Transparence : un concept « à la Mode » ?

La transparence est devenue un terme incontournable dans le secteur de la mode lorsque l’on évoque le développement durable, et tout spécialement pour les industries du cuir.

Si l’on reprend la définition du concept de transparence: « Parfaite accessibilité de l’information (Larousse) », on voit bien que la tâche est vaste. En outre elle recouvre des notions en pleine évolution du fait de la mise en cause des marques par les consommateurs, induisant une demande d’information toujours plus large sur les matières utilisées.

© Tanneries Roux

Etiquetage des produits

Rappelons qu’en matière de transparence, la première information « accessible » communiquée au client et relative à la matière est, « l’étiquetage de composition ». Cette information qui peut être considérée comme assez basique permet pourtant au consommateur de connaitre la nature, mais aussi la quantité de matières premières utilisées dans la fabrication de l’article. Ce premier niveau d’information joue encore un rôle important pour le consommateur au moment d’évaluer le rapport qualité / prix de son achat, ainsi il jugera différemment un article 100% cuir par rapport à un article comprenant du cuir et du synthétique.

Cette information est d’ailleurs obligatoire et réglementée et le consommateur est protégé, puisque pour la commercialisation d’articles finis sur le territoire français, les distributeurs ont une responsabilité juridique vis-à-vis du respect des règles de l’étiquetage. Deux décrets concernent particulièrement les articles chaussant d’une part, et tout produit contenant du cuir ou des matériaux similaires, hors chaussure, d’autre part (1).

Pour le commerçant, en cas de doute sur le produit qu’il commercialise, les solutions existent afin d’identifier les matières entrant dans la composition de chaussures, sacs, ceintures ou vêtements, afin d’éviter les erreurs d’étiquetage. Ainsi, pour le cuir des analyses histologiques permettent de distinguer bien sûr le faux du vrai, mais aussi d’identifier l’espèce animale, ou encore de nommer le matériau imitant l’aspect du cuir…

Cette étiquette reste la principale source d’information, il est important de l’utiliser avec la plus grande attention, il ne sert à rien de se lancer dans d’autres types de communication si cette donnée de base n’est pas maitrisée!

Evolution de l’étiquetage des produits: affichage environnemental

Pour autant il est clair que cette information nécessaire n’est plus suffisante aujourd’hui, on observe ainsi l’arrivée d’expériences, ou l’émergence de nouvelles réglementations, lesquelles étendent le champ des informations proposées au client.

Ainsi en France, la récente loi de l’économie circulaire fixe des règles, non obligatoires, relatives à « l’affichage environnemental » des produits et des services, dans les cinq secteurs pilotes : ameublement, textiles, hôtels, produits électroniques et produits alimentaires (2). Cette information va entrainer de fortes contraintes pour les entreprises pour la collecte des informations, mais la démarche semble incontournable. On peut en effet regarder ce qu’il se passe dans les secteurs alimentaire ou cosmétique, pour lesquels ce sont des applications «indépendantes » qui renseignent le consommateur sur les caractéristiques des composants et la qualité des produits !

Certaines entreprises l’ont compris et ont anticipé la démarche, ainsi « l’affichage environnemental » est en cours de déploiement par Décathlon ® pour son offre textile et pour la chaussure. L’information est matérialisée par un pictogramme spécifique apposé sur le produit et comporte une note attribuée aux articles en fonction de leur impact sur l’environnement, belle initiative.

Traçabilité et transparence de l’élevage au cuir fini

Au-delà de l’étiquette traditionnelle de composition, d’une part, et de l’affichage environnemental, d’autre part, le consommateur semble aspirer pour le cuir, à d’autres informations, encore plus complexes à obtenir.

En effet, les enjeux liés au bien-être animal par exemple, ou encore les interrogations liées à la déforestation nécessiteront la mise en œuvre d’outils de traçabilité afin de démontrer la provenance du cuir.

La difficulté réside dans le fait que cette traçabilité, de l’animal au produit fini, n’existe pas encore, c’est une faille pour le déploiement de plus de transparence…

Rappelons ce que signifie la traçabilité: « Possibilité de suivre un produit aux différents stades de sa production, de sa transformation et de sa commercialisation, notamment dans les filières alimentaires (Larousse)». Tout est dit dans cette définition qui met en évidence l’étendue de la tâche, il s’agit de « suivre un produit de la production à la commercialisation », sachant que pour le cuir la production commence à la ferme d’élevage…

L’élevage procède depuis longtemps à la traçabilité du bétail vivant et à l’identification des animaux, notamment pour la qualité sanitaire de la chaine alimentaire.

Dans certains pays il s’agit d’un marquage au fer à chaud sur la peau de l’animal : USA, Brésil, etc. Ce procédé est en diminution sensible car il présente deux inconvénients majeurs, il est douloureux pour l’animal, et selon l’emplacement du marquage, il génère des dégradations de la peau qui réduisent sa valeur car on retrouve le marquage sur le cuir fini rendant la zone marquée inexploitable.

En Europe, et notamment en France, la pratique la plus répandue est sans douleur pour l’animal, puisqu’il s’agit le plus souvent d’une étiquette apposée sur l’oreille. Son inconvénient majeur c’est que cette information disparait à l’abattoir, car elle n’est pas présente sur la peau brute, se pose donc le problème de la traçabilité et de la continuité de l’information.

Peu de solutions existent à ce jour pour tracer la peau des animaux, de la ferme jusqu’aux produits finis, mais des travaux prometteurs sont en cours.

Citons par exemple la société américaine, Applied DNA Sciences ®, qui permet grâce à l’application d’un ADN synthétique d’identifier la peau durant tout son parcours de production. L’ADN synthétique est préalablement apposé sur l’animal vivant, puis repris sur la peau brute, et enfin incorporé sur le cuir fini en tannerie. L’information peut ensuite être exploitée sur les lots de produits finis, chaussure, maroquinerie, etc.

Autre solution innovante, le centre de recherche français, CTC, a développé avec les professionnels du cuir un outil tout à fait opérationnel.

Cet outil permet de reprendre l’information d’identification de l’animal présente sur l’étiquette, puis de reporter les données en abattoir sur la peau brute grâce à un marquage au laser, judicieusement placé sur la peau pour ne pas altérer la qualité future du cuir. Le marquage est suffisamment résistant pour traverser sans encombre les diverses étapes du processus de tannage de la peau. Très prometteur.

Cet outil avait été dans un premier temps conçu pour améliorer le suivi des bonnes pratiques d’élevage dans le but d’améliorer la qualité de la peau, mais il est clair que cet outil pourrait aujourd’hui être utilisé également pour d’autres objectifs, notamment pour le suivi du bien-être animal.

On le voit la transparence est une notion largement utilisée, elle constitue aussi une exigence du consommateur. Pourtant elle n’est pas effective à ce jour, nous n’en sommes qu’aux premiers pas. Une certitude pourtant, si la transparence est un concept « à la mode », lorsqu’il sera mis en œuvre, ce sera aussi un concept « durable » !

Yves Morin

Consultant pour Première Vision Leather

(1)       Décret 96-477 relatif aux articles chaussants et le décret 2010-29 s’appliquant à tout produit contenant du cuir ou des matériaux similaires, hors chaussure

(2)       Loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte