Bilan produits PV Leather

L’offre du salon trouvait, une fois encore, le bon équilibre entre classiques incontournables et nouveautés rafraîchissantes. Stimulés par la créativité et l’exigence des marques de luxe, les tanneurs savent innover tout en maintenant le cap de la qualité. Et leur vision ne s’arrête pas à la saison à venir mais prévoit également leur évolution à moyen terme.

Incontestablement, le développement durable est aujourd’hui au cœur de leurs stratégies, qu’il consiste à améliorer l’éco-responsabilité de leur production et de leurs articles ou à diminuer leur impact sur l’environnement. Sans doute cette responsabilisation contribue-t-elle déjà à assagir quelque peu le marché. Pour autant, celui-ci reste tonique et démontre que les marques – de luxe en particulier – sont toujours attachées au cuir, à sa beauté et ses qualités uniques. Que Première Vision Leather s’efforce toujours d’exalter.

Classiques et bestsellers

Les classiques restent une base de travail essentielle pour les tanneurs et leurs clients. Mais, en fonction de son savoir-faire et son historique, chaque tannerie possède ses spécialités. Ainsi, chez les mégissiers, Soydan mise toujours sur son agneau plongé, bien nommé Elégance Plongé, aussi peu couvert que doux et sensuel. Dean (1) fait le même pari, pour le plus grand bonheur de ses clients. Russo di Casandrino séduit les marques de maroquinerie et chaussures avec son article Vendôme, souple, brillant, au toucher légèrement cireux. Richard trouve preneurs, parmi les maroquiniers, avec un agneau plus ferme, d’épaisseur 0,9 mm et couvert d’un finissage variable selon la demande. Et Didier Lieutard remporte toujours la mise avec son agneau lisse de tannage végétal. Du côté des agneaux lainés, le mérinos espagnol demeure la référence, « avec un poil lustré doux et aussi léger que possible » chez Gunduz Kurk (2), au côté d’autres incontournables comme le Lacaune, le Toscana et le Domestic UK, chez Yesiller Deri. Avec un traitement velours ou nappa plus ou moins lisse et uniforme côté chair. Qu’elle soit de finissage aniline, grainée et foulonnée, comme chez Peausserie Clément, ou plus discrète, avec un grain plus fin, comme chez Didier Lieutard, la chèvre fait bien des heureux. Avec son grand choix de films, San Martin (3) satisfait une large demande, que ce soit sur base chèvre…

… Ou base bovin, que le tanneur espagnol propose également. « Notre article avec la surface cisaillée est toujours plébiscité et fait désormais partie de nos bonnes ventes » ajoute son porte-parole sur le stand. La croute velours bovine, « légèrement huilée pour plus de profondeur », ne démérite pas non plus chez Sciarada Industria Conciaria. Quant au veau, c’est souple et métallisé qu’on le retrouve en tête des ventes chez Enterprise, avec un finissage plus ou moins conséquent, en différentes épaisseurs, chez Carisma (4) et de tannage mixte (tannage chrome, retannage végétal) et nourri chez Tanneries Haas. Sans l’ébruiter, le baby veau fait sa place dans les catalogues de plusieurs tanneurs, comme Masini – avec différents finissages – ou Carisma. Pour les crocodiles, la finition brillante naturelle et plutôt souple, comme l’article Millenium de La Patrie (5), reste un must pour la maroquinerie. Tandis qu’en python, les finissages mats sont les plus demandés, selon ce même spécialiste italien.

 Agneau plongé classique de Dean

 Agneau mérinos espagnol à poils de Gunduz Kurk

Chèvre laminée de San Martin

Veau pour maroquinerie de Carisma

Croco Millenium de La Patrie

Nouveautés

Jamais en reste pour stimuler l’imagination de leurs clients, les tanneurs proposaient moultes nouveautés cette session. Les Tanneries Haas ont ainsi « travaillé sur les touchers », avec des veaux aux finissages gommeux ou cirés, pour leurs clients maroquiniers, et créé un nouveau démasquable pour les chausseurs. Russo di Casandrino (6) a mis au point un veau brillant métallisé souple, légèrement verni, et un veau brillant « un peu vintage » mais au toucher naturel, tous deux très adaptés à la maroquinerie. Enterprise a présenté des articles en veau métallisés laminés liquides ou vernis ou nubuckés en demi-veau. De nouveaux embossages croco sur base veau ont fait leur apparition chez Conceria Samanta « pour la maroquinerie ». Masini (7) a sorti une série de veaux velours floqués de différents reliefs, qui jouent sur le mélange de rugosité et de douceur. Carisma (8) a proposé un veau nubucké déperlant fort judicieux. En bovin, l’embossage reptile était aussi en vedette chez San Martin (9) comme chez Peausserie Clément. Conceria Samanta (10) se démarquait avec un double motif par impression numérique puis par transfert. Et Sciarada Industria Conciaria (11) présentait des croutes velours imprimées au rouleau de divers décors.  

En agneau, Russo du Casandrino a doublé la mise avec un article brillant et souple et un autre au toucher rond plus sensuel. Soydan (12) a trouvé un procédé pour produire un agneau infroissable malgré sa finesse (0,3 mm), avec un finissage glissant. Dean a varié les plaisirs avec un nouveau grain caviar sur base agneau et des finissages craquelé, pailleté ou perlé. Curtidos Bassols (13) a développé un embossage imitation velours côtelé sur mouton avec finissage toucher doux et un nouveau mouton verni. Pour animer son offre de double face, Yesiller Deri (14) a décoré le côté poils avec un motif fauve par transfert ou opposé des finissages clairs côté chair à des teintures sombres côté poils. En chèvre, Masini a trouvé de nouveaux vernis et San Martin, de nouveaux velours et d’autres motifs laminés. Tandis que Didier Lieutard (15) s’est risqué avec un article très rustique, au grain long et marqué, vraiment original. Sur croco, La Patrie (16) a tenté de nouvelles métallisations à la main, et sur python, des impressions numériques différentes.

Veau métallisé souple de Russo di Casandrino

Veau velours floqué de Conceria Masini

Veau nubucké déperlant de Carisma

Bovin grain mécanique reptile de San Martin

Double impression par transfert et numérique sur bovin de Conceria Samanta

Croute velours imprimée de Sciarada Industria Conciaria

Agneau extra fin infroissable de Soydan

Mouton embossé façon velours côtelé de Curtidos Bassols

Agneau lainé imprimé par transfert côté poils de Yesiller Deri

 Chèvre rustique grain allongé de Didier Lieutard

Python imprimé numérique de La Patrie

Développements

Pour nombre d’exposants, le développement durable est un axe majeur d’évolution de leur offre. Curtidos Bassols – en mouton, San Martin – sur bovin, Richard – sur agneau, Masini et Tanneries Haas – sur veau, Sciarada Industria Conciaria et Russo di Casandrino font du metal free une priorité à court terme. La qualité est un autre thème récurent chez les exposants, comme Dean ou La Patrie qui dit vouloir proposer « moins d’articles, mais plus beaux ». L’amélioration du service est également au menu de ces entreprises qui, pour beaucoup, servent les maisons de luxe, si exigeantes.

Grâce à de nouvelles machines, San Martin veut développer l’embossage de ses articles bovins les moins qualitatifs. Enterprise veut pratiquer des laminages plus légers sur ses veaux et demi-veaux pour proposer aux chausseurs des matières résistantes à la lumière, sans risque de migration de couleur. Après vérification des disponibilités, Didier Lieutard veut se mettre au baby veau. Et pour profiter du retour de la culture de pastel dans sa région, le mégissier tarnais pense se lancer prochainement dans la production d’agneaux indigos. Soydan (17) veut pousser plus loin son incursion dans la maroquinerie avec des agneaux plus épais (1 mm), « sans trop de finissage mais très concentrés en teinture et bien résistants au frottement et à la déchirure ». En agneau retourné, Yesiller Deri veut encore améliorer la douceur de ses toisons pour le haut de gamme tout en tenant à disposition de marques plus modestes des versions plus rustiques et plus bouclées moins chères.

Agneau épais (1mm) pour maroquinerie de Soydan

Développement durable

Même s’ils suivent les réglementations nationales et européennes depuis de nombreuses années, les tanneurs de Première Vision Leather sont désormais clairement engagés dans des politiques de développement durable affirmées. Sous la pression des marques, ils ont tous entrepris une conversion progressive de leur activité vers une production plus « verte ». « La demande de cuir écologique est encore plus forte de la part des marques de maroquinerie que des marques de chaussures » constate Carles Blancafort de Curtidos Bassols.

Cette mutation commence par un sourcing des peaux le plus local possible. « Nous utilisons essentiellement du mouton espagnol » témoigne le mégissier catalan. « Nous nous approvisionnons en chèvres françaises » déclare à son tour Didier Lieutard. « Toutes nos peaux viennent d’Europe » renchérit Sema Ismail de Yesiller Deri. En plus d’un transport moins polluant, cette rationalisation du sourcing facilite la traçabilité des peaux. La filière veau est la plus avancée sur ce sujet et le marquage individuel des peaux devrait être opérationnel en 2020. Comme nous le confirment les Tanneries Haas, qui tablent même sur le début de l’année prochaine. « Nos fournisseurs de peaux sont tous certifiés Leather Working Group (LWG) » assurent de concert San Martin et La Patrie, ce qui garantit une certaine connaissance de leurs origines.

Parmi la batterie de certifications attestant la politique de développement durable des entreprises, celle de LWG est particulièrement appréciée des marques. Les tanneries Masure et Fortier Beaulieu viennent de l’obtenir, avec – s’il vous plait ! – la médaille d’or. La mégisserie Gunduz Kurk également. Pour les tanneries Haas, Opera, La Patrie ou San Martin, l’obtention du précieux sésame ne devrait pas tarder.

De nombreuses tanneries ont investi ces dernières années dans de nouvelles installations permettant de produire dans des conditions plus respectueuses de l’environnement. Il y a une dizaine d’années, la Mégisserie Richard a investi dans une usine flambant neuve qui lui permet aujourd’hui de diminuer son impact sur l’environnement. Même chose pour Carisma dont le nouvel outil de production est encore plus récent. Petit à petit, Dean est en train de renouveler toutes ses machines. Plus partiellement, Soydan vient d’acheter une nouvelle machine d’étirage qui n’emploie qu’une seule personne au lieu de quatre. San Martin s’est offert une nouvelle sécheuse moins énergivore. Russo di Casandrino a investi dans un co-générateur transformant le gaz en énergie. « Chaque fin d’année, nous faisons une opération totale de maintenance qui nous permet de produire plus propre » avance le représentant de Gunduz Kurk. « La mutualisation de la station d’épuration à Graulhet permet de profiter d’un système très performant » ajoute Didier Lieutard. « Pour l’eau, nous sommes déjà au top » se félicite notre interlocuteur des Tanneries Haas.

Beaucoup de tanneurs possèdent à présent plusieurs articles sans chrome ou sans métal lourd à leur catalogue. Citons, pour exemples, Masini – sur le veau, le demi-veau et même le baby veau, Carisma, Russo di Casandrino, Dean, Yesiller Deri, Soydan, Richard et Didier Lieutard qui est passé au tout végétal il y a quinze ans. Sciarada Industria Conciaria a lancé la gamme Re-suede de croute velours bovine tannée avec du chrome récupéré de tannages précédents. « Ces articles nécessitent aussi moins d’étapes de production, moins de produits chimiques et engendrent un moindre dégagement de CO² » précise le professionnel. « Nous sommes en train d’essayer de produire des articles métallisés ‘sans métal’ » confie le porte-parole d’Enterprise.

Mais la grande avancée qui marque cette édition est, sans conteste, le développement de cuir recyclé chez plusieurs industriels. On l’avait déjà repéré en février dernier sur le stand de Recycleather (18), qu’on a retrouvé cette session sur l’espace Smart Création et dans la zone Manufacturing. La jeune start up a mis au point un procédé de compactage de chutes de cuir broyées – qu’elle récupère d’une usine chinoise de fabrication de gants de jardinage – avec du caoutchouc naturel. A partir de ce mélange, elle fabrique des grands panneaux qu’elle enduit d’un finissage pour leur donner un aspect de cuir véritable. Sur le même principe, Timbrados Rubio sous-traite le recyclage de ses chutes de wet blue avec du caoutchouc à une entreprise partenaire qui lui livre ensuite des rouleaux enduits d’un finissage. La société coréenne Akto Planning procède de même pour produire un matériau similaire. Mais elle a également mis au point la fabrication d’un fil mêlant particules de cuir et polyester ou polyamide. La société taïwanaise Kotai Tannery (19) récupère la fine couche générée lors de la refente de cuir de porc pour la production de peau de chamois et la valorise en décor sur divers supports. Et la société espagnole Creacio Innovacio (20) projette des particules de cuir, également issues de chutes, sur une toile de coton précédemment encollée.

Panneaux de cuir recyclé de Recycleather

Décor de chutes de refente de cuir de porc par Kotai Tannery

Particules de cuir encollées sur toile de Creacio Innovacio

Débouchés et marchés

Des quatre principaux marchés des participants à Première Vision Leather, celui de la maroquinerie reste le plus attractif. Plusieurs de nos interlocuteurs, comme Peausserie Clément, Richard, Russo di Casandrino, Carisma, Didier Lieutard, le qualifient de « plus dynamique ». Même si, comme le note Dean, les cahiers des charges des clients y sont plus contraignants. Enterprise, qui ciblait avant plutôt la chaussure, y réalise maintenant la majorité de son chiffre d’affaires. Curtidos Bassols aimerait monter sa part à la moitié de ses recettes : « les clients y sont plus sensibles à la qualité, ce qui nous permet de mieux lutter contre la concurrence » explique Carles Blancafort. Même ambition chez Soydan, chez qui la maroquinerie représente 30 % de l’activité. « La demande y est toujours forte, mais ce n’est pas non plus l’euphorie » tempère-t-on chez Tanneries Haas.

Toujours en souffrance depuis l’explosion de la sneaker, le marché de la chaussure « se maintient » pour Tanneries Haas comme pour Peausserie Clément. « Le marché n’est pas en très bonne santé, mais nous nous en sortons avec nos articles velours » se rassure le professionnel de Sciarada Industria Conciaria pour qui il représente 65 % des revenus. « Les morceaux utilisés sur les sneakers sont petits ; mais il se vend tellement de paires de sneakers dans le monde… » relève Masini avec une pointe d’optimisme. « Nos clients chausseurs traditionnels dans le moyen de gamme souffrent beaucoup de la concurrence d’internet » observe le jeune Jorge San Martin de la tannerie éponyme. « C’est un marché très sensible aux prix » poursuit son compatriote de Curtidos Bassols.

A part pour Carisma, pour qui il s’avère « correct actuellement », le marché du vêtement n’est pas au beau fixe pour tous ses fournisseurs. En particulier ceux de peaux double face, comme Gunduz Kurk chez qui il représente 90 % de l’activité. « Le premier semestre n’était pas mauvais, mais le second est en baisse », remarque le professionnel. « Il y a moins de peau lainée dans les collections de milieu de gamme qu’auparavant » se désolé sa collègue de Yesiller Deri. Pour Soydan, qui en tire 70 % de ses revenus, « ce marché est en crise ».

Pour La Patrie, le bracelet de montre en cuir exotique est un débouché majeur, « à hauteur de plus de la moitié de l’activité ». Aux dires de l’exposant, le marché est en progression depuis 2016.

Sourcez vos cuirs tout au long de l’année sur la Marketplace Première vision