par ailleurs mis l’accent sur le fait que le mode de fonctionnement de notre économie exerçait un impact négatif sur l’environnement. Certes, ce phénomène est bien connu mais les effets positifs du confinement sur la qualité de l’air ont constitué le symbole d’une prise de conscience collective. Nous devrons veiller à ce que les enjeux de l’éco-responsabilité soient plus que jamais au cœur des exigences au moment de la sortie de crise.

Si la pandémie a révélé certains aspects négatifs, elle a aussi mis en lumière des éléments positifs. La montée en puissance attendue des ventes en ligne, la plus grande utilisation des réseaux sociaux ou les nouvelles formes d’organisation du travail d’une partie de la population ont montré que l’économie était prête à accélérer sa digitalisation. Cette transformation pourrait permettre d’éviter certains déplacements inutiles grâce au développement des visio-conférences et, plus fondamentalement, pourrait être une source d’amélioration de notre productivité.

Terminons par un autre point positif qui est celui du formidable élan dont ont fait preuve tous les acteurs de la mode et du textile en se mobilisant pour fabriquer des masques indispensables pour endiguer la propagation du virus. Ce mouvement a montré qu’une plus grande solidarité était possible et qu’elle permettait d’accomplir ce qui semblait impossible il y a seulement quelques mois : il faudra s’en souvenir le moment venu pour que « le jour d’après » ne ressemble pas à hier.

Trois scénarios sont possibles pour l’évolution des chiffres d’affaires habillement et textile des distributeurs sur l’ensemble de l’année 2020. Scénario optimiste de- 17 % avec un retour à la normale de la consommation d’ici la fin de l’année. Scénario médian de – 20 % le plus vraisemblable selon l’IFM avec un retour à la consommation progressif. Scénario pessimiste : – 25 % ce serait le résultat d’une véritable rupture dans la tendance du marché avec une consommation en forte baisse. Les incertitudes sont nombreuses tant sur la durée de la crise que sur la possibilité d’un “retour à la normale”. On ne peut exclure aujourd’hui un changement dans le comportement des consommateurs.

Découvrez prochainement de nouveaux témoignages d’experts du secteur, pour un éclairage économique et social sur la mode d’aujourd’hui et de demain…