“Le désir des femmes pour le soulier se multiplie et se démultiplie, toujours”

C’est l’un des chausseurs français les plus créatifs et les plus célèbres. A l’occasion de cette nouvelle édition de Première Vision Paris, Christian Louboutin nous dévoile son regard sur le monde de la chaussure et son évolution, du sacre du talon des années 90 au nouveau défi de traçabilité et d’éco-responsabilité.

Vous avez commencé à créer dans les années 80. Comment pensait-on alors la chaussure ?
A cette époque, les souliers n’étaient pas mal considérés mais je dois dire que cela intéressait assez peu de monde, en tout cas pas les marques de mode. Moi, c’était la seule chose qui me passionnait, et cela depuis l’adolescence. Le soulier était vraiment considéré comme un accessoire. C’est seulement à partir de la fin des années 90 qu’il est devenu un apanage à part entière du vestiaire féminin, et surtout l’expression de la force féminine.

Du talon de 12 centimètres au moins dans les années 2010 au règne des sneakers aujourd’hui, ce monde a connu de multiples bouleversements. Quels sont selon vous les plus notables ?

Selon moi, la révolution la plus importante a été le changement de statut dans la considération que les gens ont du talon. Quand j’ai commencé, les femmes portant des talons étaient essentiellement perçues comme des victimes de la mode ou des femmes entretenues qui pouvaient se percher sur des talons parce qu’elles ne travaillaient pas. À partir des années 90, le talon s’est affranchi de cette image pour devenir le symbole du pouvoir féminin. Une femme en talons était alors une personne qui assumait sa féminité, qui faisait attention à elle mais surtout une femme libre qui s’affirmait à l’aide d’un attribut uniquement féminin.

©René Habermacher

©René Habermacher

©José Castellar

©José Castellar

Le sacre de l’accessoire, et notamment de la chaussure, a également transformé la mode toute entière. Les maisons de mode ont également créé des lignes. Cela a-t-il transformé le travail du chausseur ?

Je considère que mon rôle a toujours été de dessiner des souliers ou, plus généralement, des objets qui ont à voir avec l’accessoire. Tout d’abord les souliers, puis les sacs, et une collection pour homme et enfin une ligne de beauté. Le fait que les maisons de mode commencent à s’intéresser aux souliers est intimement lié à une problématique business, ce qui est très respectable, mais moi je ne ferai jamais le chemin inverse. J’ai commencé avec les souliers, je continuerai avec les souliers et n’ai aucune volonté de lancer une maison de mode, c’est à dire de créer des vêtements. Mais je comprends tout à fait l’intérêt des maisons de mode pour le soulier. C’est un élément très visible, qui définit une silhouette, un genre, une certaine force.

Les désirs des femmes ont également beaucoup évolué. Quel rapport entretiennent-elles avec cet objet aujourd’hui ?

Un rapport assez charnel, très personnel et complètement différent de celui que les hommes entretiennent avec leurs souliers. Voir même son contraire. J’ai rencontré très peu de femmes dans ma carrière qui étaient fières de conserver les mêmes chaussures pendant 20 ou 30 ans. Elles en changent souvent et en sont plutôt contentes. Cela ne leur pose aucun problème. Les hommes, eux, ont un vrai plaisir à cirer leurs souliers chaque semaine, à les chérir, pour pouvoir les garder des années. Le désir qu’ont les femmes pour le soulier est un désir qui se multiple et se démultiplie, toujours.

Le rapport au cuir a également beaucoup changé. On se préoccupe désormais de plus en plus de traçabilité, d’éco-responsabilité. Comment cela a-t-il transformé votre travail ?

Le fait de travailler avec des peaux dont on connait la provenance a toujours été essentiel pour moi, et ce depuis le début de la Maison, c’est un gage de qualité. D’ailleurs, même après 28 ans (1991 : date de la création de la Maison Christian Louboutin), je collabore toujours avec les mêmes fournisseurs. Cela n’a donc pas drastiquement changé la manière dont je travaille. Mais d’un point de vue plus global, je vois d’un oeil très bénéfique la prise de conscience autour de l’importance prise par l’origine de fabrication des pièces de mode mais aussi de la façon dont elles sont faites. Cela induit un rapport moins superficiel des gens à ce qu’ils portent. Et cela, particulièrement chez les Millennials qui ne considèrent plus seulement le produit mais la personnalité et les valeurs des marques dans leur globalité.

Où achetez-vous vos cuirs ? Depuis combien de temps avez-vous ces fournisseurs ?

Je travaille depuis le début avec les mêmes tanneries, basées en France, en Italie et en Espagne. J’ai mis un certain temps à trouver ces fournisseurs, mais je leurs fais une confiance absolue tant dans la qualité de leurs peaux que de la provenance de celles-ci.

 

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