La traçabilité pour demain

Déterminante pour l’écologie de notre industrie et la qualité de sa production, la question de la traçabilité des peaux est de plus en plus cruciale pour les professionnels à tous les stades de la filière. Précédé d’une présentation de la politique de développement durable du groupe Kering par sa responsable Chiara Morelli, et suivi d’un argumentaire de John Graebing, directeur de Materials Deckers USA, sur les conséquences pour le consommateur, l’exposé des experts du CTC Cédric Vigier et Thierry Poncet lors de la dernière édition de Première Vision Leather fut riche d’enseignements. Et très rassurant sur ce défi de moins en moins utopique qu’est la traçabilité. Retour sur un temps fort d’un dernier opus prometteur.

 

Le double effet de la traçabilité

« La traçabilité permet de mener des actions correctives bénéfiques tant sous l’angle écologique que qualitatif » lance Cédric Vigier, en charge du projet Traçabilité au sein du département Innovation du CTC qu’il dirige. C’est dire à quel point cet objectif est aujourd’hui majeur pour les professionnels du cuir et des marques, soucieux de produire encore mieux. Les attentes des consommateurs en matière d’écologie sont maintenant une réalité incontournable qu’il convient de prendre en compte par des améliorations de la chaîne de production, à commencer par les méthodes et conditions d’élevage (déforestation, bien-être animal etc.) chez les éleveurs. La qualité des cuirs commence elle aussi dans les fermes où la vie des animaux détermine l’état de leurs peaux. Mais comment agir dans ces deux directions sans connaître l’origine de chaque peau ? « Il faut organiser une traçabilité unitaire (par peau, NDLR) qui peut résister aux contraintes mécaniques et chimiques du tannage, peu couteuse et peu chronophage, lisible à toutes les étapes du process de production du cuir » résume Cédric Vigier.

 

1 traçabilité-1

Marquage laser sur peau salée, côté poils

2 traçabilité Wet Blue-2

Code sur wet blue après tannage

Des étapes bien jalonnées

Obligatoire en Europe, la traçabilité de la viande est un bon point de départ pour la traçabilité de la peau. Chaque animal élevé en France est doté, par les services vétérinaires, d’un numéro unique à quatre chiffres précédé du code de l’éleveur (à quatre chiffres également) et des deux chiffres de son département de naissance. Inscrit sur une bague accrochée à l’oreille de la bête, ce matricule à dix chiffres peut être reporté, au moment de l’abattage, sur une étiquette en papier attachée au flanc. Une fois la peau séparée du corps de l’animal, ce numéro sera gravé au moyen d’une machine laser par ablation thermique. « Cette étape peut être réalisée à l’abattoir, chez le collecteur de peaux brutes ou chez le tanneur à réception des peaux. Il faut graver au collet, là où le numéro ne risque pas de gâcher la peau, et côté poils, sauf pour les ovins dont la laine est trop dense » précise le spécialiste. En tannerie, dès l’étape du wet blue, où apparaissent les premiers défauts, un système de lecture automatique enregistre les numéros dans une base de données. Aux différentes étapes du process, les opérateurs successifs peuvent donc mettre le numéro en correspondance avec les défauts au fur et à mesure de leur apparition. Et ces informations peuvent être remontées jusqu’à l’éleveur, en passant par les maillons intermédiaires (abatteurs et collecteurs), afin que tous agissent contre les causes (teigne, veines, clôtures, litière etc.) par des actions correctives. Le tanneur pourra vendre les peaux avec le numéro. Chez le transformateur, un système est actuellement en développement pour lui permettre de reporter ce numéro au dos de chaque pièce découpée sous la forme d’un code datamatrix gravé au laser ou imprimé. Avec ce code présent sur le produit fini, le maroquinier, chausseur ou confectionneur est à même de connaître tout l’itinéraire du cuir ayant servi à fabriquer son produit et donc d’indiquer au consommateur la provenance du cuir tout en l’assurant de son respect de l’environnement et de l’animal.

 

3 traçabilité-1

Prototype de lecture automatique du marquage sur wet blue

4 traçabilité

Identification du code et enregistrement en base de données par le tanneur

Une faisabilité accessible

A l’heure d’aujourd’hui, la traçabilité est réalisable pour les ovins, les gros bovins et le veau pour lequel l’investissement est rentable, au vu du prix des peaux. Les peaux exotiques sont actuellement à l’étude au CTC pour s’affranchir de la boucle porteuse du CITES et faciliter certaines étapes en tannerie. Pour le transformateur, maroquinier ou chausseur en particulier, l’investissement est modique, « de l’ordre de 10 000 euros » indique Cédric Vigier. Plus en amont, chez le tanneur, l’installation d’un lecteur de codes n’est pas non plus très onéreuse, « aux alentours de 15 000  euros » selon notre expert. Chez l’abatteur, en revanche, l’équipement pour étiqueter puis graver les peaux est plus conséquent et son coût oscillerait entre 100 et 150 000 euros. « L’édition des étiquettes papier et le marquage laser en abattoirs sont déjà opérationnels et en déploiement sur le territoire. La lecture optique est en cours de déploiement chez deux tanneurs…Nous sommes les seuls au monde, à l’heure actuelle, à proposer ce dispositif. Les gros abattoirs et tanneurs ne vont pas hésiter à s’équiper car c’est pour eux un plus incontestable » conclut l’ingénieur. Un plus qui profitera à tous, consommateurs, marques, tanneurs, éleveurs…et également aux animaux !

 

PREMIÈRE VISION LEATHER, Hall 3