Frédéric Fontenoy : Le corps en mutation

Les photos de l’artiste éclairent l’idée d’un corps fluide à l’honneur pour la saison mode automne hiver 2020-21.

En 1988, Frédéric Fontenoy a vingt-cinq ans. Il a terminé son cursus d’étudiant en photographie et pose les bases de son travail artistique dans une première série, Métamorphose. Il utilise son propre corps comme un outil hautement expressif pour ouvrir et marquer les esprits. Une démarche qui nous parle encore, et que nous souhaitons relier à la vision de l’automne hiver 20/21.

Pour cette saison, le corps occupe une place centrale. Ses textures (les plis, les ridules), ses couleurs (les beiges rosés, comme le «prothèse », « l’exo-nude » ou le « nombril rose ») imprègnent les étoffes d’une humanité bénéfique et nécessaire. Les publicités, les marques, présentent des images de corps moins standardisés, décomplexés, affranchis. La société dans son ensemble accueille des identités multiples, se tourne vers d’autres modèles. La singularité, la différence, apparaissent comme des points forts. A l’heure où exister individuellement prime, se distinguer, s’affirmer, est une clé de l’épanouissement.

Chez Frédéric Fontenoy, la différence pousse jusqu’à la bizarrerie. Il investit des lieux naturels inhabités, et réalise de vraies performances physiques devant son appareil photographique panoramique, paramétré avec de longs temps de pose. Son corps nu investit l’espace. Il se contorsionne, gesticule, imprimant le mouvement sur le film argentique. Les membres se multiplient ou disparaissent. Déformé, improbable, flou, mouvant, surréaliste, le corps devient une abstraction. Un ensemble de possibilités non figées.

Une nouvelle esthétique mode a fait son apparition. On l’a qualifiée de « new gender » (la différence entre les modes masculine et féminine s’estompe), de « No gender » (sortir de la vision binaire homme – femme, passer de l’un à l’autre, comme le rappeur Young Thug portant une robe), de « Neutral gender » (des pièces unisexes pouvant être portées aussi bien par les hommes que par les femmes : le style plutôt que le genre). On parle à présent de « Fluid gender » pour désigner un éclatement du dress code, une mode libérée de toute contrainte identitaire en termes de X ou Y, qui a séparé vêtements et sexualité car la question a été dépassée et que d’autres valeurs prennent le pas.

Avant-gardistes, les photographies de Frédéric Fontenoy contiennent un peu de tout cela. Le corps s’extirpe de normes esthétiques suffocantes et repousse les limites. Il privilégie la mobilité, et questionne son inscription dans la nature. Personnel et universel, intime mais potentiellement exubérant, il choisit l’étrange, non par militantisme mais par goût de la liberté.

Frederic-Fontenoy - Premiere Vision paris AW20-21

Frederic Fontenoy AW 20 21 - Premiere Vision

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