Eric Benqué, designer

Ayant débuté sa carrière aux côtés de l’architecte Marc Barani, le designer Eric Benqué signe la scénographie et le mobilier de l’espace Maison d’Exceptions. En 1998, alors qu’il conçoit l’ameublement d’une extension de l’Ambassade de France à New Delhi, il obtient que l’intégralité des éléments soient fabriqués localement. Depuis, il n’a de cesse de mener des projets qui intègrent de façon marquée l’artisanat et ses savoir-faire. De sa chaise sellier à ses tasses empilables, en passant par son bain de bois, cet amoureux de la matière la travaille, l’assemble, l’équilibre, pour livrer des créations à la simplicité essentielle.
Quelle est votre définition, votre vision des savoir-faire ?
Ce qui m’intéresse dans les savoir-faire, c’est surtout le regard et la connaissance de la matière qu’ont les artisans. Pour l’avoir expérimenté et éprouvé physiquement, l’ébéniste connaît intimement les bois, le gainier le cuir… ils savent ce qu’ils peuvent demander à leur matériau, jusqu’où ils peuvent l’emmener. En tant que designer nous ne pouvons connaître aussi bien tous les matériaux que chacun des spécialistes que sont les bons artisans. C’est pour cela que la rencontre et le dialogue sont souvent très riches et intéressants. Connaître la matière permet aux artisans de la travailler “dans les règles de l’Art”, et donc de la magnifier.
De quelle manière les mettez-vous en application dans vos créations ?
Je vais donc voir les artisans avec des croquis, des plans et des principes de fabrication, et nous discutons beaucoup des différentes options possibles. Nous faisons des essais. L’expérience concrète est irremplaçable dès que l’on parle de travail artisanal, car il n’y a pas de règle absolue, tout dépend de qui fait quoi, comment et à quel moment… C’est la dimension humaine du projet : elle apporte beaucoup et le rend plus complexe également…
Quelle est la place du textile dans votre travail de designer ?
Comme tous les matériaux souples, le textile est souvent complexe pour moi. A l’inverse du bois qui a des dimensions, une forme établie etc… le textile change et est insaisissable… Mais cela le rend aussi fascinant. J’aime l’associer à des éléments durs comme le bois ou la pierre, justement pour la souplesse et la chaleur qu’il peut leur apporter. Le travail avec les artisans est d’autant plus important pour les matériaux souples, surtout quand on laisse le textile fluide ou avec une marge de souplesse : c’est dans cette ampleur et cette liberté que tout se joue et il est difficile de le prévoir vraiment sur le papier…
Comment avez-vous travaillé pour concevoir le mobilier de l’espace Maison d’Exceptions au sein du salon Première Vision ?
Nous avons beaucoup discuté avec l’équipe de Première Vision pour définir les besoins des artisans : d’un point de vue général d’abord, puis pour chacun en particulier. Je voulais un espace qui à la fin soit différent du reste du salon, un lieu qui reste vivant, qui évoque les ateliers. D’où l’idée de faire un meuble qui soit une sorte de “meuble de métier”, mais hybride : entre la table du tapissier, le rangement, le pupitre… Un meuble qui évoque le “faire”, et qui permette de montrer, de donner à voir.
Traits d’union, Éric Benqué, jusqu’au 2 février 2013 à la Galerie Jean-Jacques Dutko, 4, rue de Bretonvilliers, 75004 Paris